Archive pour la Catégorie 'voyage 2007'

La savane dans toute sa splendeur

Le vendredi démarre comme prévu. Déjeuner copieux avec omelette et bacon, pique-nique dans le carton et toit ouvert. Les singes accompagnent notre départ les massaïs essaient de nous vendre le bijous de pacotille. Abu n’est pas en forme: fièvre et maux de tête. Il redoute une poussée de malaria.

Mais il a promis les « chitas », il fera tout pour les trouver. 60Km nous séparent de la Tanzanie. Le chemin est bordé de découvertes: un cadavre de gnou qui fait le bonheur d’une bande de vautous (décidément ces oiseaux sont très très laids). Partout des groupes d’herbivores, la plupart du temps en mouvement. C’est la période de la grande migration et les gnous se déplacent en file indienne, mû par leur instinct ancestral. Puis Abu fait une pause près de la rivière. Pendant qu’il tente de récupérer de ses nausées, il nous confie à un garde-faune armé d’un fusil-mitrailleur. Nous partons à pied observer les hippopotames et les crocodiles. Des Crocos nous en verrons quatre dont deux à une vingtaine de mètres. Ils ont plongé devant nous, effrayés par notre arrivée. Le garde nous explique qu’ils se tiennent à cet endroit parce que les gnous y traversent la rivière et qu’ils sont des proies faciles. Nous le constaterons plus tard en contrebas en découvrant les cadavres gonflés que des vautours déchictent.

Lorsque nous repartons, c’est pour franchir la frontière. Abu a embarqué un autre garde armé. Nous apprendrons que cela facilite les passe-droit. Le fonctionnaire dans son uniforme beige guide notre chauffeur vers un arbre perdu au milieu de la pleine. En arrivant, nous découvrons quatre lionnes qui se reposent à l’ombre, indifférentes dans leur paresse à notre présence. Au risque de nous répéter, le spectacle est magnifique.

Nous repartons pour quelques centaines de mètres pour nous arrêter sous un autre arbre. Là, il n’y a aucun animal. Abu lance alors: « Vous pouvez sortir. Nous allons manger ici. » On est un peu interloqué. Nous peinons à le croire. A un kilomètre, nous savons qu’il y a quatre lionnes, nous venons de les quitter. En scrutant les environs, nous découvrons un éléphant mâle solitaire et en face à 100 mètres à peine, un troupeau de gnous et de zèbres qui s’étirent sans fin. Cela durera une heure sans interruption.

Les sandwiches sont avalés et la pause se termine. Irréelle…

L’étape suivante nous mènera vers les fameux « chitas », ces guépards qu’Abu et Babou ont en très haute estime. Les observer est un privilège, un véritable cadeau de la nature. Il y a toute une famille: les parents et quatre petits déjà bien plus gros que nos chats.. Ils dorment dans un bosquet. Nous savourons le moment.

Mais Abu et le garde s’agitet. Ils viennent d’entendre qu’une file de zèbres et de gnous traversant la rivière Mara. Une aubaine. La semaine précédente, une femme s’était postée durant trois jours complets à cet endroit, sans voir un seul zèbre nagé. Nous fonçons vers les berges. On se croit dans un doc de la chaîne thématique « Animaux ».

Les mammifères se jettent dans l’eau, au milieu des hippos et des… crocos. Les zèbres hénissent (je ne sais pas si c’est le terme exact, parce que cela ressemble plus à un hurlement d’âne qu’à un hénissement). Les berges sont glissantes. Les crocodiles à l’affût, immobiles, mais nous les voyons très distinctement. Laure tremble pour les cousins des chevaux. Heureusement pour elle, il n’y aura pas d’attaque.

Nous sommes comblés et nous ne cessons de le répéteré. Le garde nous indique alors le chemin d’un oint de vue où la rivière fait un coude. L’eau est basse en attendant les pluies et les roches sont apparents. Les carcasses gonflées sont là, les vautours aussi. Après quelques secondes de recherches visuelles, nous découvrons aussi les crocos. Il y en avait six, dont deux étaient énormes.

Les images s’entremèlent lorsque nous revenons sur territoire keynian. Abu m’indique discrètement qu’il serait bien de récompenser le garde. Je glisse 1000 shillings dans sa main. Il est comblé, cela représente une semaine de salaire. Pour nous, c’est moins qu’une séance de cinéma enfant, bien peu pour quatre heures hors de la réalité.

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons dans une des lodges du parc. Abu espère consulter un médecin qu’il ne trouvera pas. Jusqu’à Nairobi, il devra se contenter des médics que lui donne Véro. Laure, elle, craque pour… un magnifique sac à main et des bagues en bois. Thibaud a la tête dans les nuages. Il vacille entre émerveillement et fatigue.

Nous sortons du parc pour dernière étape incontournable: la visite d’un village masaï. Là, nous retrouvons une réalité difficile, bien moins équilibrée que la nature sauvage du parc. Au-delà du folklore, nous retrouvons la pauvreté, ainsi que l’odeur et la saleté des excréments. Mais ce sera pour un autre jour…

Patrick

Masai Mara: le film continue

Bonjour,

Ce texte a été écrit au Kenya, il y a 10 jours. mais je n’avais pas eu le temps encore de le retranscrire pour le mettre sur le blog. D’autres suivront encore.

Patrick

Pour la première fois depuis le début du voyage, je dois écrire à la main. Car dans la savane du Kenya, l’électricité est rare. Dans le camp de tentes o`nous avons pris nos quartiers ce jeudi, celle-ci provient exclusivement d’un groupe électrogène. Et comme le fuel est cher, la machine ne fonctionne qu’entre 19 et 21h.

Cette pénurie contrôlée n’est pas sans conséquences: tout le monde se couche tôt. Et tant pis pour le bar. Quand à moi, je me retrouve seul avec ma lampe à pétrole.

A Nairobi, jeudi matin, nous avons été, nous avons été pris en charge par Abu, jeune trentenaire, guide chauffeur pour touristes en safari dans tout le Kenya. Abu parle anglais, ce qui limite les conversations. Et les rallonge, car cette langue n’est ni pour lui – sa langue maternelle est le swahili – ni pour nous très spontanée. Qu’à cela ne tienne. Abu à pris Babou en amitié et il ferait l’impossible pour lui faire plaisir. C’est fou ce que Bastien plaît aux Africains. Abu doit être au moins le quinzième à vouloir le garder…

Dès le départ de Nairobi, nous avons perçu que la journée serait particulière. Au sortir de la capitale, les routes sont bien meilleures qu’au Burundi – d’une manière générale le Kenya semble nettement moins pauvre. On roule à gauche et les piétons traversent l’autoroute sans aucune arrière-pensée.

