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Pas assez de larmes pour cette misère

Comme Véro vient de l’écrire, je ne suis pas à Ruyigi, mais à Bujumbura. Je suis descendu pour rencontrer les journalistes de la radio Isanganiro, en particulier Maccado Audace, confrère avec lequel je suis en contact depuis plusieurs mois.

Cela fait 24h que je suis arrivé. Et j’ai la tête qui tourne. En semaine, Buja est une fourmilière sans règle apparente. C’est particulièrement vrai sur la route. Depuis hier, j’ai parlé de beaucoup de choses avec mes confrères: mais on en revient toujours à la pauvreté et à la misère dans les soins.

Gabriel est redacteur en chef de la radio. Une véritable pile Energizer. Gabriel est un Burundais du sud, parmi les pionniers des journalistes libres nés dans la crise. Il a été emprisonné parce qu’il a informé plutôt que fait de la propagande sur les ondes. Cela ne plaisait pas au pouvoir. Aujourdhui, il a gardé un peu de rancune, beaucoup de méfiance et une immense révolte. Ainsi, hier, il m’a lancé: « Alors, tu veux voir les hopitaux d’ici? Mais as tu encore assez de larmes dans ton corps? Viens demain. A 10 heures, nous irons dans l’hôpital le mieux equipé en materiel et en médecin de la capitale. Je ne te demanderai aucun commentaire. Mais moi, lorsque je vois cette misère je ne peux plus croire que Dieu existe… »

Nous sommes donc partis il y a quelques minutes dans l’hôpital Prince Regent Charles. Il se situe un peu en dehors du centre ville. Gabriel la joue au culot. Moi, je lui emboîte le pas. Nous faisons semblant de chercher un de ses amis médecin, puis sa soeur, pour traverser tout le complexe. Le PRC est un hopital de 600 lits. Il date des années quarantes et cela se voit. Il n’a jamais été rénové.

Nous entrons par les urgences. Il a quelques patients, tous squelettiques. Ils attendent. Parce que dans le couloir – il n’y a plus de place ailleurs – un garcon est presque complètement brule. On lui pose des gazes plus tout-à-fait stérile. La chair est a vif, il n’y a pas de calmants.

Gabriel continue son chemin. Il me laisse regarder, baisser le regard, sans m’influencer. J’ai de la peine à suivre. Je suis limite mal. Une vingtaine de mètres plus loin, nous arrivons à la hauteur des ailes de médecine interne. Les chambres font 30 mètres carrés. Elles abritent au moins 12 lits et une table couverte de casseroles. Le besoin de larmes se fait sentir en regardant sous les couvertures: il y a des gens si maigres qu’ils ne pourront plus jamais se relever. Les maladies dont parlaient Vero tout à l’heure, présentées à leur stade terminal. Les casseroles, c’est pour manger. Car dans cet hôpital, on soigne. On ne fait pas à manger. Alors chacun prépare sa pâte à base de farine de manioc. Dans l’allee, à l’air libre, les patients sont couchés ou assis à même le sol. Certains tiennent le sachet de perfusions de d’eau salée (nacl) dans une main pendant que l’aiguille est plantée dans l’autre. Entre les bâtiments, le sol est jonché de couvertures. Plus loin il y a des bacs pour la lessive. Pas besoin de réfléchir pour comprendre: l’hopital est bondé et les patients dorment dehors.

Gabriel presse le pas. Moi, je respire mal. L’odeur est acre, mélange de maladie, de chaleur moîte et de mort. Jusqu’à présent, je n’avais vu cela qu’à la TV, dans les documentaires. Mais la violence de la réalité m’était inimagible.

On arrive vers le departement de maternité-gynécologie. Mais cette fois, on ne nous laisse pas passer. On nous envoie vers la directrice, contrôle de l’infos oblige. Mais jusqu’au bureau, le chemin est long. On se perd dans les bâtiments, on fait des détours, on pose des questions. Une infirmière nous glisse que la vie est devenue un enfer. Depuis que le gouvernement a décrété la gratuité des accouchements pour les mamans, ils n’arrivent plus à faire face. « Hier en trois heures, nous avons accouche 13 enfants. Plus de 30 pour la nuit. » On ne verra pas ces enfants.

Nous trouvons enfin le fameux bureu. La directrice ne nous recoit même pas. Elle veut que l’on prenne rendez-vous vendredi, mais je ne serai plus à Bujumbura. On laisse tomber.

Pour sortir, nous repassons par les urgences. Sur le parvis d’entree, nous regardons les gens arriver. Un flux continu. Un médecin vient nous parler. Je lui demande si des patients meurent tous les jours. Il éclate de rire, un peu cynique. « Cet hopital est un mouroir. Le sida? » Nouveau rire. « Le sida n’est pas une maladie, mais un affaiblissement du système immunitaire. Les gens ne peuvent plus lutter et meurent de la typhoïde, du cholera de la malaria du diabète.

Le médecin est lancé. Il raconte des histoires de morgue. Par l’exemple que, l’hôpital n’a pas le droit de sortir les corps sans l’accord des familles. Mais comme les gens sont pauvres et que les enterrements coûtent chers, certains ne viennent pas rechercher leurs proches. Et les cadavres peuvent rester plusieurs mois dans le local. Ce n’est que lorsque la putréfaction est presque totale que les dirigeants de l’hopital ordonne un enterrement. C’est à ce moment-là que les familles viennent réclamer le cadavre… Parfois, il faut donc le ressortir de terre.

Il y a aussi l’histoire de cet Ougandais qui menait grande vie dans le quartier chaud de Buja. Il en est mort, assassiné. Sa dépouille est resté plus d’une année à la morgue. Il était impossible de l’enterrer sans risquer de provoquer un conflit diplomatique. Finalement, il a été inhumé apres négociations. L’ambassade de son pays a donné son feu vert. C’est la police qui a dû venir enlever le cadavre totalement putréfié.

