Archive pour la Catégorie 'voyage 2007'

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Véro et la montagne de cartons

 

Il y a quelques semaines, Véro et nous nous débattions avec les cartons de matériel scolaire, médical, vestimentaire et de football que nous avions reçu. Notre sous-sol et notre garage marinois avait été transformé en hangar de marchandises en partance pour Ruyigi, via Dar es-Salaam.

Eh bien, figurez-vous que ce travail de classification et d’étiquettage ne correspondait même pas à un début d’échauffement. Depuis ce matin, Véro a trouvé mieux, plus, plus haut. Presque une devise olympique sur les collines de l’Est du Burundi.

Faut dire que Maggy compte sur elle. La mission qui lui est impartie: ouvrir, vérifier, stocker logiquement un hangar de matériel médical. J’ai bien écrit un hangar: si l’on prend une autre échelle de valeur, notre garage était une SMART et le hangar de Ruyigi, un quarante tonnes avec deux remorques. Pour être plus précis, le dépôt affiche une vingtaine de mètres de large pour une trentaine de long. Hauteur: 9 mètres au centre du toit. Pour un total de plusieurs dizaines de mètres cubes dont la seule règle semble être l’anarchie…

Le ventre de ce géant de briques rouge paraît insatiable. À vue de nez, on doit y trouver pas moins de 3000 cartons de toutes tailles et de toutes formes. Le contenu lui est encore plus varié. Il a été envoyé par des hôpitaux, des gouvernements occidentaux, des organisations d’aide humanitaire du monde entier.

Véro a donc plongé dans cette mer, ce matin à 10 heures. Mais avant de déplacer les choses, il a fallu que le responsable du stock engage une dizaine de personnes pour la matinée, histoire de faire de la place pour ordonnancer le tri. Mis à part quelques éléments d’un ou deux mètres cube, tous les cartons et tous les contenus sont disparates.

Ce mardi après-midi, Véro est seule dans le hangar. Depuis le coin de la porte, on peut l’observer qui secoue la tête. Pour avancer, elle doit parfois rogner un brin, que dis-je, amputer sa méticulosité. Les cartons, après avoir traversés la planète, sont souvent dans un sale état. La poussière, cette fameuse poudre de terre rouge, se glisse partout. Tout ce qui n’est pas stérilement emballé dans un sachet plastique en porte la trace. On trouve de tout: de la chaise roulante à la table d’opération, de lévier à la chaise de dentiste, du pansement aux seringues en passant par les médicaments.

Puis il y a le reste. Ces « trucs » qui font de l’Afrique la poubelle du monde. Matériel rouillé, peut-être utilisé par l’armée russe durant la Première guerre mondiale. Lunettes rayées, tordues ou sans verre, pansements tellement sales qu’on ne les utiliserait même pas comme combustibles. De quoi se révolter.

Véro, cet après-midi, est donc seule dans le hangar. La raison en est simple: pour trier, il faut savoir à quoi servent les instruments, pansements et médicaments.Voilà pourquoi Maggy lui a demandé d’effectuer ce travail. Ici, les gens qui peuvent déterminer cette utilité ne sont pas légion. Et ils arpentent souvent le terrain.

Mais demain, une fois la première organisation mise en place, notre infirmière pourra compter avec l’appui d’autres bras et d’autres yeux. Du moins, je l’espère. Autant que Véro espère recevoir les armoires qu’on lui a promi pour ranger le contenu de sa montagne de cartons.

Patrick

PS: n’hésitez pas à lui laisser des messages d’encouragement!!! Jamais je n’ai regretté de ne pas avoir encore la possibilité de glisser une image sur ce blog…

En route pour les chutes de la Karera

Ce dimanche, c’est jour de tourisme. Ainsi en a décidé Maggy pour ses amis suisses. Objet de la virée: les chutes de la Karera, au sud de Ruyigi. Il n’y aura donc pas de grasse matinée. Le départ est prévu à 9h ou un peu plus tard. Ce sera un peu plus tard. Pas grave. Ici, on apprend à faire les choses les unes après les autres, sachant qu’il y aura toujours un après ou un lendemain pour continuer. Cela change du « tout tout de suite » habituel. Quand à la grasse matinée du week-end, on en a déjà profité. Elle est effective le samedi. Pour une raison toute simple: le samedi matin, c’est travaux d’intérêt communautaire dans tous le pays. Ce qui signifie que tout adulte se promenant dans la rue avant 10h est enrôlé dans les brigades pour des nettoyages ou autres. Faut voir comme la majorité des adultes est fatiguée le samedi.

Revenons à dimanche. Nous avons mis le cap en direction des chutes aux environs de 10h. Au volant, il y avait Gérard, surnommé « l’impossible » parce qu’il trouve une solution à tout. Comme d’habitude, Gérard a fait valoir sa science du klaxon, du pilotage et de la vitesse dans son slalom perpétuel entre les vélos et les représentants de la pauvreté massés sur le bord des pistes.

Une fois parqué au pied des chutes, nous avons changé d’horizon. Les cascades de la petite rivière sont extraordinaires de beauté. C’est un de ces endroits magiques que l’Afrique offre en secret. Tellement secret que même les Burundais ne les connaissent pas. La preuve avec l’effet produit par nos photos et petits films une fois retournés dans notre « Maison des Anges ».

Les enfants sont émerveillés. Nous aussi. Véro et moi, inconsciemment, en profitons pour faire le vide, pour s’évader un peu de ce qui est devenu notre quotidien. A cet endroit du Burundi, la Karera s’offre un plongeon en trois étages (une cinquantaine de mètres chacun) dans une faille aussi vieille que le continent. Discrète, la rivière d’eau claire se cache entre des arbres séculaires couverts de lianes, celles de Tarzan. En fin de journée, Thibaud s’essayera au balancement. Pas très concluant. La liane servira plutôt de balançoire.

L’endroit est sauvage, préservé des hordes de touristes. Et pour cause, il n’y en a pas ou si peu. Durant les quatre heures passé sur place, nous n’y croiserons qu’une famille indienne, s’exprimant parfaitement en anglais, français, swahili et, bien sûr, leur langue maternelle.