Abu pense à nous, pauvres Européens. Il roule prudemment, ce qui permet à de nombreux « matatu », bus taxi privé Toyota bourrés comme des oeufs, de nous dépasser. Mais à notre hauteur, leur vitesse ralenti fortement pour une tornée générale d’èeillade à Laure qui apris place à droite du véhicule. Heureusement, elle n’a pas provoqué d’accident, mais je pense qu’on en était pas loin…

Nous parvenons rapidement sur les bords de la Grande Vallée du Rift. Le panorama vers la profonde faille est superbe et nous réalsons alors que Nairobi est une capitale à plus de 1600 mètres d’altitude.

Après une courte halte « photos » – et oui, nous sommes maintenant des touristes -, nous plongeons dans la vallée pour quatre heures de route. Enfin, si l’on peut dire car sur près de cinquante kilomètres, celle-ci est en construction. La fatigue est immense et seules les premières gazelles et girafes nous remettent d’aplomb.

La route est difficile. Souvent, nous devons rouler sur les bordures pour éviter les trous. La moyenne horaire tombe à 40 km/h. Malgré les secousses dignes du meilleur « shaker », nous nous endormons à tour de rôle.

Nous parvenons à proximité du parc national vers 13 heures, le cul tané. Le camp de tentes nous tend les bras et nous en découvrons les particularités. Ainsi à 200 mètres de l’entrée, Abu nous signale une crotte d’éléphant. C’est pareil que pour un cheval, mais dix fois plus grand. Nous entrevoyons aussi des baboins et des dip-dips. Sans compter les nombreux massai occupés soit à garder les troupeaux de vaches, soit à essayer de soutirer quelques dollars aux touristes de passage. Comme disent Laure et Véro, « Ici, nous avons vraiment l’impression d’être des dollars sur pattes ».

Notre tente peut accueillir cinq lits. Nous décidons donc de n’en occuper qu’une. Les enfants, de facto, acceptent de subir mes ronflements, tant pis pour eux… Elle est située dans le bas du camp, à proximitié de la barrière extérieure et électrifiée. La paroi de toile des wc est déchirée, mais la douche est annoncée avec de l’eau chaude. Cela, on vérifiera plus tard.

Nous avons rendez-vous avec Abu à 15 heures. Il a promis des « lions » aux enfants qui trépignent d’impatience, même s’il faut retourner dans le Toyota Hiace. Babou est le premier à ressortir de la tente. Mais il revient en hurlant: « Bonjour, les singes. Bonjour, les singes! » On a cru qu’il nous faisait une farce. Toutefois, c’était la réalité: l’explorateur intrépide s’est en effet retrouvé nez à nez avec une colonie de primates: des gros, des petis, des moyens qui n’avaient pas eu la présence d’esprit de contourner le camp pour leur promenade de l’après-midi. Pire dans leur esprit libertaire, même les tentes se devaient d’être escaladées…

Dès le départ de notre « game » – c’est ainsi que l’on dit dans le langage branché safari – nous en avons pris plein les yeux. Troupeaux de gazelles et d’impalas, d’antilopes et de zèbres se succèdent sans interruption. Nous avons aussi approché des girages.

Mais Abu n’avait qu’une chose en tête: tenir sa promesse et rencontrer les « simbas » (lions en swahili). Il avait ouvert le toit et son oreille était scotchée à la radio centrale des guides. Tout à coup, il fait demi-tour, s’engage sur une piste « tertiaire », accélère, ne freine que parce qu’un troupeau de gnous la traverse au galop et s’arrête devant un bosquet. Un autre véhicule nous avait précédé. Là, dans les fourrés, nous apercevons alors la crinière noire d’un mâle et le pelage doré d’une femelle. Les lions dorment, mais le tableau est grandiose. Encore plus impressionnant que la famille d’éléphants dont nous venions de croiser la route.

Cependant, nous ne restons pas très longtemps. Car la radio annonçait un bain familial d’hippopotames dans la riviière Mara. En quelques minutes, nous nous sommes retrouvés sur ses berges à observer ces géants en train de chanter. Les paroles et les mélodies n’étaient pas très variés. Néanmoins, les mots « magnifiques, incroyable, phénoménal » revenait plus souvent qu’à leur tour.

C’est encore une fois Abu qui nous a tiré de notre béatitude en nous priant de remonter dans le véhicule. Sans explications. Sans le savoir, nous retournions vers nos lions.

Car la sieste était terminée. L’heure était venue de se rendre vers le garde-manger sauvage, en l’occurence un troupe énorme composé de zèbres, d’antilopes et de gnous. Nous avons donc précédé les lions, femelle à l’avant et mâle derrière, marchaient et trottaient à 2 ou 3 mètres de notre voiture. Nous étions le nez au vent, fasciné. La promenade a duré un bon quart d’heure. A observer les zèbres qui donnaient l’alerte, on s’est dit que nous assistions peut-être à un début de chasse. D’autant plus que de l’autre côté du groupe, deux lionnes s’étaient placées en attente. C’était mieux que dans le meilleur documentaire animalier.

Mais l’heure avançaient. Il fallait sortir du parc pour laisser la faune respirer tranquillement. Sur le chemin du retour, nous n’avons cessé de nous arrêter. Ici, deux éléphants mâles croisaient leurs défenses, pour les belles oreilles d’une femelle. Là un troupeau de buffles scrutaient les voitures d’un oeil torve. Abu ne les aime pas: « Ce sont les animaux les plus dangereux de la savane, avec les éléphants. Ils chargent tout ce qui bouge. »

De retour au camp, la nuit est tombée. Sous les étoiles, nous savourons avec Véro les six lumières qui scintillent dans les yeux des enfants, pendant que leurs bouches énumèrent les espèces entrevues dans l’après-midi.

Le repas est pris en commun. Babou ne peut se remplir. Abu mange avec nous. Il fixe le départ du vendredi à 8 heures. Au menu: une journée entière qui permettra de pousser jusqu’à la frontière tanzanienne. Avec une nouvelle promesse: on trouvera des « chitas » (guépards) et des crocos. Nous, on arrive pas imaginer. Tout le monde s’endort à la lueur d’une bougie, dans le vent et les bruits de la savane. Il n’y a aucune appréhension. Car la barrière électrifiée qui entoure le camp résiste à tout. Sauf, mais on l’apprendra plus tard, au déjeuner, aux éléphants qui se rendent chaque nuit dans la montage pour y dormir. Heureusement pour nous, ils ont sûrement fait nuit blanche.

Patrick

Le week-end à Bujumbura

En mettant de l’ordre dans les fichiers, j’ai trouvé ce texte que Thibaud a écrit la semaine dernière. Je le mets sans aucune retouche. Il revient un peu en arrière dans notre voyage. Dégustez-le!