Le rire du médecin est desabuse. Dans celui de Gabriel, il y a le défi du révolté. Une petite fille de 13 ans arrive dans une robe bleue. Elle ne doit pas peser plus de 20 kilos. Son visage est celui d’une femme de soixante ans. Gabriel demande: « De quoi souffre-t-elle? » Le médecin ne répond pas: « Tuberculose, sida? »insiste le journaliste. « Il faut dabord investiguer », conssent à répondre le médecin. Une phrase pour éviter de voir la réalité en face, pour se donner le droit d’espérer. Mais tous les trois, on a compris au fond de nous que l’espoir était mort. Dans les bras de son frèrer, elle disparaît derrière un rideau. Nous détournons la tête…

Patrick

Besoins de médicaments et de souliers

Depuis quelques jours, Véro trépigne d’impatience. Elle veut être en contact avec les enfants et les mamans qui se rendent au centre mère-enfant pour y être soignés. Le tri de matériel médical, c’est bien. Mais pour être efficace, il faut aussi savoir qu’elles sont les réalités. Son souhait est de toucher cette réalité si difficile de la petite enfance. Ce matin, je l’ai accompagnée au centre. Elle passera la journée avec Rose, entre infirmières.

Le mardi, c’est la journée de l’accueil. Pas besoin de rendez-vous pour venir consulter, mais il faut attendre son tour. Il y a dans la salle d’attente des mères, des grands-mères, des tutrices avec des petits. On les regarde, mais nous ne savons pas lire leurs maux. Rose, elle, évalue, réfléchit lentement posément. Elle négocie en kirundi. Car même si le français est une des langues officielles du pays, il n’est le moyen de communication que de quelques-uns, ceux qui ont pu étudier.

Une grand-mère s’approche de Rose. Véro écoute la conversation, cherche à distinguer le sujet. Après 10 bonnes minutes de palabres, Rose nous explique qu’elle est venue chercher des souliers pour son petit-fils. Mais que ce n’est pas la priorité:

- Vous avez remarqué que le petit est handicapé? Que ses jambes sont tordues? Je lui ai expliqué qu’avant les chaussures, il faudrait qu’il rencontre un orthopédiste. Cet enfant se rend à l’école. Souvent il marche sur les genoux.

Nous écoutons. Pour ma part, je me dis que les réalités médicales d’ici sont bien éloignées de celles que l’on trouve chez nous. Véro est passionnée. Elle pose des questions. Sur le Sida, sur la sexualité. Sur les médicaments distribués. Sur les mamans qui accouchent à la maison.

Sur ce dernier point, Rose est intarissable. Elle raconte:«  Les complications sont nombreuses lors des accouchements. C’est la cause la plus importante de mortalité chez les mamans. Beaucoup accouchent chez elles. Nous essayons de les inciter à venir à l’hôpital. Mais c’est difficile. Surtout lorsqu’elles ont déjà eu un enfant à la maison et qu’il n’y a pas eu d’incidents. Elles ne peuvent s’imaginer que quelque chose puisse mal se passer. »

Véro demande: « Comment font les mamans pour couper le cordon? Pour sortir le placenta? »

Rose: « Souvent cela se passe bien. Les hernies au nombril sont fréquentes, mais ne sont pas douloureuses. Si le placenta reste dans l’utérus, les mamans se déplacent à l’hôpital. » C’est simple. Tellement que cela fait peur, surtout lorsque l’on connaît le nombre d’orphelins

Véro questionne aussi sur le sida. Il y a de nombreuses personnes infectées. Les statistiques de la santé mondiale parlent d’un quart de la population.

« C’est un grand problème. Souvent, les maris ne veulent pas admettre que leurs femmes sont malades. Les couples continuent d’avoir des rapports sexuels fréquents et non protégés. Cela induit des grossesses. Avec le risque le nouveau-né naisse avec le virus. La difficulté est que les femmes ne peuvent allaiter leurs enfants. Si elles reçoivent du lait en poudre, ce n’est pas un problème. Sinon, elles sont contraintes de le faire. »

Véro: « Ces femmes acceptent-elles la contraception? Ne perdent-elles pas une partie de leur statut social en ayant trois enfants alors que leur voisine en a 10? »

Rose: « Elles ne sont pas contentes. Mais petit à petit, nous arrivons à faire comprendre les choses. Le moyen de contraception le plus utilisé est une injection d’hormones tous les trois mois. »

Rose consulte ses dossiers de suivis. Elle est vêtue d’une longue blouse blanche que Véro vient de lui apporter. Dehors les gens attendent sans bruit. Pour ma part, je m’éclipse. Je sens que je gène. Et que les consultations ne débuteront pas tant que je serai dans le bureau avec mon appareil numérique. Je laisse les infirmières entre-elles, à leur passion. Véro me racontera à midi. Et je suis sûr qu’elle aura beaucoup de choses à raconter.

Patrick

Qu’ils sont beaux ces crocos, qu’ils sont beaux ces serpents

Nous repartons direction « lac ». Puis Shabani s’arrête devant le Musée vivant du Bujumbura. A nous de choisir si l’on veut le visiter. Tant qu’à faire allons-y, même si les musées ne sont pas notre tasse de thé.

Très vite, je me rends compte que ce ne sont pas les sucettes à la fraise qui graveront le 12e anniversaire de Thibaud. Le parking du musée est abrité par des arbres séculaires. Et ceux-ci abritent eux-mêmes des centaines de chauve-souris de quarantes centimètres d’envergure. On baisse presque la tête par réflexe.

Le musée vivant est une sorte de zoo présentant les espèces locales. Dans une deuxième partie, l’habitat traditionnel des habitants de la région a été reconstitué.

Mais commençons par le début. Un guide au sourire joyeux nous présente les premiers crocodiles du Nil. « Des jeunes ! Les gros sont plus loin.» OK, mais nous sommes déjà impressionnés. Ici pas de barrière, juste une fosse où les reptiles vivent en compagnie de tortues ou d’un varan. Sans exagérer, on pourrait les toucher en tendant le bras. Autant dire que Véro n’en mène pas large. Mais elle n’est pas au bout de ses surprises.