La faune et la flore y est variée. Singes, papillons, grenouilles, abeilles et fleurs colorées de toutes les tailles éveillent notre curiosité. Cette beauté toute simple semble prendre une importance incroyable pour chacun d’entre-nous. Dans le groupe, l’ambiance est au sourire, à l’évasion. On échange, on sent, on touche, on se gicle. Le pic-nic est pris dans une case au toit de paille avec le bruissement de la cascade en musique de fond. Bastien avouera le soir à l’oreille de Véro que c’était le « plus bel endroit du monde. » Preuve aussi qu’il avait besoin de s’évader et de décompresser.

Vers 14 heures, nous avons repris la route. Une fois encore, nous ne pouvons qu’être interloqués par le paysage. A 1500 mètres l’altitude, le paysage offert par les collines burundaises peut aisément se confondre avec les montagnes de l’Arc jurassien. On nous avait averti. Mais la ressemblance avec les forêts de sapins dépasse ce que nous imaginions. L’une de ces collines pourrait se confondre avec le sommet du Chasseral, antenne exceptée.

A 20 kilomètres de Ruyigi, Gérard arrête la voiture. Il nous avait promis d’acheter de la canne à sucre. Cette pause provoque, comme d’habitude, un rassemblement humain massif. Gérard achète deux cannes à sucre. Mais pour les faire entrer dans la voiture, il doit casser les plans en trois morceaux. Puis avec son couteau suisse (!), il pèle 10 centimètres et les coupes en morceau. Nous serons huit à chiquer dur durant la fin du trajet.

La fin de la journée se passe dans notre logis. Nous sommes, comme chaque soir, un peu crevés. Maggy vient nous rendre visite avec Mia. Elle apporte de la farine de manioc et des mangues bien mures. Elle prévoit de partager un moment, mais ses téléphones portables ne cessent de sonner. On a l’impression que le monde entier l’appelle. Elle nous quittera en s’excusant, mais rayonnante: un don important vient de lui être confirmé pour l’hôpital Rema.

Mais cinq minutes plus tard, elle sera de retour. Son panier de paille est rempli de sachets d’arachide. 66 au total. Maggy s’explique: sur le chemin qui la mène à son domicile (300m de la Maison des Anges), des enfants lui ont proposés ces arachides salés. Elle a discuté avec eux, leur a demandé leur nom, leur a acheté la totalité de leur marchandise et les a priés de passer lundi matin à la Maison Shalom. « Ces petits sont exploités. Nous essayerons demain de trouver une solution pour les sortir de cet esclavage. Qu’ils aillent à l’école plutôt que d’écumer les cabarets. »

Les chutes de la Karera bruissent toujours dans nos têtes. Mais la réalité nous a rattrapé avant le souper.

Patrick

Le billard, les brochettes de chèvre et les mitraillettes

Bastien n’y tenait plus. Depuis que son pote Prosper lui avait dit que le cabaret du coin avait un billard et un kicker, chaque soir il s’impatientait de pouvoir y goûter. Sa gourmandise ludique a été assouvie samedi vers 17h. Après avoir dévalé des pentes de caillasses avec le vélo sans frein en compagnie de Michel et Thibaud durant toute l’après-midi, après avoir raté un deuxième plongeon dans la piscine pour cause de lenteur africaine au niveau des horaires, Prosper a embarqué tout ce petit monde pour se rendre dans le fameux cabaret.

Que les grand-parents de nos enfants se rassurent: nous ne sommes pas devenus des parents indignes. Ici, un cabaret est un simple restaurant. Ou plutôt un débit de boissons. Ou pour plus de précision, un débit de bière… Pour le Fanta ou le Coca, prière de demander à la boutique voisine. Mais le patron ne dit rien.

Bref, Bastien et Thibaud ont découvert le billard, version réduite dans une sorte de cahute en bois ouverte à tous les courants d’air. La table penchait méchament ce qui permet des coups sortis de nul part et des ratés tout aussi mémorables. Les queues, elles, n’étaient plus aussi droites que dans le prime jeunesse. Mais qu’importe… quand l’ivresse du jeu est présente.

A vrai dire, l’ivresse n’était pas que dans le jeu. Au fur et à mesure que les parties se multipliaient, les piliers de bar eux pliaient. À 19h, le tableau valait son pesant d’or. On était par exemple tous les frères de Médar et sa casquette blanche. Chloé et Florianne avaient reçu des avances plus ou moins précises de mariage ou de visites à domicile. Laure, elle, a été épargnée. Pour partie, parce que l’on prise pour mon épouse, pour l’autre, parce qu’elle était passionnée de kicker, appelé sous nos latitutes « football de table ». Elle était tellement entourée que Médar n’a pu l’approcher que furtivement pour lui offrir sa bière que Laure a poliment refusé.

Je profite de cet instant du récit pour faire une petite parenthèse sur l’alcool dans ce pays. La bière semble être l’objet de consommation le plus répandu. « Amstel » et « Primus » sont les deux marques leader, suivies de « Hènken ». Lorsque l’on est un homme, on a pratiquement pas le choix. On dit l’un des deux mots magiques et la « grande » est décapsulée dans notre main. Si l’on est « petit sirop », on peut toujours se rabattre sur le « Bock d’Amstel ». Mais il faut pratiquement cliniquement mort pour que l’on accepte ce vice de procédure. Selon un ami indigène, le Burundais moyen s’envoie quatre Amstel chaque soir de semaine (2,5 litres), un chiffre qui passe à six le samedi et dimanche, jour de repos. Même s’ils tiennent la piste, faut reconnaître que certains sont dans de drôle d’état. D’autant que l’alcool de bananes n’a pas disparu, ni celui à base d’ananas, pourtant interdit par le gouvernement, qui tire à plus de 40 degrés. Si l’on devait faire un comparatif, ce deuxième est un peu notre absinthe. Pour avoir observer, les effets hallucinogènes sont remarquables, surtout lorsque l’on consomme le ventre vide.