Patrick 

On est arrivée a Bujumbura le soir vers 5 ou 6 heures du soir après 6 h de voiture pendant le trajet on est allé au source du Nil quant on est arrivé papa a dit « voila le tuyau le plus célebre du monde » tout le monde a rigoler. On arrive a la capitale aucun panneau de circulation ou quelque un déffoncée. On arrive au « Christmas Club Motel » on voulais mangé au resto mais il nous on dit : rester vous pouvez manger ici mais il y a un anniversaire de mariage et il n’y a plus de place est-ce-que vous pouvez manger dans vos chambres? Papa n’était pas d’accord il a répondu : sa nous dérange beaucoup. Alors ils nous ont mis une table et 2 bancs sur le parking. Après cela, tout le monde a commandé quelque chose qui avaient l’aire très bon. Pour attendre babou a dit : qui veut jouer aux cartes. Papa, Florianne et moi, on c’est porté volontaire. Une heure plus tard babou s’impassiente: c’est trop loin ou sa fait chier. Papa lui dit :va voire si le p’tit garçon qui nous tourne autour parle français. Babou alla voir le p’tit garçon. Il s’appellait General et il parlait trés bien le français. Plus tard le grand frère de General est venu jouer avec eux. 2H30 après avoir passer la commande arrive. Delicieux. On est allez au lit. Des tout petit lit pour 2 personnes des moustiquaire troué et des toilettes crades. Le landemain matin on se leve on commande une omellette ou des oeux au plat. Miam. Après les cartes pour attendre rugandyé. On part au marchée. J’étais choqué. Je n’arrive pas a vous le décrire. Il faut le voir pour le croire. On va au park national de la Ruzisi. A l’entrée du park un panneau: attention crocodiles. Tout le monde riaient.On rentre a l’hotel Rugandyé s’arrete. Il est 15h on va se tramper les pied au Tanganika. Après on va manger moi les délicieuses et traditionelles brochettes de chevres. 16H30 on mange. On rentre au Christmas. On croise Audace papa demande: tu connais un endroit ou on peut aller toute la famille Audace répond: bien sur. Je vais me laver les mains je vois un petit serpent de la taille d’un ver de terre.Papa par avec Audace et revienne 1h plus tard. Audace va chercher la voiture de sa soeur et un taxi. On y va on roule 10m et Audace nous dit: Eh je sais plus ou il est le resto. Alors il nous amene a l’Archipel. Babou s’endore, moi je reprend une brochette, papa aussi une brochette, Audace meme chose, maman et Florianne une salade de fruit et Laure des samboussa. On rentre a l’hotel. Le landemain Chavani vient nous chercher et on va dans un « kiosk » a souvenir. On fait le plein de souvenir et on rentre à Ruyigi. A bujumbura il faisait trop chaud et on était content de retrouvée notre maison.

Thibaud

Le choc des mondes sur même continent

A 8h30, ce mercredi, ils étaient tous là: Maggy, magnifique comme toujours, Rugandie, Janvière, Shabani. Apolinaire, le papa de Michel, nous a amené une cargaison de mangues, bananes et fruits de la passion pas trop mûrs pour le voyage. Il amènerait les enfants directement à l’aéroport. Je suis parti avec Maggy et Rugandie. Nous avons déposé Maggy chez le président avant de partir acheter du café et du thé. Pour cet exercice, rien de tel que de suivre Rugandie. Il n’y a pas d’attente, malgré la file. Et le vendeur donne toujours un kilo de plus que la commande sans que cela n’apparaisse sur la facture. Puis, Rugandie est allé faire du change – lui il va dans la rue… – pour que je lui achète une caméra en Europe.

Janvière et Shabani nous ont ensuite amené à l’aéroport. A 10 minutes près, nous étions à l’heure. Les enfants étaient déjà là. Nous étions parmi les premiers. Janvière, complice de Laure, l’a aidée à écrire un petit mot à Viannet dans le hall d’enregistrement. Mais cela a pris tellement de temps que notre grande fille a failli rester à Bujumbura… Dernières accolades et nous voilà dans le hall d’attente avec des cartes d’embarquement provisoires. A midi, nous savions que nous ne décollerions pas avant 14 heures. A 13 heures, deux employées de Kenyan sont arrivées avec un paquet de cartes d’embarquement définitives, mais nous n’étions pas sur la liste. On balisait un peu, mais il faut avouer que nous avons bien géré la chose. Une demi-heure plus tard, il y a eu un deuxième paquet. Nous avons reçu nos sésames.

Aux environs de 15 heures, nous sommes montés dans l’avion. Mais les places attribuées étaient déjà occupées. Là encore, nous sommes restés zen. Nous nous sommes assis à côté des toilettes. Au moment du décollage, nouvelle surprise: le vol partait en direction de Kigali, au Rwanda. Avant de se rendre à Nairobi. Ce n’était pas prévu au programme. Néanmoins, personne n’a râlé. Je pense que tout le monde était déjà content d’avoir sa place. Nous avons décollé à l’heure où nous aurions dû atterir à Nairobi. Mais c’était pas plus grave que ça. J’étais juste inquiet par rapport à Njeri, la représentante de l’agence qui a organisé notre safari dans le Masai Mara.

Mais j’avais tord. Lorsque nous sommes arrivés à 19h à Nairobi, Njeri était là, souriante, malgré les heures d’attente. « Akuna matata, » m’a-t-elle lancé. « En Afrique, nous avons l’habitude ». Après avoir changé mes chèques de voyage en shillings kenyan, elle nous a présenté Abou qui sera notre guide dans notre quête d’animaux sauvages. Puis nous avons pris la route – ici, on roule à gauche – pour Nairobi.

L’arrivée à l’hôtel est plutôt choquante. En quelques minutes, nous sommes passés d’un monde de lutte permanente pour la vie à un établissement quatre étoiles. Nous ne l’avions pas demandé, mais les chambres étaient réservées. Au Macaranda, tout brille et tout fonctionne. Les gens sont affairés et les contacts sont des contacts de service. Il y a tout, même le wi-fi, que je vais essayé dans quelques minutes. Cette richesse opulente nous retourne les tripes. Nous ne cessons de penser à ces amis que nous venons de quitter, pour qui le prix affiché d’une chambre pour une nuit représente deux mois de salaire. Nous mangeons tard. La nourriture est excellente. Mais le malaise persiste. Avons-nous vraiment le droit? Véro et les enfants sont épuisés, mais nous mesurons l’écard entre les deux pays. Pourtant, nous ne sommes qu’à une heure trente d’avion…

Personne ne prend de dessert. Bastien préfère prendre une mangue du Burundi dans la chambre plutôt que le tiramisu proposé sur la carte. Je crois que nos esprits n’ont pas encore quitté Ruyigi. Et même si demain à 7h30, nous prendrons la route avec Abu direction la savane, on y sera encore pour longtemps.

Patrick

Tracasseries, patience et petits soucis

Le réveil du mardi fut matinal. Maggy avait prévu un départ à 9 heures. A 7h, nous étions tous à pied d’oeuvre. Quelques minutes plus tard, les enfants de la Maison Shalom, emmenés par Dieudonné et Antoine, nous avaient rejoints pour une dernière séance de clips-souvenirs sur l’ordi. Les enfants ne cessaient de se prendre par le bras ou par l’épaule. Ils profitaient intensément de ces derniers instants. A 8h, Laure était à son rendez-vous et moi, j’ai filé à l’école pour faire quelques photos.