Car pour que le spectable soit total, notre guide ne se contente pas d’expliquer les particularités des animaux. Il n’hésite pas à chatouiller les monstres pour que ceux-ci s’énervent un peu.

On arrive maintenant près de Lacoste (c’est vraiment son nom!). C’est le grand frère, 34 ans, 5 mètres et toutes ses dents. Il semble dormir dans l’eau. Seules ses narines, ses yeus et ses oreilles dépassent de la surface. Lacoste n’a pas de pull. Mais un appétit d’ogre. Le guide amène un peu de nourriture vivante: « Avec ce cochon d’Inde, vous verrez qu’il est grand .» Et qu’il a toutes ses dents aussi! A vrai dire, on est pas très bien. Qu’adviendra-t-il du cochon d’Inde? Une fois dans la fosse, le mammifère court se cacher. Mais Lacoste l’a entendu. Le guide pousse la proie qui court vers le bassin. Puis c’est l’attaque! La gueule s’ouvre, le crocodile se penche sur le côté et le cochon d’Inde est dans sa gueule. Petite pause, puis un coup de machoir. La proie est avalée. On est sidéré! Je pense aux associations de défense des animaux en Suisse. Qu’en penserait-elle? Quelques minutes plus tard, l’opération sera renouvellée avec l’autre espèce présente dans le Tanganyika: le crocodile à bec. Mais là l’attaque sera moins propre…

Un peu plus loin, il y a la cage aux oiseaux. Véro est toujours avec nous. Pour photographier ces magnifiques bêtes, le guide nous invite à pénétrer dans la cage. Sympa, mais un peu étonnant. Thibaud, lui, en est resté aux crocos…

Il les oubliera lorsque nous entrons dans la maison des serpents. Là, Véro et Florianne restent sous les arbres à chauve-souris. Après l’épisode « crocos », elles redoutent la suite. Elles ont bien raison. Jamais je n’ai visité un vivarium de cette manière.

A l’entrée, le guide nous présente le serpent-liane. Puis il ouvre la cage et prends l’animal, 80cm, vert fluo. « Il n’est pas venimeux » nous rassure-t-il avant de le planter dans les mains de Thibaud. Courageux, le gars! Je pense même qu’il a pris du plaisir…

Plus loin, on verra une vipère du Gabon et une couleuvre. La première est mortelle. Cela n’a pas empêché le guide de les sortir de la cage et de les poser sur le sol, à un mètre de nos pieds. Il s’abstiendra toutefois pour le cobra et un autre serpent, dont la morsure est mortelle pour les humains en moins de trois minutes. Mais il les chatouillera tout de même de manière à ce que l’on voit les serpents attaquer le vide.

Enfin dans le coin, il y a une cage avec un bébé croco. On y revient. Les dents sont déjà comme des pointes de couteau de cuisine, mais cela n’empêche pas le guide de le prendre. Sourire aux lèvres, il nous le présente et pour la première fois nous carressons un sac à main vivant!

Fin de la partie vivante. Véro et Florianne nous rejoignent, des frissons jusqu’au bas du dos.

On passe à l’arrière et l’on découvre le monde des humains d’ici durant des siècles, avant la colonisation. On découvre les cases, leur aménagement. Les propriétés étaient divisées en trois parties: à l’avant, on trouve la case des garçons, au centre, plus grande et plus spacieuse, celle des parents et, enfin à l’arrière, celle des filles. Le tout est entouré d’une barrière de bois. Entre les cases, il y a la place des vaches et une mini-case que j’ai au départ prise pour une niche. Erreur! C’était la case du sorcier. Chaque demeure devait en avoir une pour son passage. Pour parfaire la démonstration, le guide a sorti la coiffe et le grigri. Bastien et Thibaud s’en sont donnés à coeur-joie. Mais l’on ne sait toujours pas quels sorts ils nous ont jetés.

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La partie récréative est terminée. Shabani passe en ville prendre une demoiselle travaillant à Ruyigi pour un lift. Maggy vient de l’appeler. Nous nous rendons ensuite à l’antenne locale de la maison Shalom. Nous y rencontrons les chanteurs aveugles, ceux du clip en ligne sur ce blog. A une station service, il achète quelques tranches de pain pour le dîner. Sur ses pas, je découvre une boîte de Jempy, succédané de Nutella. Je l’achète, car le chocolat commence à manquer.

Nous sommes parés pour les 172 kilomètres de route retour vers Ruyigi. A nouveau, le spectacle est total. Shabani négocie une main de bananes (c’est ainsi que l’on dit) par la fenêtre. Elles sont délicieuses.

A tout moment, Bastien et moi nous endormons. C’est contraire à toute loi humaine, car la route nous secoue bien. Après une septantaine de kilomètres, Shabani se range à nouveau sur le bas côté. Il y a des vendeurs de fraises, mais ce n’est pas pour ça.

Dans le sens inverse, un 4×4 noir a fait la même manoeuvre. De celui-ci sort Roger Mburente, un ami burundais de Neuchâtel. Nous savions qu’il serait dans le pays à cette époque, mais il faut avouer que la rencontre est pour le moins inattendue. Il visite sa famille. Nous échangeons quelques mots et nous donnons rendez-vous pour la fin du mois à Bujumbura. Pas sûr que nous nous revoyons ici: au Burundi, les prises de rendez-vous sont fréquents, les rencontres sont plus improbables. Surtout lorsqu’elles sont planifiées.

Nous parvenons à Ruyigi peu avant 16 heures, complètement cassés. Bastien est content d’être de retour « à la maison ». Bujumbura l’a un peu traumatisé. En plus, il y a fait beaucoup trop chaud.