Revenons à nos moutons. En fait, je devrais plutôt dire à nos chèvres. Nous étions, ce samedi, les invités de Prosper. Bières, Fanta, billard, arachides, notre ami avait mis les petits plats dans les grands. Manquait encore la brochette! Celle de chèvre évidemment. Ici, c’est la coutume: « Si tu sors, tu bois la bière et tu manges la brochette! ». Une petite négociation et voici qu’arrivent quatre poinçons de trente centimètres avec des carrés de viande embrochés et très rôtis. Ce qui ne jure que par le moelleux de la viande, devrons repasser. En l’occurence, ce n’est pas un exercice de diction mais de mastication. A ce jeu-là, c’est encore Bastien et Thibaud qui s’en sortent le mieux! En plus, ils en adorent la saveur…

A 19h, l’atmosphère ludique de notre arrivée à quelque peu disparu. Bastien, surtout, ne se sent plus trop à l’aise. Il parle de rentrer pour en finir avec les « ivrognes », lorsque entrent deux représentants de la police de la République burundaise. Uniformes bleus, bérets, poignes d’enfer (ils serrent évidement la main du musungu que je suis) et surtout mitraillettes à la main. L’effet est terrible. Dans ma tête, je ne peux m’empêcher de penser à la décennie de terreur qu’à vécu le pays depuis 1993. Les deux policiers posent négligemment leurs armes par terre. En reculant, je manque de m’encoubler. Bastien observe à deux pas, peu rassuré. Moi, je me mets à espérer que la sécurité des engins soit efficiente. C’est un peu la goutte qui fait déborder le « bock »: nous partons tous chez Maggy pour le repas du soir. A nouveau, celui-ci est excellent: mais je ne pourrai qu’avaler la soupe. Ce n’est pas que la bière nourrisse, mais elle prend beaucoup de place dans mon système digestif.

Santé à tous!

Patrick

Découvertes et nombreuses questions

Voilà bientôt une semaine que nous sommes ici !! que de découvertes, de changements et de rencontres ! Heureusement que Patrick est là pour écrire-décrire, raconter, jusqu’à tard dans la nuit, notre nouvelle vie, ici à Ruyigi. Je n’ai pas ni le style, la manière attrayante de Patrick pour vous transmettre par des mots ce que je ressens. Je peux juste vous dire que je suis chamboulée par tout ce que que je n’ai pas encore endosser ma blouse d’infirmière, ce qui en soit me fait une petite frustration ! Mon rôle ici est plus un rôle de conseillère en soins infirmiers et Maggy m’a intégrée dans le groupe responsable de l’hôpital REMA. Janvière, la directrice y travaille d’arrache-pied depuis de longs mois. Chaque jour, nous reprenons les plans du chantier et nous nous attardons devant chaque détail, car c’est le dernier moment pour faire les changements !Après avoir consulté les plans sous toutes les coutures, nous voilà partis pour le chantier, longeant une route rouge-ocre, couleur de la terre du Burundi; des centaines de personnes y marchent toute la journée, portant leur outils, leur récoltes; des mamans avec leur bébés enveloppés dans des pagnes multicolores … et des vélos … partout des vélos … avec des chargements si lourds qu’on ne peut pas imaginer ……… je vous promets qu’ils mériteraient largement de gagner les étapes de montagnes du Tour de France !! Bref, nous arrivons sur le chantier et des centaines de personnes (hommes et femmes) travaillent sous le soleil: maçons, porteurs de pierre, porteurs d’eau, carreleurs, menuisiers, ils sont tous couverts de poussière rouge, mais sans relâche, ils travaillent car, le 27 juillet aura lieu une petite cérémonie en faveur de l’inauguration de l’hôpital REMA (qui sera fonctionnel en décembre). Mais d’ici là, il faut terminer les bâtiments, terminer les apports d’eau, l’électricité, les nombreuses salles d’eau et WC. Et ensuite, il faudra installer tout le matériel médical qui est stocké dans des containers. Des centaines de matériaux ont été envoyés, mais pas encore testés. Tout est étiquetté mais il faudra des jours et des jours de travail méticuleux pour installer le matériel de radiologie, des urgences, de l’hôpital de jour, de la pharmacie, de la kinésithérapie ………… je ne vous décris pas plus la situation, mais c’est un travail de titan qui attend encore toute l’équipe de la Maison Shalom. Cet hôpital pourra offrir des soins de qualité à toute une population qui en a grandement besoin. Chaque jour m’apporte son lot de questions, d’interrogations. Je croise chaque jour des centaines de personnes, aux visages si différents. Bien sûr, il y les regards curieux des enfants qui croisent les Musungus, mais il y a ceux des adultes, des jeunes qui ont vécu des années de guerre, de misère, de maladie ! Ai-je droit de leur dire JAMBU avec un grand sourire et d’attendre quelque chose en retour? Dans leur regard, nous pouvons lire beaucoup de choses et je vous jure que les larmes me montent souvent aux yeux (en Afrique, on ne pleure pas) alors, c’est le soir que toute l’émotion vécue dans la journée peut ressurgir et être exprimée. Nous avons la chance d’être très bien entourés par les personnes de la Maison Shalom. Nous sommes accueillis si gentillement, chacun prend du temps pour nous. Maggy, malgré un agenda bien rempli nous accompagne, nous explique, nous raconte son histoire, l’histoire de tous ces enfants. Nous pouvons poser de questions, échanger nos impressions; tout cela est d’une grande richesse et d’une profondeur inégalable. Voilà, pour cette semaine. Je souhaiterais du fond du coeur aller dans l’hôpital rural et dans le bâtiment mère-enfant la semaine prochaine. Sinon, nous vivons de merveilleux moments, nous goûtons aux fruits délicieux tels que mangues, ananas, fruits de la passions… et à la cuisine burundaise. Autre changement important pour tous : l’eau !! Nous apprenons à nous doucher à l’eau froide, avec 2 ou 3 bouteilles de 3,3 dl… c’est tout un art. Merci pour tous vos messages.

Avec toute mon amitié.