Mal m’en a pris, car la directrice de l’établissement m’a surpris. Elle est arrivée, fâchée, les cheveux en bataille me demandant si j’avais une autorisation. Je n’en avais pas. Elle m’a alors menacé de demander à la police nationale de me confisquer mon appareil. Là, j’ai dû mentir. Je lui ai dis que j’étais à la maison Shalom pour quelques jours encore et que je venais pour voir comment on pouvait donner une aide à la réfection de l’école. Je ne sais pas si elle m’a cru, mais son regard s’est radoucit. L’urgence, m’a-t-elle dit avec une voix pleine de dépit, c’est le remplacement des carreaux. 10’000 francs Bu la pièce. Je lui ai demandé combien il fallait en remplacer. Réponse: 37, soit à peu près 400 francs suisses. Dans son bureau, elle m’a donné son adresse et son téléphone. Le plus difficile fut de trouver un bout de papier. Car il n’y avait là-dedans que des piles de cahiers remplis jusqu’au dernier millimètre.

J’étais pressé de partir. D’une part, parce qu’il était 9 heures et d’autre part, parce que juste avant de me faire pincer, j’avais pris mon courage à deux mains pour entrer dans les WC. J’en suis ressorti écoeuré, dégoûté. J’avais la nausée tellement, c’était sale. Comme c’est les vacances, les crottes étaient sèches. Mais l’odeur nauséabonde avait imprégné les briques…

Je suis rentré en courrant. A la maison des Anges, le défilé avait continué et Rugandie était là. Les bagages s’entassait dans le pick-up. On était stressé. D’autant que Rugandie tenait à ce que nous allions encore chez lui, saluer son épouse et des deux enfants. Lui, l’homme rebelle que Maggy a engagé après une rencontre où il devait la tuer. Là encore, l’émotion était forte. Puis il nous a emmené chez Justine. Daddy, le chef de la fratrie en l’absence de Justine, le leader des tambourinaires, voulait nous voir avec tout le monde. Il a offert à Thibaud un dessin de Martin remprésentant des tambourinaires avec un mot sur l’amitié. Véro aussi a reçu un dessin de ce petit prodige. Les acolades ont suivi, les photos avant que nous arrivions chez Maggy.

Mais nous n’étions pas encore partis. Car il y avait du monde. Laure, Thibaud et Bastien ont pris congé de Lydia et des filles de Daouda. On a reçu une multitude de voeux pour un voyage serein, échangé encore des adresses mail, avant de prendre la route en convoi. Trois voitures étaient pleines. Deux éducateurs de la Maison Shalom allait à Bujumbura pour la réinsertion d’un adolescent. Maggy devait descendre voir son avocat et le lendemain, le président du Burundi.

A Bujumbura, nous avons retrouvé Pierre, le maître d’hôtel du Pacific fascinné par Babou. L’homme fut très déçu d’apprendre que Babou et Thib iraient dormi chez leur ami Michel. Mais il a fait avec.

Nous avons consacré l’après-midi à l’écriture de cartes postales. Nous l’aurions bien fait avant, mais à Ruyigi, il était impossible d’en trouver. Même à Buja, c’est la croix et la banière.

Mais ce n’est pas la seule difficulté. On dit souvent qu’en Afrique tout va bien tant que l’on ne se déplace pas. J’ai vécu le dicton par l’acte… Car après m’être rendu à l’épicerie du coin pour acheter l’eau minérale nécessaire à nos soins bucaux, j’ai proposé à Véro de me rendre à la banque pour convertir les chèques de voyage, chez Kenyan Airways pour confirmer notre vol et à la Poste pour acheter des timbres. Je suis parti le sourire aux lèvres, mais je l’ai perdu en route.

La première étape fut la banque, accueillante avec sa publicité faite de souplesse et son slogan en faveur de la construction du Burundi. Une immense pencarte annonçait même qu’il était possible de retirer de l’argent avec une carte bancaire. Dans le hall, il y avait une trentaine de guichets complètement ouverts. Chacun était dévolu à une seule opération. Il a fallu trouver celui des opérations internationales qui pouvaient selon la réception s’occuper de mes chèques. Nous étions cinq accoudés au guichet. Il y avait autant d’employés en face, assis derrière leur écran d’ordinateur. Mais aucun ne bougeait. Ils regardaient assidûment la liste de leurs fichiers sur fond de prairie verte. Après un quart d’heure, j’ai changé de stratégie. Les chèques, je les garderais pour le Kenya. Je prendrais les francs Bu dont nous avions besoin avec ma carte… Pour cela, on m’a envoyé à la direction des opérations. Ma Mastercard à la main, je me suis mis dans la file. J’ai profité de l’attente pour observer. Tout d’abord, n’importe qui pouvait se rendre derrière les comptoirs pour tailler bavette. Ensuite, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de distributeur. Pour chaque carte, l’employé téléphonait je ne sais où pour vérifier la validité. Avant de demander la somme voulue. Et de demander l’autorisation au chef de transmettre la requête. Là encore, j’ai abdiqué après un quart d’heure pour fouiller dans ma ceinture creuse et retirer quelques euros. Et j’ai changé de guichet pour passer à celui du change.

Là, la dame était efficace, mais c’est sa calculette qui ne l’était pas. Cinq minutes avant qu’elle ne puisse faire le calcul de la conversion. Puis il a fallut remplir des formulaires, présenter le passeport avant de recevoir l’argent. Cela m’a permis de constater que le change dans la rue, même si c’est interdit, est plus avantageux (environ cinq pour-cent) et nettement plus rapide. La semaine précédente, j’avais changé la même somme en deux minutes… Je suis sorti la tête bouillonnante pour me rendre dans le bâtiment voisin, celui de la compagnie aérienne. Là aussi, de l’extérieur, on pouvait s’attendre à une efficacité correcte. Mais il ne faut pas se fier aux apparences.

A l’entrée, il y avait un distributeur de ticket. J’ai pris le mien, j’avais le numéro 10. Puis je me suis assis. Trois employés étaient de service. Mais ils ne s’occupaient pas des clients. J’ai cherché vainement à savoir quel était le prochain numéro pour constater que le panneau affichait le 89. Il y avait un bug. Puis une des employées a fait signe à un jeune homme. Celui-ci a sorti une liasse de dollars d’un prospectus sur papier glacé pour un système de ventilation. Le jeune homme restait immobile et muet devant la dame. La file s’allongeait. La nervosité augmentait. Puis ce fut l’anarchie. Chacun forçait le passage en prenant place sous le nez des employés. Et moi, bien élevé, j’attendais que l’on me fasse signe. Mais je fulminais.