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Lisette, Lydia et Nadine n’ont pas oublié l’anniversaire de Thibaud. Le soir, après le repas, les demoiselles nous rejoignent à la maison des Anges avec une magnifique gâteau à trois étages nappé de chocolat. Thibaud apprécie. Nous aussi. On savoure cette douceur sucrée et c’est l’estomac plein que nous nous préparons à nous coucher.

On a déjà nos habitudes. Un seau d’eau est dans la baignoire. Il nous permet de nous débarbouiller, car l’eau ne coule plus des robinets. Malgré cela, on trouve rapidement le sommeil. Il est très profond.

Patrick

Marchandage de souvenirs…

 

Couché à côté de moi, Thibaud passe une assez bonne nuit d’anniversaire. Moi, je me réveille aux aurores. Je veux trouver un petit quelque chose pour marquer ce jour particulier.

Je sors dans la rue. En face, le bâtiment de la documentation ne m’est plus aussi sympathique. Depuis notre arrivée, je pensais que c’était une sorte de bibliothèque, même si je m’étonnais du nombre de militaires en arme qui en gardaient l’entrée. Audace a bien rigolé quand je lui ai dit cela. En fait, il me révèlera que sous le bâtiment se trouve une prison et que c’est là que les services de renseignements cherchent à faire cracher à leurs prisonniers leurs secrets. Une odeur de torture flotte désormais dans le quartier. Même les singes qui passent le mur ne sont plus aussi rigolos.

Je pousse un peu plus loin. J’avais aperçu un supermarché ouvert dès 6h du matin. Mais 6h, c’est pour la pancarte. Lorsque j’y parviens, les grilles sont toujours closes. Je continue ce qui me permet de passer en revue une bonne dizaine d’organisation d’aide humanitaire: « Les Allemands contre la fin », Médecins sans frontières, l’UNHCR,… Sans le vouloir vraiment, je me retrouve à proximité du marché central, celui visité le samedi. Les enfants m’aperçoivent et je rebrousse chemin. Thibaud a son anniversaire. C’est un jour de fête. Je n’ai pas le coeur à affronter ces regards perdus. Je ne prends même pas le temps de m’arrêter devant la vitrine d’une agence de presse. Peut-être une autre fois.

Pour retourner à l’hôtel, je tombe sur une échope du nom de Coja. Une jeune dame est cachée derrière le comptoir qui m’arrive à hauteur du nez. Je scrute et je vois des sucettes, genre Chupa Chups, mais en plus volumineux. Ce sont des « Boom ». Soyons fous, j’en prends trois. Et puis, il y a cette boisson un peu trop colorée (chimique, comme l’on dit chez nous). C’est du « Bom ». J’en prends trois aussi. Ainsi qu’une baguette à l’aspect croustillant. J’étais paré pour rentrer à l’hôtel.

Là, tout le monde était réveillé et sur la terrasse. Thib piannote sur le téléphone portable pour répondre aux SMS d’anniversaire venant de Suisse. Je lui offre les sucettes et les boissons qu’il partagera avec Laure et Bastien.

C’est l’heure de partir. Shabani nous accompagne. Nous lui demandons de nous trouver un endroit où l’on peut acheter de l’artisanat burundais, choses introuvables à Ruyigi car la ville est trop reculée. Il nous emmène au marché des Arts. Celui-ci est fermé, mais après discussion avec le garde, l’une d’elle nous ouvre ses portes. Une caverne d’Ali Baba, surtout pour nous qui n’avons plus remis les pieds dans un magasin depuis deux semaines. Masques, animaux de bois noirs, tambours, lances traditionnels, tissus, statuettes,… tout parait intéressant. Chacun fait ses choix et la marchandise est posée sur une table dans la cour. Vient alors le moment de la négociation. Nous demandons un prix d’ensemble. Le vendeur réfléchit. Il nous fait comprendre qu’il ouvre exceptionnellement pour nous avant d’afficher son prix sur l’écran de son téléphone portable: 150’000 francs burundais. Nous ne pouvons accepter et lançons une contre-offre à 40’000. Bon comédien, il fait semblant de ranger les objets, mais la négociations continuent. 140’000 est son dernier prix. Nous nous mettrons d’accord pour 100’000. Et tout le monde semble heureux.

Nous remontons dans la voiture pour une destination à nouveau inconnue.

Patrick

Des découvertes extrêmes

D’avance, je vous demande de me pardonner. J’ai été très bavard. Patrick

Nous vous avions laissé avant notre première nuit éprouvante à Bujumbura. Pas besoin de préciser que personne n’était très frais samedi matin. De plus, nous nous étions levés à l’aurore, en oubliant que c’était samedi et que le samedi, ce sont les travaux d’intérêt général pour les Burundais qui auraient le malheur de pointer leur nez dehors. Nous avons donc mangé une omelette et attendu le moment où Gérard, le chauffeur de Maggy, passerait nous chercher. Le rendez-vous était prévu à 10h. Nous avons quitté l’hôtel à 11h40. Les enfants étaient dans un état d’excitation extrême et nous pas loin…

Mais la plongée dans la ville de Bujumbura nous a vite refroidi la tête. Gérard, alias « Rugandie », nous a amenés au marché. Il fallait acheter une tunique et faire le plein de divers aliments que l’on ne trouve pas à Ruyigi.

Pour parvenir à cette fourmilière qu’est le marché, le 4×4 a d’abord dû traverser la gare routière, celle vers laquelle convergent tous les minibus blancs et bleus du pays. Le véhicule est garé à proximité du lieu de commerce. Une chance? Pas vraiment. Pour se parquer là, il faut simplement être d’accord de payer le groupe de gars qui en a fait son territoire. Pour le même prix, ils assumeront également la garde. Il n’empêche: Gérard semble avoir une confiance toute relative. Tant que le véhicule est vide, pas de soucis. Mais lorsqu’il y a de la marchandise, il demande à Shabani de rester à proximité.