Véro

Thibaud au clavier

Bonjour a tous

Voici mes premières imprésion sur le Burundi. Moi j’adore être ici. Vous devez vous demander pourquoi. On fait du foot toute la journée, la soir du tambour burundais, plus tard on joue au carte ou on va manger les délicieuses brochettes de chèvres et le matin à huit heure on va a l’entrainement dans l’équipe de ruyigi. Hier (le vendredi 13 07) on est allé réinsérer une petite fille dans sa famille. Elle s’appellait Chantal. On a passé dans trois provinces: ruiygi, cankuso et muyinga. On est allez à l’évecher de muyinga pour ammener Anne ( une misionaire). On a passé dans le parc national du Burundi. A l’aller on a rien vu a par qulque ruche. Au retour on a eu beaucoup de chance de voir des singes (on crois que c’était des macaques) et quelques flamants pas roses parce-qu’il n’y a pas de crevette de le fleuve Ruvubu. Maintenant je vais vous parler de la pauvreté. Quant on est arrivé a la frontière de la Tanzanie on a vu des enfants qui n’avaient jamais vu d’enfants muzungus. Les musungus c’est nous ( les blancs). Ils étaient habillés de pull déchirés, de t-shirt 10 fois trop long et de pantalons du même état que les pull. Au même endroit un petit garçon est arriver avec un pneu et un baton. Quant on passait, dans tous les villages on nous faisait des signes de la main parce-qu’on est des musungus. Les maison c’est une pièce, quelque tapis et un toit en paille ou en toile. Ils sont de 2 a 15 dans une maison. Et si je vous parlais de l’état des routes. On goudronne les routes si on les utilise beaucoup comme la route qui part de bujumbura qui passe par Gitega et qui arrive a Ruiygi mais on l’utilise tellement que le goudrons s’enleve. Avec Laure on était assis derrière, en sortant de la voiture Laure avais une belle bosse sur la tete et on avait les deux mal au coccis. La route était tellement mauvaise goudronné mais pleine de trou et en plus c’était « rugandie » (le pire chauffeur de la maison Shalom mais le plus gentil) qui conduisait. On ne freinait presque jamais et on presque tout le tenps a environ 100 kmh. Merci pour votre attention et a bientôt

Thibaud

Des nouvelles de…

 

Je sais: sur ce blog, je prends beaucoup de place. La raison est simple: je dors peu. Et écrire me permet d’évacuer un peu en soirée, lorsque tout est devenu silencieux.

Véro, Laure, Thibaud et Bastien sont souvent heureux de se coucher. Ils n’ont plus vraiment la force de se mettre devant le clavier. Je vais donc vous donner quelques nouvelles de leurs activités. Elles sont indirectes, car je dois dire que, mis à part au réveil et pour les repas, c’est un peu la « famille courants d’air ».

Véro

Je pense que Maggy lui accorde une très grande confiance. Véro travaille un peu comme consultante à la construction de l’hôpital Rema. Elle saute de séance en visite. Les plans de la construction n’ont pratiquement plus de secrets pour elle. Elle accompagne Janvière, la future directrice, parle avec les médecins et livre ses remarques pratiques aux architectes. Le but: effectuer les changements essentiels alors qu’il est encore temps. Par exemple: ajouter une fenêtre dans certaines chambres pour les patients, faire poser un lavabo digne de ce nom dans la salle d’urgence. Je crois qu’elle s’est également penchée sur le stock de médicaments. Le projet de Maggy est un peu fou: il est devisé à 8 millions d’euros. Mais sans folie, rien ne se fera jamais.

Laure

Notre grande fille vit sa vie. Elle ne dort pas au même endroit que nous, mais avec Floriane, la demoiselle belge de 20 ans qui termine ses études de kinésithérapie. Dans ses activités, Laure a participé au triage de ballots d’habits et à une distribution le lendemain. Depuis, jeudi, elle tente également de communiquer à son corps les subtilités de la danse locale. Là aussi, elle est accompagnée de Floriane. Par contre, Véro ne peut le faire. Car ici, seuls les célibataires ont le droit de danser. Car une fois que l’on est marié, on est vieux!!! Merci… Parmi les mentors de Laure, il y a Lisette et Lydia, deux soeurs magnifiques aux tresses plaquées, que Maggy a personnellement recueillies après l’assassinat de leurs parents. Lydia avait un an et Lisette 5. Leur histoire est dramatique. Et même si les deux filles sont heureuses, on ne peut s’empêcher de penser en les regardant que celui qui a décapité leur père et brûlé vive leur mère habite de l’autre côté de la rue à Ruyigi.

Thibaud

Il vit ce voyage africain avec beaucoup de spontanéité. Il n’a visiblement pas peur de la différence ni de la barrière de la langue. Il passe ses matinées et ses après-midi à jouer au foot, au diabolo ou autres avec les enfants de la Maison Shalom. Parfois même, il dépasse ses limites, comme ce jour où il est venu dans le bureau où j’étais pratiquement déshydraté. Dans l’euphorie, il avait oublié de boire et même si le soleil n’est pas très chaud, on ne doit pas oublier que nous sommes en Afrique. Ses amis s’appellent Michel, Antoine ou Dieudonné. Michel, le neveu de Maggy nous a même appris qu’une fille du coin était amoureuse de lui. Thibaud nous a juré qu’il ne l’avait pas remarqué.

Le soir, à 17 heures, Thibaud et Bastien ont rendez-vous avec les tambours du Burundi. Soit un instrument qui pèse autant qu’eux et deux bâtons. Le spectacle est au rendez-vous. Evidemment, presque aucune journée ne se passe sans le traditionnel entraînement de foot.

Bastien

Bastien vit aussi sa vie. Certes, il a ses rendez-vous programmés avec les repas, le foot et les tambours. Mais pour le reste, il s’envole assez régulièrement pour ne réapparaître que quelques heures plus tard. Car Bastien a un pote: Prosper. Entre eux, le courant passe à merveille. Prosper est le responsable de la Cité des Anges. Et c’est là que Bastien s’évade. Car la Cité en question, c’est une petite piscine ( 6m sur 12m) où des compétitions nationales sont parfois organisées, un cinéma où le projecteur est en panne, une bibliothèque bien garnie, un atelier de menuiserie, un atelier de couture, un atelier d’informatique, un petit kiosque et beaucoup de monde de passage. Prosper a également promis de mener Bastien à la salle de billard.