Finalement, j’ai fait pareille. Je me suis planté devant l’ordinateur d’une jeune femme qui venait d’arriver. Après cinq longues minutes, elle m’a demandé si elle pouvait m’aider. J’ai dit: « C’est pour une confirmation! » Elle a regardé les billets et m’a lancé: « Vous avez de la chance, il ne reste que six places…. » Plus tard, j’apprendrai par Janvière, que Kenyan avait supprimé un vol et qu’une bonne poignée de voyageurs, dont son frère, étaient resté en rade. Ils avaient été placé en priorité. Néanmoins, malgré la confirmation, elle m’a enjoint à être à l’aéroport à 10heures pour un vol prévu à 12h35, mais déjà annoncé avec un retard de plus d’une heure. Je l’ai assurée que nous serions là à temps.

Restait les timbres. La Poste était à deux pas. Et même si j’en avais marre, j’ai fait l’effort. A la Poste de Ruyigi, on nous avait fait comprendre qu’il n’y avait pas de timbres suffisamment valeureux pour acheminer un courrier en Europe. Là, le décor était tout autre. Genre grandeur passée: une multitude de guichets, aucun client, des bibliothèque et présentoirs datant de la colonisation complètement vides. Je me suis lancé: « Bonjour, Madame. Est-ce que c’est le bon guichet pour acheter des timbres? » La dame était assise. Elle me regardait dans les yeux sans bouger. Et moi, j’attendais. J’ai répété et la réponse fut « oui! ».

«Super. J’aimerais acheté trente timbres pour l’Europe, la Suisse plus particulièrement. » Nouveau silence et toujours ce regard fiché dans le mien, immobile. Puis un: « combien? Trois? » « Non, trente, » ai-je répété. Cela ne devait pas être courrant. Et après consultation du répertoire, la dame a remarqué qu’elle n’en avait pas assez. Il lui a fallu courir après un formulaire de commande qu’elle a transmis à sa supérieure assise un mètre derrière elle, puis elle a fait le calcul du prix. J’ai payé. Puis elle s’est mise à compter les timbres, avant de me donner six planches représentant des champignons: trois brunes, trois jaunes. Moi, j’attendais toujours. J’étais vacciné. J’espérais simplement que Véro et les enfants ne se fassent pas trop de soucis. Ou que quelqu’un de la Maison Shalom ne soit pas passé les chercher.

L’attente a duré encore. La dame me regardait toujours intensément dans les yeux, les planches de timbres posés devant elle. Je lui ai alors demandé s’il fallait mettre un timbre de chaque couleur pour l’affranchissement. Ça a dù la réveiller. « Non, non, m’a-t-elle répondu. Il en faut deux de chaque ». Avant de me tendre enfin les timbres tant souhaités. Lorsque j’ai raconté cela à Véro, elle était morte de rire. Puis elle m’a fait remarqué que mes yeux étaient ce jour-là bleus turquois… Mais franchement, j’en avais plein les bottes.

La fin de l’après-midi fut consacré aux dernières emplettes-souvenirs. Les enfants en particulier tenaient absolument à ramener des bracelets et des colliers. Pour eux et leurs amis. Janvière, la directrice de l’hôpital Rema, nous a emmenés et a joué les négociatrices. Heureusement, car je n’en aurais pas eu le courage. Chacun a trouvé chaussures à son pied. Par exemple, Laure a déniché un magnifique collier avec un coeur en bois comme pendantif. Un bonheur qui correspond parfaitement à son état d’esprit.

Pour ma part, je me suis rendu dans un stade voisinant les kiosques. Il y avait une équipe de première division qui s’entraînait avant que la nuit ne tombe. Le stade avait des tribunes, mais il était dans un salle état. Le toit s’était effondré. Le niveau du jeu était moyen. Et je me suis dit que Gervais, là-haut dans ses montagnes, faisait un sacrément bon boulot avec ses jeunes.

Le soir, on nous a enlevé les enfants. Thibaud et Bastien ont rejoint Sara, Rita et Michel, Laure s’est fait une soirée TV et tchatche avec Lysette. Je crois qu’elles ont parlé « garçons ». Mais ça c’est leur affaire.

Véro et moi, on s’est attablé à l’hôtel. On a écrit, discuté, fait le point, avant que Michel, le responsable de la communication de la Maison Shalom, ne nous rejoigne pour le repas. Encore une fois, l’échange fut sincère et profond.Il a permis, je crois, de tisser des liens improbables.

Patrick

Pincements au coeur

Cela fait maintenant trois semaines que nous sommes à Ruyigi. Nous avons pris nos habitudes. Nous reconnaissons les gens et ceux-ci nous reconnaissent. Dans la rue, on fait un brin de causette chaque 10 mètres. On nous demande des rendez-vous, on nous présente des projets sur lesquels il faut donner notre avis. Cela va de l’arrivée probable d’internet dans les prochaines années au développement de commerce, notamment dans l’accompagnement de touristes éventuels. Même s’ils n’ont rien ou presque, le climat est positif. Après 12 ans de guerre, les gens veulent tenter quelque chose. Evidemment, il y a aussi la traditionnelle demande: peut-on venir en Suisse facilement. La réponse est négative, on explique que le pays se ferme en particulier vis-à-vis de l’Afrique. Et comme les Burundais sont obéissants, ils n’insistent pas vraiment. Cela ne les empêche pas de rêver. Surtout lorsque l’on parle salaire moyen. Ils font leur calcul et arrive à la conclusion qu’ils pourraient vivre comme des rois une année en économisant la moitié d’un salaire mensuel suisse.

Ce lundi est toutefois un peu particulier. Nous annonçons à tout le monde que nous allons quitter le village le lendemain. Et je dois dire que nous sommes assez ému de voir leurs réactions. Nombreux sont les adultes qui secouent la tête et regarde ailleurs. Les enfants eux cachent moins leurs yeux. Ils se jettent alors dans nos bras, nous serrent très fort, avant de nous caresser une dernière fois les cheveux. A ce jeu-là, Véro est particulièrement sollicitée. Laure, elle, regrette amèrement le futur départ. Elle profite de se rendre une dernière fois à la garderie pour câliner la quinzaine d’enfants dont elle connaît désormais tous les noms. Elle profite pour échanger encore et encore avec une jeune éducatrice avec laquelle s’est liée d’amitié. Quelques jours auparavant, elle était allée manger chez elle. Là aussi, le chemin parcouru est énorme: il y a deux semaines à peine, les deux demoiselles ne se comprenaient pratiquement pas. Aujourd’hui, elles sont devenues amies.

Les garçons eux se sont rendus une dernière fois à l’entraînement de foot. Il n’y avait plus de colibets, plus de jalousie envers ces Blancs. Les joueurs donnaient l’impression d’être réellement triste de les voir s’en aller. L’entraîneur Gervais leur a donné l’acolade avant de me demander « audience » avec ses deux co-entraîneurs pour que nous leur donnions notre regard sur le niveau de l’équipe. A cette occasion, Gervais nous a remis une lettre de remerciement, une photo de chacune des équipes de l’Etoile de l’Est Ruyigi, une carte de membre à vie du club et deux ballons en sachet qui avaient pris le chemin du stock, remplacés qu’ils étaient par les ballons que nous avons apportés.