L’expérience du marché a été terrible. Tout d’abord, la place qui mène au couvert est bondée de monde. Des femmes, des hommes souvent venus de loin avec leurs fruits, légumes ou poules prennent place à même le sol, prêts à marchander. Le bruit se mèle aux odeurs, les billets crasseux changent de mains.

Mais il y a aussi la rencontre avec cette réalité que l’on connaissait, mais que l’on avait jamais vue: la misère de la rue. Elle se compose en premier lieu d’enfants. Audace Maccado, un ami journaliste dans une radio de Bujumbura, pose le tableau ainsi: « En 2002, soit encore durant la guerre, une estimation sur trois provinces donnaient un nombre de 5000 enfants de la rue. Cela signifie qu’ils n’ont plus ni foyer ni parents. Avec la fin de la guerre, l’explosion de la natalité et le retour de nombreux réfugiés, ce nombre n’a plus aucune valeur, tellement il sous-estime la réalité. » Nous n’en verrons que quelques-uns. Suffisamment pour souffrir de les voir réduits à moins que rien et être traités comme de la vermine, car personne n’a plus confiance.

Une autre part du choc a été donné par les handicapés, de naissance ou blessés de guerre. Les mognons, les hommes-tronc, ceux dont les membres déformés à la naissance les ont contraints à devenir un nouveau genre de rampants. Ils se meuvent sans que personne ne leur prête attention au milieu de la foule, la tête, quand tout va bien à hauteur de cuisses.

Quand au marché, c’est un labyrinthe sous un toit de tôle tenu par une structure métalique. Il y a fait une chaleur étouffante. Pour ne pas se perdre, chaque Africain du groupe donnait la main à un Européen. Bastien était accroché à son héros « Rugandie », qui savait comment faire et où il allait. Celui de derrière essayait tant bien que mal de surveiller les poches de celui de devant. Cela n’a pas empêché que Véro se fasse tâter les poches une bonne dizaine de fois.

Dans ce lieu, chaque centimètre est valorisé. Les boutiques sont minuscules, surfaces au sol. Par contre, si on lève la tête, elles sont interminables en hauteur. Des perches à crochet sont utilisées pour amener la marchandise. On doit probablement trouver tout ce qui se produit dans le monde Faut seulement savoir où regarder, comment chercher, être roublard. En d’autres mots: il faut être du coin, avoir grandi dans cette culture.

« Rugandie », lui, a acheté des fruits et des légumes. Il a négocié âprement le prix en élevant la voix et en secouant la tête. Pour ramener ses achats au véhicule, il a engagé deux adolescents. Ils porteront ces dizaines de kilos sur la tête.

C’est le moment de sortir. Shabani prend la tête de la file. Avec Bastien,Rita, Michel, Florianne et Laure nous suivons attentivement. Mais en arrivant au véhicule, je remarque que Véro et Thibaud ne sont plus derrière nous. Début de panique… Faut retourner les chercher. Mais Shabani reste calme. Avant de partir en recherche, il appelle Rugandie. Soulagement. Les deux sont avec lui. Il avait encore quelques bouteilles de vin et du sirop à acheter. Ils nous rejoidront 20 minutes plus tard. Nous nous sommes déjà dans la voiture. C’est plus calme. On peut faire semblant de ne rien entendre, de ne rien voir. Tout autour, des enfants nous lancent « Donne-moi l’argent! ». D’autres veulent nous vendre des girages gonflables… En les attendant, je profite de la présence d’un bureau de change pour convertir une centaine d’euros en francs burundais. La liasse des 147’000 francs « bu » reçue est impressionnante. Elle gonfle ma poche et me donner un sérieux sentiment de malaise.

Nous repartons pour nous arrêter deux rues plus loin devant une poissonnerie. Pour les Burundais, le poisson du lac Tanganyika est le meilleur du monde. Je suis prêt à leur donner raison. Pourtant, à cet instant, il n’y avait pas ce qu’il fallait. Nous repasserons en fin de journée.

Gérard remet le moteur en marche. Destination inconnue, mais nous ne pensons même pas à lui demander où l’on va. Nos yeux n’arrivent toujours pas à digérer ce qu’ils ont vu.

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Au bout de quelques kilomètres, nous découvrons notre destination. C’est l’extrême inverse de la ruche que nous venons de quitter. Nous bifurquons vers une ouverture bordée de roseaux. Un panneau « Attention crocodile » nous accueille. Gérard nous a emmené dans le parc national de la rivière Rusizi, située entre Buja et le Congo.

Le parc se visite en voiture. Des chemins aussi plats que des terrains de motocross ont été aménagés pour mener les visiteurs vers les points d’observation. Il est bientôt 13h et le soleil tape. Un garde armé de fusil-mitrailleur nous accompagne. On ne sait jamais.

Dès le premier point d’observation, nous sommes ébahis. À une trentaine de mètres, une famille d’hyppopotames profite de la fraîcheur de l’eau jaune, chargée d’aluvions. Des petites îles accueillent des dizaines d’espèces d’oiseaux. Nous ne les connaissons pas, mais à la jumelle, cela en jette. Bastien et Thibaud se mettent à chercher des crocodiles. Mais il est trop tard. Lorsque le soleil est au zénith, les crocodiles ont rejoint le lac Tanganyika. Ils ne reviendront prendre possession des lieux qu’au crépuscule. Il n’empêche qu’un jeune spécimen est resté, tapis sur un tronc flottant. Thibaud le voit, le garde aussi. Mais le bruit l’effraie. Nous reverrons encore quelques dizaines d’hyppopotames, toujours aussi impressionnants. Sauf que pour les indigènes, ces bêtes sont presque aussi communes que les vaches. Ils éclatent de rire lorsqu’on leur dit fièrement que l’on va se déplacer pour les voir. « Mais il suffit d’aller sur la plage à 18h. Ils sortent de l’eau pour aller brouter. » D’ailleurs les rires reprennent de plus belle, lorsqu’on s’émerveille devant un singe qui grimpe dans un arbre bordant la rue.A chacun son monde…

Bref, nous ne reverrons pas de crocodiles. Nous parlerons un peu de Gustave, la légende vivante du lieu, géant des eaux qui a déjà dévorré de nombreux humains. Au retour, un singe est là attaché à son arbre. Ce doit être le cadeau de consolation pour les touristes qui seraient revenus bredouilles de leur excursion. Devant l’arbre, il y a aussi un crâne de crocodile. Bastien veut se faire photographier devant. Mais le singe n’est pas du même avis. Il trouve que le petit gars est trop près de son arbre et se lance dans sa direction. Bastien, rapide comme l’éclair, lui file sous le nez et laissera l’appareil immortaliser le crâne sans accompagnement.