Encore une remarque pratique:

Nous avons réalisé beaucoup d’images. Dans l’idéal, j’aurais voulu accompagné les mots de celles-ci. Malheureusement, la technique ne suit pas. La connexion internet à disposition est très lente. Balancer un texte sur le blog prend facilement un quart d’heure. Pour une photo, je ne suis jamais arrivé à terme. Mais je ne désespère pas. Merci aussi pour vos nombreux encouragement et remarques ici-même et par mail.

Chantal retrouve sa famille

Chantal est un petit bout de fille. De grands yeux ronds. Un bonnet rose et une robe blanche presque propre qui a dû faire l’admiration de parents européens dans une autre vie. Chantal a 14 mois. Sa maman est morte peu après sa naissance. Du sida? D’autre chose? On ne sait pas. On sait seulement ce vendredi matin tôt qu’elle est un des nombreux enfants recueillis par la Maison Shalom. Et que si cela n’avait pas été le cas, nous n’aurions jamais connu son regard, sa petite langue rose et son sourire lorsque Anne-Marie lui fait des papouilles dans le cou.

Pour Chantal, ce jour correspond à une seconde naissance dans sa famille. Non, elle ne sera pas baptisée. Mais réinsérée. Ce qui signifie qu’Anne-Marie, son éducatrice, et Charlotte, la responsable des éducatrices, vont la ramener dans sa famille. Comme cela a déjà été le cas pour près de 10’000 enfants burundais passés par la Maison Shalom depuis 1998.

Le 4×4 passe chercher Anne-Marie et Chantal à 8h30. Avec Michel, le jeune neveu de Maggy, Laure, Thibaud et Bastien, nous sommes déjà installés à l’arrière. Il n’y a pas beaucoup de place, car il y a aussi Floriane, une demoiselle bruxelloise de 20 ans qui passe le mois à la Maison Shalom, Célestin, le chef informatique, Anne et Steve. Mais Anne-Marie semble pouvoir se glisser partout.

Anne-Marie est fine. Son nez est droit, son visage allongé, ses membres longs et minces et ses yeux aussi vifs que ceux d’un animal sauvage. Elle bouge par gestes rapides et précis. Pour l’occasion, elle a mis une robe aux motifs colorés, avec de larges épaulettes et un petit collier de perles en plastiques d’un blanc jauni. Dans ses bras, Chantal se sent en sécurité. Le voyage est long et les suspensions du Toyota ne peuvent amortir les chocs d’une route trouée. Mais Chantal ne pleure pas. Elle suce son quignon de pain, dort lorsqu’elle en a envie. Anne-Marie la couve de son regard vif. Mais elle est émue. Lorsque l’attention des voyageurs est pris par le paysage, des larmes lui viennent au coin des yeux, qu’elle évacue avec la bavette de la petite avant qu’elles ne coulent sur ses joues. Dans le 4×4, l’atmosphère n’est pas totalement sereine. Parce que nous ne savons pas, nous les « musungus » si l’on doit se réjouir de ce retour dans sa famille. Il est vrai que ce que nous voyons de long de la piste, la misère de ces maisons et de leurs habitants peut engendrer le doute.

Après une heure de route, nous nous arrêtons à Cankuzo, village dans lequel la Maison Shalom dispose d’une antenne. Là, un chauffeur du lieu doit nous rejoindre. Parce que pour aller chez Chantal, c’est compliqué. « Très loin là-bas dans les montagnes, » indique Charlotte. Avant de glisser: « Réinsérer un enfant est toujours une fête. Nous prenons beaucoup de renseignements sur la famille avant de prendre cette décision. Mais celle-ci se révèle souvent la meilleure. » Et Chantal, où va-t-elle atterir? Charlotte continue: « C’est son oncle, le frère de son père, qui prendra en charge la petite fille. Le père est toujours vivant, mais il semble avoir perdu la raison. » Ce qui ne l’a pas empêcher de reprendre une épouse quelques semaines après le décès de la maman de Chantal.

Pour parvenir chez Chantal, il nous a fallu emprunter un tracé qui n’a plus rien de commun avec la piste précédente. Nous arrivons alors dans le village de Gitanga. L’oncle nous attend derrière le barrage situé à l’entrée du village. C’est un notable, le représentant local du gouvernement dans ce lieu oublié. Pour l’occasion, il a revêtu ses habits de cérémonie: un training rouge qui lui aussi a dû recueillir la sueur d’Européen avant d’atterir ici. L’homme est grand, quelque cheveux gris. Il sert la main de tout le monde. Puis indique que le père et le village nous attende en contrebas pour accueillir la petite fille. Nous reprenons la route. Les enfants rigolent des particularités de ces Blancs, mais, dans leurs haillons d’une rare saleté, ils sont fascinés. Des sourires sont échangés, des mains se touchent. Petits instants d’émotion volés à la misère. La voiture repart.

Elle s’arrête un kilomètre plus loin devant une maison de briques autour de laquelle courent des poules, un chien et des enfants de tous les âges. Quelques bananiers, du sorgo et du manioc poussent de manière désordonnée.

Lorsque nous sortons du véhicule, la cérémonie a déjà commencée. Le papa naturel est sorti de la maison. Des photos sont prises et une bonne trentaine de voisins sont sortis de nulle part, sans bruit. Chantal est toujours dans les bras d’Anne-Marie. Joseph, l’oncle, serre les mains et remercie. Fidèle, le papa, suit mécaniquement. Joseph est heureux. C’est un jour de fête. Sans compter qu’une famille d’Européens – c’est l’aspect familial qui l’impressionne – est présente.

Puis il explique que la réinsertion proprement dite se fera là haut dans le flanc de la montagne. « Une demi-heure de marche, dans les rochers. Les enfants ne pourront jamais monter. Il faut marquer l’événement une première fois ici. La fête en famille se fera plus tard. »

Le chef ordonne alors que l’on sorte deux petits bancs de bois. A l’arrière d’une voiture, il y a une caisse de Coca-Cola, bouteilles en verre de 30cl couvertes de poussière et de terre. C’est Coca pour tous. La poussière est enlevée et Joseph décapsule solennellement. Entretemps, sur la piste, la foule a plus que doublée. Comme il reste quelques bouteilles, Joseph les distribue de préférence aux plus anciens, par respect, même si ce sont souvent les plus touchés dans leur mental.