Maggy, elle, court toujours. Dans la réunion du matin pour la planification de la semaine, elle a demandé l’organisation d’un barbecue pour le soir même dans la cour de la maison Shalom. Il fallait fêter les cinq ans de la fille de Daouda Touré, son bras droit, l’arrivée de l’équipe des amis belges et notre départ. Au menu: beignets et brochettes de chèvre. Un vrai festin.

Plus tard, on apprendra que c’est la première fois que cela est organisé. Prosper et Pascal ont installé la sono et les tambourinaires se sont mis en habit de cérémonie. Thibaud, une nouvelle fois, s’est changé pour jouer de cet instrument identitaire du pays. Et encore une fois, les Burundais ont été très émus de le voir si bien intégrer à l’équipe. On a ensuite danser, sur la musique de Peace and Love, et sur des airs grivois d’Europe. Même les tambourinaires – ils se sont fait un peu prier – ont participé. Ensuite, il y a eu les discours – c’est important les discours dans la culture burundaise – et je dois dire que nous n’étions pas très sereins. L’émotion était forte et il n’a pas été facile de prendre la parole. Pourquoi? C’est difficile à dire avec des mots. Mais je crois qu’au-delà de l’aide matérielle que nous avons pu apporter, notre présence a été ressentie comme une marque de confiance. Les contacts ont été intenses, même si Ruyigi doit être l’antipode de Marin en termes de niveau de vie. Pour cela, pour le partage de l’Amstel, pour avoir écouté, pour avoir simplement existé au milieu du village, nous avons ressenti une immense reconnaissance. Certains nous ont même affirmé que nous avions amené de la joie de vivre. Je pense que la présence des enfants y est pour beaucoup. Cela n’était encore jamais arrivé.

Et puis, il y a les cadeaux. Les gens durant l’après-midi n’ont cessé de venir à la maison des Anges où nous logions. Avec un panier, des cartes, un CD, des fruits que nous avons apprécié ou un petit mot. Nous les avons reçus à leur juste valeur, celle du coeur. Ces petits présents resteront probablement à jamais importants pour notre vie d’homme.

Laure, elle, a reçu la visite de Viannet. Peut-être le plus talentueux footballeurs de son équipe. Cela faisait deux bonnes semaines que les deux ados se lorgnaient du coin de l’oeil. Ils ont fait une petite promenade, se sont donnés un dernier rendez-vous le lendemain à 8 heures avant l’entraînement. Viannet est venu très bien habillé avec un camarade muni d’un appareil photo. Il avait mis sont maillot rouge à croix blanche que Laure lui avait offert la veille. Heureusement qu’il y avait du soleil, sinon le flash aurait brûlé…

La journée s’est terminée à pas d’heure au cabaret. Devant une bock (petite Amstel), parce qu’il n’y en avait plus de grande. Le patron voulait que je retourne chercher Thibaud et Bastien pour une dernière partie de billard. A cette condition seulement, il aurait accepté de remettre la génératrice en marche. Mais à une heure du mat’, avec des gaillards épuisés, le plan n’était pas très bon. Alors on a refait le monde, parlé des trois dernières semaines, du Kenya où nous allons nous rendre et que personne ne connaît de la Suisse et des détournements de fonds publics opérés par les membres du gouvernement.

A mon retour, Véro avait presque terminé les bagages. Mais l’atmosphère était lourde.

Patrick

Concert à Bujumbura

 

Hier, on s’était quitté peu après le cabaret dans l’orage de Ruyigi, événement exceptionnel durant la saison sèche. Plusieurs de nos amis nous ont affirmé n’avoir jamais connu cela. Nous, on a un peu penser à chez nous, en se disant que les trombes d’eau étaient dignes des plus belles inondations.

Ici, c’est l’électricité qui a disparu. Nous avons vécu à la lueur des bougies, nous avons fait confiance au tatonnement de nos mains et nous nous sommes cognés dans la nuit (en tout cas moi).

C’est vrai aussi que j’avais des circonstances atténuantes: Amstel au pluriel et fatigue.

Le samedi matin, l’electricité n’était pas revenu ni dans les prises qui pendent du mur ni dans ma tête. Il fallait néanmoins repartir pour Bujumbura avec le projet d’assister le soir au premier concert des chanteurs aveugles de la Maison Shalom, le groupe Peace and Love.

Nous avons fait la route dans le bus Yahoo Express, 30 places officielles, 35 effectives. Nous étions accompagnés des adolescents de Buja venus animer la soirée du vendredi. Ce fut l’occasion d’échanger autrement, de dormir un peu et de se faire un torticoli. L’après-midi, on a surtout récupéré, avant de se rendre à 18h30 au Centre culturel français de Buja.

Pour une première, elle fut réussie. La salle (500 places environ) était pleine et les chanteurs en forme. Ce succès n’est pas très étonnant. Car les premières maquettes de leur album ont fait un tabac dans les radios du pays. Deux chansons sont sur toutes les lèvres. L’une est devenue incontournable dans les mariages: elle invite à boire pour célébrer la réconciliation.

Babou et Thibaud étaient au premier rang. Pris dans l’ambiance, nous les apercevions en train de se dandiner, Bastien tenant dans les bras, Sara, la petite soeur de Michel. A plusieurs reprises, la salle était debout, tapant dans les mains et dansant à en perdre haleine. Chose surprenante pour nous Européens, il est arrivé à plusieurs reprises que des personnes du public interpellent les chanteurs et que ceux-ci répondent. Ou que des fans trop heureux montent sur scène pour se trémousser avec les danseuses officielles.

Laure accompagnait Lisette, Lydia et Nadine. Elle aussi se laissait bercer par le rythme, mais en comparaison de ses amies, les ondulations étaient bien discrète. Avec Véro, on a alors pensé que c’était culturel, que les Africains ont plus le rythme dans le corps que nous.

Pour Laure, je dois avouer que l’on s’est trompé. Car quelques heures plus tard, une fois le concert terminé, nous avons atteri dans une boîte de nuit en plein air très à la mode pour la jeunesse branchée de Buja. En fait, c’est la piscine qui se transforme à minuit en lieu torride. C’est Pascal, alias Noussou (littéralement, la « moitié » parce qu’il était minuscule à la naissance), qui nous emmené. Laure était aux anges. C’est ce qu’elle souhaitait depuis le début des vacances: aller en boîte.