Nous reprenons la route. Gérard veut nous montrer la frontière congolaise. Nous descendons du véhicule à 100 mètres de la barrière fermant le pont sur la petite Rusizi. Le trafic est relativement faible, les contrôles assez serrés. Nos regards sont rivés sur les montagnes de l’autre côté. Montagnes qui appartiennent à l’un des plus grands pays du continent. Un des plus riches aussi en ressources naturelles. Mais aussi un des plus instables politiquement et militairement.

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Il commence à se faire tard et l’omelette du matin ne fait plus effet. Gérard nous confirme que nous allons bientôt manger. Il longe le lac avant de bifurquer sur la droite vers un petit paradis. Devant nous s’étale une plage de sable fin digne des lieux de vacances méditerranéens les plus réputés. Décidément, le lac Tanganyika et son immensité est un véritable trésor de cette terre. Quelques personnes se baignent. On trempe tous nos pieds dans l’eau, avant de se rendre au restaurant un peu en retrait. Ici, c’est les vacances. On se sent un peu schyzophrène, on peine à digérer ces émotions contradictoires.

Le repas se passe bien: brochettes, pizzas « mafioso », poisson. Cet instant de détente est le bienvenu, même si peu de Burundais fréquent l’endroit, trop cher. Nous y rencontrons des Sud-Africains qui apprécient le Tanganyika comme lieu de vacances. Les enfants font sensation: tout le monde veut se faire photographier à leur côté. La palme, encore une fois, revient à Laure. Il faudra insister sérieusement pour la récupérer…

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La journée n’est pas terminée. Durant le repas, j’ai demandé à Rugandie s’il connaissait Audace Maccado, un jeune journaliste avec qui j’ai des contacts depuis plusieurs mois par mail et par téléphone. La réponse est positive, mais il n’a pas son numéro de téléphone. Dommage. J’aurais vraiment voulu le rencontrer. « Pas de problème. On passe à la radio Isanganiro. On le trouvera » Si Gérard le dit, c’est que c’est vrai. Et cela s’est passé comme ça. On parque devant la porte et qui arrive: Audace. Ni une ni deux, le voici dans la voiture. Il nous accompagne à l’hôtel, puis nous allons boire un verre.

Florianne, elle, doit encore trouver des chaussures. Le soir, c’est la fête nationale belge et Maggy tient mordicus à ce qu’elle l’accompagne. Des chaussures bleues de la belle-soeur de Maggy feront l’affaire. Laure lui avait passé les ongles au vernis le matin sur la terrasse du Christmas Club… Il est 17h30 et la réception débute dans une demi-heure. Mais il faut encore se laver les cheveux. Là aussi, Laure donnera un coup de main.

La réception ne durera pas très longtemps pour les deux femmes. Maggy, qui a aussi son anniversaire, trouve l’événement un peu pompeux. Elles serrent quelques pinces puis s’éclipsent. Florianne nous rejoint à 20h, au moment où Audace nous rejoint avec un taxi pour aller prendre une dernière collation dans un de ses endroits préférés. Mais les enfants sont fatigués. Même la perspective de brochettes n’éveille plus leurs sens. Bastien s’endort sur la table. Laure, elle, relève la tête lorsqu’elle apprend qu’il y a une boîte de nuit juste à côté et que l’âge à l’entrée n’est pas vraiment contrôlé. Mais nous abandonnons l’idée. Faut dormir un peu. Dans une heure, Thibaud aura 12 ans. Et le dimanche qui nous attend, avec le retour à Ruyigi, s’annonce long.

Bonne nuit

Patrick

Une valse de ministres

Ce lundi, c’était l’effervescence dans la maison Shalom. Le ministre belge de la Défense, André Flahaut, était annoncé en visite officielle dans le centre mère-enfant. Pour l’accompagner, le ministre burundais de la défense et des anciens combattants, Germain Niyoyankana, a fait également le déplacement. Si le ministre belge en fin de mandat a fait le déplacement, c’est parce que le 11e bataillon du génie a participé à la construction du centre entre janvier et avril 2007. Ils étaient 40 militaires. Fait remarquable dans le pays, ils étaient présents sans arme et sans escorte. La visite s’est bien déroulé. Même si tout a été mis en place au dernier moment. Jusqu’à 11h, ce fut le branle-bas de combat. Ici, une couverture. Là, il fallait déplacer des bancs. Des éducatrices sont venues avec des enfants. Tout le monde était sur son 31. Devant l’entrée, les tambourinaires, amis de Thibaud, avaient revêtu leurs costume rouge, vert et blanc. Les danseuses, elles, ont battu le rythme de leurs pieds. André Flahaut est venu sans cravatte. Tout le monde s’est mis en rang pour lui serrer la main. Il n’a pas manqué de relever la présence de trois enfants blancs, des « amis belges » venus en visite, selon Daouda Touré qui faisait les présentations. Autant dire que Laure, Thibaud et Bastien ont moyennement apprécié: « Dire qu’on est belge,… c’est pas permis! » Sur place, la délégation n’est restée qu’une heure. Plusieurs médias, dont la RTBF, avait fait le déplacement. Maggy était flamboyante dans un costume jaune, jamais à court d’histoire. Pour assurer la tranquilité, des dizaines de militaires armés de mitraillettes et de policier de fusil-mitrailleur. Ça donne un drôle de sentiment. Véro a moyennement apprécié le moment. A chaque instant, elle a tout fait pour éviter de croiser le chemin du ministre. Lorsqu’il est arrivé au fond du bâtiment, elle s’est eclipsée par la porte de derrière. Au-delà de la visite propre, ce déplacement de notables n’est pas anodin. Il prouve qu’au Burundi, la maison Shalom a un retentissement international important. Plus peut-être que le gouvernement en lui-même. Le ministre burundais n’a pas manqué de le relever avec une pointe de jalousie dans la voix. C’est aussi la preuve que ce qui marche suscite l’intérêt des puissants. Maggy sait que ces gens veulent s’afficher. Qu’ils veulent récupérer un pan du succès. En privé, ça l’agace. Mais elle sait aussi que ces appuis peuvent être dans son intérêt. L’objectif, ce sont les enfants vulnérables et les orphelins. Quitte à faire quelques concessions avec ceux qui lui ont pourri la vie durant les années de guerre.