Une fois son devoir accompli, Joseph s’approche de moi. Son français est d’un bon niveau. Il explique sa situation, Chantal, son frère, ses sept enfants. Puis demande à ce que je lui transmette des photos de l’instant présent. A deux mètres, Charlotte emmaillotte la petite Chantal dans son drap et demande à Véro de s’accroupir. Véro avait toujours voulu essayer de porter un bébé à la manière des mamans de la région. Elle est maintenant servie. L’expérience ne dure que quelques minutes, mais le plaisir se lit sur son visage. L’assistance est captivée, étonnée puis amusée.

Joseph revient à l’essentiel: les photos. Je lui réponds que je le ferai volontiers à conditions qu’il me donne une adresse postale. Il m’a écrit ses coordonnées sur une demi-mouchoir en papier. Je ne sais pas à quoi ça correspond. Je tenterai le coup quand même.

Il est temps de repartir. Charlotte et notre chauffeur doivent se rendre à Muyinga pour y déposer Anne, une Française qui sillonne le burundi depuis 20 ans, à l’Evéché et Steve, un ado de 13 ans, à la station de bus. Anne-Marie est restée avec Chantal pour l’après-midi. Pour lui dire au revoir et donner quelques indications Nous la reprendrons au retour vers 18 h.

Depuis Muyinga, nous poussons jusqu’à la frontière tanzanienne. La route est meilleure, car il faut les camions tanzaniens puissent acheminer leurs marchandises: de l’essence et des containers d’aide humanitaire. Il n’y a malheureusement rien d’autres. Nous achetons une vingtaine d’ananas sur le bord de la route.

Il est maintenant temps de rentrer. Il est 15 heures. Nous savons que quatre bonnes heures de piste nous attendent. Mais nous allons aussi retraverser le parc national de Ruvubu. On pourrait y apercevoir quelques animaux, parmis les rares survivants des années de guerre. Le soir, ils sortent plus, parce que le soleil est moins chaud. La « chasse » se révèlera maigre: deux hérons et cinq singes qui se sont cachés rapidement. Par contre, sur le bord de la route, toujours le même paysage de misère: des milliers de personnes, souvent désoeuvrées, couvertes de la poussière de cette terre rouge. Des enfants par dizaine réveillés par le passage de cette voiture remplie d’êtres transparents.

Comme convenu, nous avons retrouvé Anne-Marie à Canduzo peu avant le couché du soleil. Lorsque nous parvenons à Ruyigi, il est plus de 19h. Nous venons de passer 10 heures pleine dans le 4×4 avec comme nourriture des beignets et comme boissons du Coca, du Fanta et du Fruito, la seule boisson locale à base de fruits de la passion.

La fatigue est immense. Le temps de manger et tout le monde se couche ou presque. Avant de dormir, nous discutons longuement avec Véro de ce que nous avons vu. Nous échangeons nos interrogations. Et elles sont nombreuses.

Patrick

 

Un monde irréel, où le seul mot positif est « survivre »