On est pas resté seuls très longtemps. Non, je dois préciser: Laure n’est pas restée seul très longtemps. Nous n’avons pu que constater son passage sur la piste de danse avec un gars qu’on nous avait présenté peu auparavant, du doux prénom d’Aimable. Nous l’avons récupéré avec grande difficulté deux heures plus tard. Pour notre part, nous nous sommes un peu trémousser, mais il faut dire que la musique n’était peut-être pas toujours à notre convenance. A deux heures, on a repris le taxi pour l’hôtel. Ah oui, j’oubliais! Nous ne sommes plus dans le même hôtel: lorsque l’après-midi nous sommes arrivés à l’hôtel Christmas, celui que Véro adore, il n’y avait plus de chambres libres. Nous nous sommes donc rabattus sur l’hôtel Pacific, à deux pas du Ministère des finances. Il est un peu plus cher (20 francs la chambre par nuit, contre 12 au Christmas), mais il est calme, propre et la cuvette des toilettes n’est pas sur la table de nuit. On a bien dormi. Laure était heureuse car elle avait eu un grand lit pour elle seule.

Les garçons ont dormi chez leur copain Michel, à trois dans un lit. Lorsqu’on les a retrouvé, Babou n’avait pas la mine des grands jours. Il affirmait avoir fait nuit blanche à cause du manque de place. Mais toutefois, son humeur était plutôt bonne: au déjeuner, il avait bu une tasse de Nesquik. C’est fou ce que des petites choses peuvent prendre de l’importance.

A bientôt

Patrick

Thibaud, pote de Jacky Ickx

Vendredi 27 au matin. Toute la Maison Shalom vibre de fébrilité. C’est le grand jour, celui que le comité des fêtes à préparer depuis une semaine. Le point d’orgue de ce mois de juillet. Maggy, son personnel et ses enfants accueillent Jacky Ickx et Khadja Nin, un couple glamour et plus que célèbre.

Le Jacky Ickx, c’est bien celui à qui vous pensez. Il faut venir dans l’est du Burundi pour le rencontrer. Cela fait plusieurs années que le pilote automobile le plus célèbre de Belgique, l’une des légendes des 24 Heures du Mans, soutient Maggy et la Maison Shalom. Pour les Européens, Khadja Nin est moins connue. Mais en Afrique, c’est elle la légende. Elle est Burundaise, chanteuse à la voix rauque et douce. Depuis quelques temps, la star ne chante plus vraiment. Mais cette voix, tous ceux à qui il arrive de regarder les pubs sur les chaînes françaises la connaissent: Ushuaïa et Côte d’or, c’est elle.

Bref, les deux « people » sont de passage à Ruyigi. L’hôpital Rema, lui, s’est métamorphosé. Les 562 ouvriers semblent avoir travaillé jour et nuit pour terminer l’accueil et les premières salles, notamment de consultation. Difficile dire combien de personnes se sont retrouvées devant l’accueil en fin de matinée. Mais l’un dans l’autres, il devait bien y avoir 2000 personnes.

Les tambourinaires étaient fidèles au poste, drapés de rouge et de vert et noirs ébènes de peau. Seulement, ce jour-là, une nouvelle couleur cutanée a fait son apparition pour la première fois de l’histoire du groupe: Thibaud a été invité à frapper le tambour. Là au milieu, sa blondeur et la blancheur de ses bras a fait sensation. Les gens du lieu étaient fiers de son intérêt et de son assiduité. Il est vrai que depuis trois semaines, notre gaillard les retrouvait à l’orée de la forêt à chaque fois qu’il en avait l’occasion. Sa présence a également frappé l’oeil des deux stars. Voilà comment Thibaud est devenu le copain de Jacky Ickx. Durant les deux jours que le pilote à la retraite a passé à Ruiygi, il n’a jamais manqué une occasion de discuter avec lui.

Sur le parvis de l’hôpital, les réjouissances ont duré une petite heure. Outre les danseuses et les tambourinaires, des acrobates ont sauté à travers le feu, Maggy a fait un discours, sans préparation aucune, comme elle en a l’habitude et l’hôpital a été scruté dans ses moindres recoins. Et je dois avouer qu’après ma visite de Bujumbura, mon regard avait bien changé. Ce qui est construit ici est réellement de haut niveau. L’émotion était également bien présente, en particulier chez les stars, puisque Khadja Nin glissait souvent son mouchoir au coins de ses yeux et que le pilote semblait sorti de route. Il a ainsi glissé à l’une de ses filles, également présentes, que les efforts entrepris trouvaient ici une belle récompense et qu’il en était fier.

Mais la journée n’était pas terminée. À 19 heure, un spectacle était prévu dans la salle de cinéma de la Cité des Anges. Avec en vedette, le groupe Peace and Love, celui dont le clip est sur ce blog. Il ne serait pas étonnant que cette formation devienne rapidement l’un des porte-drapeau de la musique du pays. Le trio a du talent à revendre et son histoire est une sorte de conte de fée. Jugez plutôt: les trois sont aveugles de naissance et enfants de la maison Shalom. Leur premier CD vient de sortir de presse. On en a acheté deux exemplaires. Autre surprise: Khadja Nin a pris le micro pour la première fois depuis très longtemps. Mais l’émotion lui a cassé la voix, comme à Patrick Bruel.

Peace and Love n’a chanté que quatre chansons. Mais cela a suffit pour mettre le feu à la salle. Surtout qu’un groupe de danseuses traditionnelles étaient venues leur prêter main forte pour l’animation scénique. Et là Babou n’a pas résisté: il a abandonné son fauteuil pour se rapprocher de la scène. On pensait que c’était pour mieux voir les chanteurs. On a découvert le lendemain qu’il s’était pris un béguin pour l’une des demoiselles: « La plus belle et celle qui dansait le mieux! » Ben faut dire qu’il a plutôt bon oeil et bon goût… Quand à Laure, son regard a continué à papilloner de l’un à l’autre. Ce soir-là, c’était Landry qui avait la cote.

La soirée s’annonçait longue. Des luminaires avaient été placés à côté de la piscine. La salle de spectacle devait accueillir des danses et de la musique jusqu’au bout de la nuit. Seulement, le ciel en a décidé autrement. Peut-être que la soirée avait débuté de manière trop torride. Car il s’est produit un fait extraordinaire: il s’est mis à pleuvoir durant la saison sèche. Une pluie lourde d’orage. Comme si le ciel avait eu peur du début d’incendie. Le bruit sur les toits de tôle était impressionnant. Véro, assise à côté d’une amie belge, n’a pas réalisé immédiatement. Faut dire que depuis trois semaines, on nous répète qu’il ne tombera pas une goutte avant septembre. Elle avouera plus tard avoir cru que l’on avait allumé les ventilateurs…

En deux temps, tout était inondé, la piscine débordait et les caniveaux de 60 à 80 centimètres bordant les routes à moitié remplis. Ce fut la débandade. Tout le monde s’est retrouvé à la maison. Et dans le noir, s’il-vous-plaît! Car l’orage a également eu la bonne idée de couper l’électricité. Déjà qu’il n’y a pas beaucoup de lumière, cette fois, les enfants ont pu expérimenter la pénombre totale.