Patrick

c’est pas tous les jours Noël

 

C’est pas tous les jours Noël…

L’hôtel porte l’enseigne de « Christmas Club Motel ». Il se situe à deux pas de la cathédrale et à 500 mètres à vol d’oiseau du lac. Il devait être un havre de repos. Il en fut autrement. Preuve que ce n’est pas tous les jours Noël…

Avant d’entrer dans les chambres, il faut savoir que Bujumbura est une véritable étuve. Il y fait donc très chaud et humide. Après la chaleur tempérée des montagnes, nous avons été surpris. Les chambres, elles, sont petites: murs de briques rouges, un lit étroit pour deux, une douche toilette qui donne sur la chambre et, surtout, aucun mouvement d’air. On peut sans exagérer rajouter 5 à 8 degrés à la température extérieure. A la première respiration d’air vicié, on pouvait s’attendre à passer deux nuits difficiles.

Car si cet hôtel est parfait pour les voyageurs adultes et capables d’assumer individuellement certaines conditions, lorsque l’on voyage en famille, il est plus compliqué de passer l’éponge. Si tout le monde a jusqu’à présent encaissé avec bonne humeur un certain manque de confort, là, ce fut plus difficile. Et la chaleur ambiante n’a pas calmé les esprits.

Surtout que les surprises n’ont pas manquées. C’est tout d’abord, Florianne, qui fait chambre commune avec Laure, qui m’appelle mystérieusement:

-Est-ce que tu penses que c’est ce que je pense qui est là parterre?

Surpris, je me rends dans la chambre no1 et regarde. De loin, on aurait pu penser à la peau d’un serpent qui vient de muer. De plus près, l’évidence était autre: c’était un préservatif bien rempli, avec un noeud au bout…

Une bonne douche froide plus tard (l’eau arrivait en suffisance) et quelques discussions plus tard, c’est Thibaud qui m’interpelle depuis le trône avec vue plongeante sur la douche.

- Papa! C’est quoi ce truc dans le fond de la douche?

Nouvel examen. Le truc en question faisait 8 centimères de long, était mince comme un lacet, et ondulait avec aisance à la manière d’un serpent. Réponse:

- Ce doit être un bébé serpent, lancais-je en faisant bonne figure.

Quelques décilitres d’eau plus tard, celui-ci était reparti, forcé, dans les canalisations. Et moi, de dire à Thibaud:

- Tu n’en parles à personne avant que nous ne soyons partis d’ici.

Il a tenu sa langue jusqu’à dimanche.

Avec tout ça, nous n’avions pas encore mangé. Mais cela n’allait pas tardé. Les assiettes que nous avions vu passer étaient copieuses et nous nous réjouissions. C’est donc plein d’espoir que nous nous sommes rendus au restaurant.

- C’est pour manger. Nous sommes six!

- Heu. En raison des mariages, nous n’avons plus de table. Il faut que vous mangiez dans vos chambres.

La pilule n’a pas passé et le refus a été catégorique. La nuit s’annonçait déjà suffisament difficile pour que nous ne passions pas, en plus, la soirée par deux dans les chambres. Alors devant la menace d’aller voir ailleurs, on nous a aimablement installé une table et deux bancs entre le parking et les mariés. Il était 19h.

La suite? Une commande normale et des dizaines de partie de cartes. L’attente fut longue, très longue. A tour de rôle, chacun d’entre-nous pétaient un plomb. Jusqu’à ce que Thibaud ne retrouve notre commande sur le sol. Le serveur l’avait perdue et la cuisine n’était même pas au courant que l’on attendait deux demi-poulet, deux brochettes de chèvres et deux filets de poissons du lac. Le temps de mettre mal à l’aise le serveur qui soutenait que l’attente était due au mariage pour ne pas perdre la face, la machine s’est mise en route: en 20 minutes, les plats étaient prêts, copieux et bons. Mais il était largement plus de 22 heures et les convives du mariage devaient reprendre leurs voitures. Nous avons donc dû nous déplacer sur le parking pour libérer le chemin.

On s’est ensuite couché. Véro avec Babou, Thibaud avec moi. La nuit ne fut en rien reposante, mais le jour s’est quand même levé.

Patrick

Quelques images, enfin…

Bonjour,

Il faut certes beaucoup de patience, mais tout arrive à qui sait attendre. Voici donc quelques images de la semaine écoulée. A vrai dire ce fut un long combat avec la vitesse de connexion. Peut-être que celles-ci vous évoqueront l’une ou l’autre lecture.

Amitiés

 

Patrick

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Et pour les curieux, voici une photo subsidiaire avec une question. Reconnaissez-vous cette demoiselle?

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C’était hier soir devant le mur jaune délavé de la salle à manger, après deux heures de bonheur et de bigoudis chez le coiffeur.

Si vous avez trouvé, envoyez-lui un message!