C’est assez rare, mais les mots me manquent pour décrire ce que l’on a découvert mardi. Parce que dans mon vocabulaire d’Européen, aucune syllabe, aucune phrase ne permet de relater l’émotion, la claque reçue lorsque l’on est arrivé au centre mère-enfant de l’hôpital Rema. D’ailleurs, c’est en silence que nous sommes entrés dans le bâtiment, abasourdi par les cris des enfants emmaillotés dans des pagnes, collés au dos de leurs mères aux yeux tristes, sans vie.
Véro m’avouera avoir eu les jambes qui tremblaient. Maggy m’avait encouragé à filmer, à prendre des photos pour montrer tout ça. Je n’en ai pas eu le courage. J’avais l’impression de voler la dernière dignité de ces personnes provenant la plupart des collines entourant le village de Ruyigi. Il m’a fallu prendre mon courage à deux mains pour voler quelques instants tremblés, sans aucune netteté. Comme si la petite caméra numérique s’était voilé de larmes en parallèle de nos yeux.
Ici, tout semble souffrance. Malnutrition, maladies diverses dont le sida, fatigue. Le seul mot positif semble être « survie ». Une lutte mécanique pour un avenir qui n’en est pas un. Malgré la meilleure des volontés, on ne peut imaginer le quotidien de ces femmes qui semblent surgies de nulle part. Quand aux enfants, minuscules pour la plupart, ce sera miraculeux s’ils parviennent à l’âge adulte.
Pourtant, c’est bien dans ce but que des femmes de la Maison Shalom oeuvrent. Assistante sociale, médecin, infirmière, elles essaient de donner l’impossible sursis. Dans une salle du fond, on parle nutrition. On explique comment on mélange le lait en poudre à l’eau. Ici, pas question d’oligo-éléments, de calories ou de régime végérarien. Juste de manger pour vivre. On explique que la nature a gâté le Burundi, patrie du lait et du miel. Que tout ce qui est nécessaire peut pousser sur le flan des montagnes ou dans les plaines. Inlassablement, le personnel répète aussi que l’approvisionnement en lait en poudre venant de la Suisse ne sera pas éternel. Qu’il faut profiter de la richesse de la nature, qu’en mélangeant les farines de blé, manioc et soja, on obtient une nourriture capable de subvenir aux besoins des plus petits et des grands, en particulier les mamans.
Mèler à l’assistance, on a écouté. Même sans comprendre le kirundi, on percevait le sens du message, tout comme on pouvait lire le sceptiscisme ou l’incompréhension dans certains regards. Quelques mères ont posé des questions. Mais est-ce qu’il en restera quelque chose une fois seules sur les routes et les sentiers? Notre doute est à la hauteur du choc. Cependant, il faut reconnaître que la force du discours de Maggy et des personnes qui travaillent avec elle mérite que l’on s’accroche. « Ces mamans méritent que l’on se batte pour elles », martèle la fondatrice de la Maison Shalom.
Et comme pour nous prouver que ce combat n’est pas vain, on remonte dans le 4×4, direction la garderie. Là, les enfants, à peine plus grands, ont un parc avec des jeux, un toit et des accompagnatrices pour s’occuper d’eux. Ils vivent, rigolent. Véro, encore toute ébranlée par les moments qui viennent de s’écouler, tombent en amour devant ces fillettes et ces garçonnets qui nous accueillent en courant vers nous en criant « musungu, musungu », noms communs donnés aux Blancs qui viennent dans la région. Elle apprend même à demander « Jewe nitwa? » en kirundi, « comment tu t’appelles? » en kirundi. Les enfants eux aussi sont sous le charme. C’est une bouffée d’oxygène qui leur permet de repousser un peu les images qui leur brûlent la tête. Que ce soit Thibaud, Laure ou Bastien, tous souhaitent revenir passer au moins une matinée dans cet endroit préservé.
Le territoire de Ruyigi est bien vaste. Les bâtiments de la Maison Shalom aussi. Maggy nous invite à continuer nos découvertes un peu plus bas. On arrive ainsi dans un lotissement de maison de 4 mètres sur six, entourées de petits potagers. Ici et là, des enfants passent le temps, rigolent du groupe qui déambule dans l’allée. Maggy est intarissable. « Ce sont les maisons des fratries, »explique-t-elle. Nous passons de l’une à l’autre. Elle semble connaître l’histoire de chacun. « Ici, il y a une maman qui est arrivée un jour avec ses trois bébés. Elle a perdu la raison. Nous l’avons accueillie. Nous essayons de l’aider, mais parfois elle se sauve. Nous ne savons pas ce qui l’a mis dans cet était. Il faut également la surveiller. Car elle refuse d’habiller ses enfants. » Elle explique aussi le principe de ces fratries, seule solution au conflit interethnique qui a ravagé le pays après le 24 octobre 1993. Là, les enfants d’âges différents apprennent la cohabitation, la nécessité de vivre dans la solidarité pour survivre au-delà de l’appartenance ethnique. Quatorze ans plus tard, la démarche a portée ses fruits, puisqu’une grande partie des personnes de confiance de la Maison Shalom sont issues de ces fratries recomposées.
A deux cents mètres de là, un peu en contrebas, on aperçoit le chantier de l’hôpital Rema. C’est le grand projet de ces derniers mois et des prochains. Un projet ambitieux, pratiquement impensable dans cette région reculée. Le chantier est une véritable fourmilière. Quelques cinq cents personnes y travaillent. Un maçon qualifié y gagne 2 euros par jour, un bon salaire. Mais il n’y a pas de grues, les briques, fabriquées à quelques pas de la future entrée de l’hôpital, sont transportées à bras. Le ciment est coulé sur place dans de petits récipients métaliques. Il n’y a qu’un seul étage, comme d’ailleurs dans tous les bâtiments de Ruyigi. Peut-être parce que la construction d’échaffaudage n’est pas envisageable ou alors pour simplifier raccordements sanitaires et électriques. Les trous se font à la main. Unique aide mécanique: un trax de la grandeur d’une voiture de ville qui par ses va et vient modèle avec patience le terrassement de l’allée qui mènera à l’accueil. Mais les problèmes sont multiples. Malgré le nombre d’ouvriers, le chantier avance lentement. Les prix des matérieux sont élevés. Le pays, sans accès à la mer, ne peut faire autrement que de se retourner vers ses voisins (Congo, Tanzanie ou Rwanda) pour ses besoins en ciment ou en essence et le transport coûte cher. Une situation qui met Maggy en colère: « Nous achetons du ciment au Rwanda, alors qu’il est fabriqué avec le même matériau de base. La terre est la même chez nous. Pourtant, encore une fois, c’est comme si nous baissions la tête, fataliste. »
Nous, on écoute. On regarde. On salue. On rend ces multiples sourires que l’on nous envoie. On essaie de s’imaginer les salles de consultation, les chambres des patients, les urgences, la radiologie, la maternité. Pour y parvenir, encore une fois, il faut que l’on balaie nos standarts, que l’on remette à leur juste place les problèmes d’attente aux urgences de l’hôpital de Pourtalès à Neuchâtel. Et là, on parvient à s’accrocher. On prend le sillage de ceux qui nous accueillent durant ce mois de juillet. Demain, nous a dit Maggy, le travail commencera. Vivement mercredi, même si à ce moment-là nous ne savions pas encore ce que nous allions faire. Pour ma part, je me suis promis d’y retourner, en particulier dans le centre d’accueil mère-enfant. Pour y mener à bien ma mission: ressortir avec des images capables de crier l’émotion que les mots sont parfois incapables de transmettre.

Patrick

L’âme des Anges

Après le repas du lundi soir, Maggy nous a amené dans le bâtiment où nous allons loger. Celui-ci se trouve à quelques 300 mètres de la maison Shalom. Entre-temps, la nuit était tombée sans vraiment avertir. Même si l’on savait qu’à 18h30 le soleil « s’éteindrait », il faut avouer que cela fait bizarre, surtout en plein été.

Et lorsque l’on se trouve au milieu de collines avec pour seule lumière les étoiles, ou presque, au beau milieu d’un continent et d’une ville inconnue, le sentiment est un peu angoissant. Maggy nous a fait visité la Maison des Anges. Elle nous a invité à prendre nos quartiers et présenté notre ange gardien, Pascal. Par comparaison avec les habitations communes de la région, la Maison des Anges est d’un luxe inouï! Electricité, eau courante, salle de bain, chambres hautes,… il y a tout ce qu’il faut pour bien vivre, même si rien ne tient la comparaison avec les standards européens. En fait, je dois dire que l’on prend vite conscience de notre chance.

Reste que l’atmosphère n’est pas facile. Les enfants sont à la fois enchantés et inquiets. A l’extérieur, un mur de pierre de plus de trois mètres protège le bâtiment. Derrière les portes, des gardes privés veillent jour et nuit. Dans les arbres d’en face, les batailles de cigognes transforment le cri des corbeaux en chansonnette de moineau. Et les bruits se multiplient: les portes grincent, la chasse d’eaucoule, les parois ne retiennent aucun des sons de la rue. Un peu trop pour Bastien qui, une fois couché, s’est relevé apeuré. Je lui ai laissé ma place auprès de Véro.