A la maison, la flamme des bougies bougeait au rythme des jurons et des râleries. Tout le monde aurait voulu s’éclater encore jusqu’au bout de la nuit. Landry, qui nous a accompagné, a redonné espoir en expliquant qu’il n’y avait que deux lieux publiques à Ruyigi à disposer d’un groupe électrogène de secours: la Cité des Anges et le cabaret avec le billard.

On a décidé d’aller faire une petit billard, en attendant que la fête reprenne. La scène était assez suréaliste: elle mettait en scène deux petits gaillards blonds, malmenant les boules sous un néon blaffard, avec une bonne douzaine d’adultes en spectateurs passionnés. On est resté au cabaret jusqu’à minuit et on n’est pas allé danser. De toute manière, Prosper, le maître de cérémonie, avait jetté l’éponge. Il nous avait rejoint pour boire l’Amstel du dépit. Philosophe, il tentait de se convaincre que la pluie sur une fête était la preuve d’une bénédiction divine. Santé Prosper!

Nous sommes donc rentrés à minuit. Véro nous attendait à la lueur d’une bougie. Pour ma part, j’avais dû promettre de retourner. Ne serait-ce que pour essayer de savoir quand est-ce que le bus pour Buja partirait le lendemain au petit matin.

Je suis rentré à trois heures sans le renseignement. Mais avec une soirée improvisée et drôle en souvenir. Même s’il n’y avait plus de bière nulle part, il y avait toujours quelqu’un qui revenait avec une caisse. Le noir absolu n’y changeait rien, comme si l’Amstel était fluorescente. Le groupe électrogène a aussi rendu l’âme, fatigué. Pas grave, on a trouvé une bougie qui s’est éteinte une bonne trentaine de fois sous le souffle de nos chants en kirundi. En la matière, Landry, DJ de son état dans une discothèque de la capitale, était intarissable. Dorénavant, je sais pour la vie que « gassome » signifie « boire ». Et puis, il y avait Michou, journaliste radio et comédien. Je n’ai pas compris tout ces gags, mais j’ai rapidement remarqué qu’il était célèbre jusque dans les montagnes. Autrement dit, le grand Michou est le Yann Lambiel du Burundi. Sans mentir, dans la pénombre et avec la bière, j’ai vraiment cru que je parlais avec Nelson Mandela fêtant son anniversaire pour le bien du continent africain.

A oui! A trois heures du mat, la pluie avait cessé. Par contre, l’électricité faisait toujours défaut dans presque tout le pays. Malgré tout, la vie n’a pas cessé et personne n’a été informé de la chose dans le monde… Une situation qui va perdurer jusqu’à dimanche. Mais on en reparlera.

Patrick

Patrick

Quand on ne comprend plus l’Eglise…

 Les Burundaises et Burundais forment un peuple très religieux. Il suffit de voir les églises le dimanche. Celles-ci sont remplies d’une foule aux vêtements colorés, un habillement très différent du quotidien de la semaine. Si l’on regarde les devantures des maisons de Dieu, on identifie les catholiques, majoritaires, et les pentecôtistes (aussi appelés protestants). Les appels à la prière régulier prouve également que la religion musulmane est présente. Celle-ci prend même de l’importance avec le retour au pays des réfugiés ayant passé quelques années en Tanzanie.

Comme souvent en matière de religion, c’est à celui qui construit le plus beau. A l’évidence, les capitaux de soutien affluent de l’étranger. Mais ce qui est partiellement acceptable (c’est plutôt de l’indifférence) dans les pays industrialisés touche au scandaleux dans un pays comme le Burundi.

L’exemple de Ruyigi est en ce sens édifiant. L’évèque a décidé de construire une somptueuse cathédrale. La construction a débuté en 2002 et aujourd’hui, on en est au deux tiers du toit. Les fenêtres ne sont encore que des trous béants dans lesquels des vitraux devront prendre place. Composée de briques rouge de 20cm de long et 8 de large, elle devra pouvoir accueillir plus de 5000 fidèles. C’est le seul bâtiment de la ville à afficher une hauteur de plus d’un étage. Ici, on devrait toucher les 20 mètres. Un exploit si l’on sait que les échaffaudages ne sont composés que de branches de bois séchées, entre lesquelles il n’y a que du vide. Dans un élan d’optimisme – peut-être que c’est la présence actuelle de pères jésuites italiens arrivés conjointements avec les camions d’armature métalliques importées d’Italie qui en est à la source -, le chef de chantier estime que la maison de Dieu sera achevée en juillet 2008.

En soi, cette construction ne pose pas de problème, mis à part les accidents et le manque ponctuel de matériaux. Ou cela devient choquant, c’est lorsque l’on lève la tête en sortant du chantier gardé. On aperçoit alors, de l’autre côté de la piste, un double bâtiment plus très frais. Entre les deux, de la terre battue et rebattue par des pieds humains. La première fois que j’ai passé par là, je me suis dit que ces deux bâtiments étaient désaffectés. Qu’ils avaient été utilisés par l’Etat au moment des retours massifs de Tanzanie. Mieux, je m’étais réjoui du fait qu’il n’était plus utilisé.

Mais je me suis fourré le doigt dans l’oeil jusqu’au coude. En fait, ce bâtiment délabré, c’est l’école primaire. Un carreau sur trois est cassé. Les classes sont interminables de par les alignées de bancs. Tout y est sombre. Même si les enfants amènent souvent la vie et peuvent transformer un endroit terne en lieu de joie, il faut tout de même se pincer pour imaginer la joie d’apprendre dans ces murs. Ce que confirme Noël, un étudiant de secondaire, qui est venu préparer ses examens dans un coin qui lui avait porté chance quelques années auparavant. La révolte se fait encore plus forte lorsque l’on pousse jusqu’aux toilettes. Le petit bâtiment, construit avec les mêmes briques rouges que la cathédrale est repoussant. Les déjections s’alignent en rang d’oignons, un peu sèches étant donné que c’est les vacances. Sans compter qu’il n’y a que six WC pour une école qui doit compter pas moins de 500 enfants. Cette insalubrité n’est pas restée sans conséquence, puisque certains élèves ont attrapé la fièvre typhoïde.

Que retenir de tout ça? Une grosse incompréhension. Car si je ne me trompe pas, l’école primaire se situe sur des terres appartenant à l’Evéché. Où doit-on mettre les priorités? Je dois avouer qu’en écrivant ce texte, je ressens un grand sentiment de révolte…

Patrick

Pas de soucis

Il ny a plus beaucoup de nouvelles sur le blog, mais on vit toujours. Les textes secrivent toujours, mais toutes les connexions sont coupees depuis lorage de vendredi et les coupures delectricite. Les SMS fonctionnent. Je profite de quelques minutes avant de prendre lavion pour Nairobi. Nous vous donnons rendezvous ce soir, jespere.

Amities

Patrick

PS: desole, mais jecris depuis un clavier bizarre. Raison de cet orthographe encore moins academique que dhabitude

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