Patrick

Découvertes culinaires

 

Dans le quotidien, il faut également que l’on s’habitue à la présence permanente de Pascal. Ne vous méprenez pas! Pascal est adorable, drôle et cool. Tout le monde l’aime beaucoup. Mais Pascal s’occupe du service de maison. Ce qui n’est pas dans nos habitudes. Ainsi, on a dû apprendre à ne surtout pas faire notre lit. A signaler lorsque nous souhaitons passer à table. Pour l’omelette du petit-déjeuner. Le repas de midi ou celui du soir. Je ne sais pas s’il prend du plaisir à son job, peut-être bien, mais surtout c’est son job. Celui qui lui permet de ne pas trainer dans l’oisiveté comme la grande majorité de ces concitoyens citadins et même montagnards. Là encore, il ne faut pas se méprendre: la situation est ainsi parce qu’il n’y a pas de travail. Dans toute la province de Ruyigi, je ne pense pas qu’il y ait une entreprise industrielle. Les seuls salariés sont les fonctionnaires et les employés des ONG présentes pour l’aide humanitaire et le processus de paix engagé dans la région des Grands Lacs. Pascal est discret. Il fait la cuisine dehors sous un avant toit sur un petit potager de charbon de bois. L’omelette du matin est mijotée sur un seau de fer. Ainsi, chaque jour est une fête. La préparation du repas lui prend plusieurs heures. Mais pas question de lui donner un coup de main. Même les « mercis » étaient de trop au début. Maintenant je crois qu’il a compris que c’était aussi important pour nous de lui marquer notre gratitude.

Au fait, je m’aperçois que l’on a pas encore parlé de nourriture, alors que c’était le principal soucis, avec la santé, avant de monter dans l’avion. C’est probablement parce que cela va bien. Mieux: dans l’esprit local, il est impensable que les « musungus » ne manquent de quoi que ce soit. C’est une question d’images et fierté. Ainsi, nous avons à chaque repas de la viande (boeuf, poulet ou chèvre) avec une sauce à base de concentré de tomates, des légumes de saison (petits pois-carottes, tomates, choux), du riz cultivé dans le marais voisin et des pommes de terre rôties. Sans compter les fruits, savoureux et juteux, cueillis sur l’arbre le jour précédent. Ici, la mangue et l’ananas sont numéro 1 au hit-parade des préférences. La banane douce (très petite) suit de très près, devant les fruits de la passion, la mandarine.

C’est vrai aussi, on l’avoue, que d’autres aliments ont plus de peine à ravir nos papilles. Véro n’est toujours pas amie avec la viande. On peut aussi signaler que celle-ci est plus tendre les lendemains de marché, le poulet et la chèvre dépessée n’ayant pas eu le temps de durcir. Les enfants se réjouissaient également de la pâte de manioc. Celle avec laquelle on fait des boulettes au creux de la main avant de les tremper dans la sauce. Beaucoup ici l’appelle le ciment. Ils sont au moins aussi nombreux à le détester. Mais en temps de pénurie, il a l’avantage de bourrer l’estomac durant quelques heures. Bastien n’y tenait plus: la faim, l’aspect « semoule » l’avait séduit. Une fois dans la bouche, il a vite déchanté. Pire, il a courru se rincer la bouche à la salle d’eau. Thibaud a été plus prudent en en ingurgitant moins. Quand à Laure, c’est la seule autour de la table à s’être régalé. Côté légumes, la palme du mauvais goût (au sens premier) revient sans conteste aux épinards burundais. Comment les décrire? Piquants, terreux, ils n’ont séduits personne. Sauf le lendemain, cuits une deuxième fois dans la soupe. Au niveau des fruits, c’est la papaye qui n’a pas passée. Et le commentaire définitif revient cette fois à Véro: « Cela sent le vomis de bébé! » Il fallait y penser.

Mais que personne ne se fasse de soucis: nous n’avons pour l’instant aucun problème gastrique.

Amitiés

Patrick

Petits gestes de vie quotidienne

 

Nous avons de la chance. A Ruyigi, peu de demeures sont aussi bien équipées que celle où l’on loge. Nous avons des chambres, des lits doubles presque larges, des moustiquaires, des WC, une salle d’eau, une TV qui n’est pas branchée et une cuisine avec un évier et un frigidaire, mais sans cuisinière. Bref, tout ce qu’il faut pour être heureux.

Cependant, il ne faut pas croire que la vie quotidienne est identique à celle que l’on connaît en Suisse. On a dû s’adapter. Le plus coriace, je crois, ce sont les WC et la salle d’eau.

Les premiers sont indépendants, mais ouverts sur l’extérieur. L’ouverture donne sur le lieu de réunion du personnel de la Maison Shalom chargé de l’entretien du jardin des Anges et de sa surveillance. Autre point nouveau: la chasse d’eau. Celle-ci coule en permanence. Pourtant, lorsque l’on en a besoin, il faut souvent remettre le petit geste de rinçage à plus tard. Faut compter 20 minutes pour que le réservoir se remplisse.

Et ceci n’est pas sans conséquence sur la salle d’eau. Car l’eau ne peut être distribuée à deux endroits simultanément. Cela peut provoquer quelques grincements de dents. Par exemple si l’un d’entre nous est pris d’un besoin pressant alors qu’un autre s’est enfin décidé à passer à la douche. Car c’est le dernier qui trinque. Celui-ci peut rester mouillé et savonneux durant de longues minutes, tuyau de douche à la main, à attendre un mince filet qui le libérera de la couche de terre et de savon qui durcit dans ses cheveux.

Et si l’on ajoute que l’eau est exclusivement froide, même s’il y a deux robinets, vous pouvez sans autres imaginer les noms d’oiseaux qui peuvent s’envoler par les moustiquaires. Dans ce domaine, aucun d’entre-nous ne s’est encore avanturé en kirundi. Les jurons français sont plus spontanés et naturels. Pas besoin de faire un dessin…

Patrick

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