Surtout que les histoires ont été nombreuses. Sur la Maison des Anges, le village de Ruyigi, la région, la guerre. Même si c’était des conversations d’adultes, les enfants n’en ont pas perdu une miette. Ainsi, la Maison des Anges a été rachetée par Maggy à la fin des années nonantes, alors que les massacres redoublaient. C’est dans ces murs édifiés par les colons belges qu’elle s’est cachée avec les quatre-vingt premiers enfants qu’elle avait recueillis. Avec ses mots, sans tricherie, elle a raconté la crainte du jour présent, le manque de nourriture, la rencontre avec la mort qui ne pouvait être qu’inévitable. Pourtant, dit-elle, Dieu l’a préservée. Pour lui permettre de grandir et de redonner un espoir improbable à toute une région.

A côté de la Maison des Anges, il y a un hôtel. C’est là que Laure et Floriane se sont installées. Entre deux, un jardin impeccable dont les plantes sont méticuleusement arrosée la nuit par les gardes. Mais cet hôtel aussi à une histoire: il a été bâti sur une parcelle rachetée par Maggy. Ce morceau de terre n’était pas vierge et sa couleur rouge n’était pas simplement due aux minerais qu’elle contenait: c’était aussi l’emplacement d’une fosse pour les victimes des massacres. « Construire ce bâtiment nous a permis d’offrir à ces gens une sépulture décente. Les murs au-dessus leur rendent hommage. Voilà pourquoi je l’ai baptisée la Cité des anges. »

Les histoires ont été nombreuses. Il a fallu les digérer en plus de la fatigue du voyage. Même si l’on avait passé 48 heures sans sommeil ou presque, il a été difficile de s’endormir. Les questions tournoyaient dans nos petits cerveaux.

Dehors, comment c’est? Qu’est-ce que l’on va découvrir? Ces questions n’étaient pas faites pour favoriser un sommeil sain et profond. Heureusement, Pascal est là. Il veille. Discret, souriant, attentif. Pascal a 56 ans. Il en a passées 13 au service de la Maison Shalom. Maggy lui fait entière confiance. Je crois qu’elle a raison. Il a quatre enfants: deux filles, deux garçons. Sa famille habite à 12km de Ruyigi, dans une cabane sur une colline. Mais il prend soin de  »sa » maison sans penser à lui. Je crois que nous aurons l’occasion de reparler de cet homme assez extraordinaire.

Patrick

178 km d’un nouveau monde

 

Passés la douanne, nous avons été accueillis par Apollinaire, le frère de Maggy qui vit à Bujumbura. « Oma », c’est son surnom dans l’ensemble du pays, était dans la capitale, mais elle participait à une réunion de l’Unicef. L’accueil d’Appollinaire a été chaleureux. Nous avons chargé nos bagages à l’arrière d’un 4×4 et sommes montés dans un autre. Maggy nous attendait sur les berges du Lac Tanganyika, « car elle voulait montrer le deuxième lac le plus profond du monde après le lac Baïkal aux Suisses qui débarquaient ». L’endroit était idyllique. Mais l’Afrique ne nous était pas encore tombé dessus, à l’exception des images volées à travers les vitres des voitures. A « l’Eden du lac », nous avons aussi fait la connaissance de Floriane, une jeune fille belge arrivée la veille, pour une démarche similaire à la nôtre. Il y avait aussi Audace, un jeune journaliste avec lequel je correspond par mail depuis quelques mois maintenant. La vie était douce. On a goûté au poisson du lac, « le meilleure sur la terre » a-t-on dit dans l’avion à Thibaud. Puis on est remonté dans les voitures direction Ruyigi.

Au départ de Bujumbura, ville très étendue, il y a assez peu de panneaux de circulation. Mais il y a peu de routes aussi. Celui indiquant la direction de Ruyigi montrait 178 kilomètres. Soit trois à quatre bonnes heures de route dans les collines arrondies. Pour info, la route correspond à une route de campagne suisse, parfois un peu plus large, sans marquage sur le bitume. Bonne surprise: les deux premiers tiers étaient de bonne qualité.

Néanmoins, il a fallu s’habituer à la manière de conduire. Pas de limitation de vitesse (90 à 110 km/h dans les localités), des milliers de personnes à pied ou à vélos sur les bords transportant de la canne à sucre, du café, du thé ou du bois, des dépassements possibles partout, y compris dans les zones habitées, l’utilisation massive du klaxon, instrument essentiel qui profère à la voiture une supériorité incontestée (en fait les piétons n’ont pas le choix: ils doivent s’enlever!), des contours à n’en plus finir et des camions tanzaniens transportant de l’essence qui roulent à trente km/h avec des bans de cyclistes accrochés au pare-chocs arrière.

Même si l’on était toujours dans la voiture, c’est là que l’Afrique a commencé à nous livrer ses particularités. Pour ce trajet, nous avons été séparés. Véro et les enfants étaient dans la voiture de Maggy, conduite par Gérard. Pour ma part, je me suis retrouvé avec Gilbert dans celle transportant les bagages. Malgré la bonne volonté du chauffeur qui ne parlait pas français, nous avons perdu la « course ». Mais j’avais l’impression d’avoir croisé ou dépassé la moitié de la population burundaise.

C’est sur le coup des 18h que nous sommes arrivés à Ruyigi. Avec un arrêt immédiat dans la maison Shalom, qui est aussi le domicile de Maggy. Tous, on était un peu groggy. Un repas gargantuesque nous attendait. Mais nous n’avons pas pu l’honorer à sa juste valeur. Il y avait trop de choses nouvelles. Chaque coup d’oeil était une découverte, que ce soit dans l’environnement, les habitations ou les personnes. Les prénoms succédaient aux prénoms. Heureusement que Véro a une bonne mémoire et pouvait remettre la plupart de ces personnes. Mais avec les enfants, on était pris dans un tourbillon. Thibaud voulait absolument prendre le PC pour écrire sur le blog. On lui a expliqué que l’on devait d’abord prendre nos quartiers.

Patrick

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