La maternité de l’hôpital REMA, lieu de naissance

bonjour à toutes et tous,

voici enfin des nouvelles de notre vie à Ruyigi. Patrick a des milliers d’histoires à vous raconter concernant le terrain de foot, Thibaud et Babou ont suivi assudiment les entraînements avec leur nouvelles équipes, une grande journée a été organisée par le FC Etoile de l’Est en notre honneur et en remerciement pour l’envoi du  matériel de foot….. tout ceci vous sera raconter dans quelques jours. Notre séjour à Ruyigi se terminera dimanche. Nous passerons 3 jours dans la capitale , à Bujumbura,puis ce sera le retour en Suisse. Alors, bonne lecture et à bientôt.

Les 5 Oberli’s

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Hôpital REMA, mardi 14 juillet 2009

Voilà quelques jours que je retrouve mes collègues infirmières du service de maternité, que je les vois à l’oeuvre, et que j’ai envie de vous partager les émotions que j’ai ressenties.

Même si l’hôpital est superbe, avec du carrelage partout, des néons, des toilettes et douche dans chaque chambre, la différence avec nos structures est incroyable. Ici, tout est réduit au plus simple, au plus urgent, « sans chichis ». Pas question d’avoir 150 sets de pansements stériles prêts dans une armoire, des casiers entiers de seringues et de tubulures de perfusion……… 5-6 pièces suffisent ! Les compresses pour les soins sont découpées avec lenteur et patience lors des moments « creux » de la journée, tout cela autour de discussions en kirundi, kirundi dont je ne maîtrise que les rudiments!

Le matin, après le colloque matinal de 7h45 fait par les 2 infirmier(ère) veilleur(euse) devant tout le personnel de l’hôpital, directeur, les 3 médecins, l’équipe du bloc op, celle du labo et de la pharmacie, nous retournons dans le service, avec le vent des montagnes comme compagnie. Les bâtiments sont d’un étage, les couloirs à ciel ouvert, une porte fermée à clé réglemente les allées et venues de chacun. Un grand silence règne……… des femmes, plutôt agées, des garde-malades comme on dit ici prennent l’air, assises sur des chaises en plastique ou à même le sol. Elles nous regardent avec leurs grands yeux de biches africaines, mais, rapidement baissent le regard.

Nous ( ma collègue Jeanine et moi) entrons dans la salle de soins et d’accouchement et prenons place sur des chaises, (petite anecdote, ce sont des « chaises percées sans pot » ) et nous relisons chaque dossier et partons faire les soins du matin. Encore une fois, je découvre la précarité et la simplicité ……… les jeunes mamans sont couchées dans des lits, avec des draps disparates, elles sont nues et à leurs côtés dorment d’adorables nouveaux-nés emmaillotés dans des pagnes et des couvertures. Pas de belles chemises blanches, pas de petits berceaux remplis de peluches et de joujous, pas de table de nuit remplis de cadeaux, de fleurs ou autre !! Jeanine leur pose des questions en kirundi et les réponses des femmes sont faites, tête et regard baissés, comme soumises, elles découvrent leur corps avec pudeur. Une odeur âcre de sang, de transpiration, d’urine m’arrive dans les narines …..ici pas de protection hygiénique ou de pampers, de simples bandes de tissus font l’affaire. Jeanine enlève avec des gestes sûres la sonde urinaire, remplace la perfusion, fait une injection, prend du sang pour un dépistage de malaria chez une maman fiévreuse. Je suis impressionnée par la confiance des personnes soignées, elles ne protestent jamais, accomplissent ce que l’infirmière leur demande……. obéissance, soumission ……… je ne saurais dire mais je ne peux m’empêcher de faire le comparatif avec certains de nos patients, très demandeurs, râleurs, impatients, exigeants…. quelques journées en Afrique leur feraient du bien!!!

Nous passons de la chambre des accouchées et césarisées aux parturiantes hospitalisées pour menace d’accouchement prématuré. Une à une, elles viennent d’un pas lent et mesuré dans la salle d’accouchement pour le contrôle des BCF ( battements du coeur du bébé). Ici encore pas d’appareil sophistiqué, juste un stéthoscope obstétrical en bois en forme de corne posé sur le ventre des mamans. Jeanine capte tout de suite les battements du bébé, moi par contre je dois m’y reprendre à plusieurs fois, je n’ai pas l’oreille très affutée. On ne change pas le drap vert entre chaque patiente, par contre le port de gants, et le changement de gants est correct. Je précise que les lingères, lavent depuis plusieurs jours le linge à la main, sur des grands lavabos car les 4 machines à laver sont en panne!!!

Tout à coup, une maman fait irruption dans la salle d’acc, courbée par la douleur des contractions et se couche à même le sol !! Jeanine, gentillement lui demande de se relever et d’aller sur le table d’accouchement; et sous mon oeil de musungu, la suite se passe en quelques minutes. Ici, donner la vie est un acte naturel, et je redécouvre ce que nos arrière-grand-mères vivaient au siècle dernier.

Une femme est en train d’accoucher de son 1er bébé, les autres, assises dehors chantent des chants en kirundi. Jeanine prend en main l’accouchement, car ici les infirmières sont toutes des sage-femme également. Elles font les épisiotomies, recousent, s’occupent des soins du nourrison …….. par manque de médecins, les infirmières sont polyvalentes.

La femme, gémit doucement sous la puissance des contractions, les douleurs de l’enfantement sont normales donc pas question de péridurale, de calmants ou d’un bain chaud ……. Les paroles s’accélèrent, une femme de ménage, en tablier et bottes en plastique fait son entrée dans la pièce et participe aussi à l’accouchement. Une petite tête, recouverte de petits cheveux crépus apparaît …….. la suite se passe en quelques secondes ………. oup , le petit est là, on le tient par un pied et il se met à crier …….. ouf, il est bien tonique et en pleine forme. Le cordon ombilical est coupé, le bébé part dans les bras de la femme de ménage, Jeanine l’infirmière, reste auprès de l’accouchée pour la suite…(placenta, suture de l’épisio) Je me dirige tout émue vers la table ou le petit garçon est couché. On l’essuie avec des compresses, on aspire les sécrétions de ses voies respiratoires avec une pompe en forme de poire, on noue un fil stérile sur le cordon, une compresse et le petit ventre est bandé avec une bande stérile, ensuite on l’emmitouffle dans un drap vert de salle d’op + une grande couverture reçue par une ONG …… pas de joli petit pyjama bleu ou rose, pas de bain sous l’oeil émerveillé du papa. Les papas, on les voit discrètement derrière le portail ……… l’accouchement reste un acte entièrement féminin ! Les petits africains naissent avec une peau très claire, presque rose ………. un petit musungu !!

Derrière le paravent, je vois Jeanine qui aide la jeune maman à se relever …. celle-ci vient voir son bébé. Elle le regarde de la tête au pieds mais ne le prend pas dans ses bras, ne l’embrasse pas. Elle va s’asseoir sur une chaise en plastique, se tient le ventre mais n’exprime pas sa douleur. Pour avoir accouché 3x, je peux affirmer que les douleurs de l’accouchement sont les pires douleures ressenties et j’ai apprécié les anti-douleurs.

Nous accompagnons la maman et le bébé dans leur chambre, et les installons les 2 dans le même lit.

De suite, apparaissent les grands-mères qui viennent aider la jeune maman. Le petit est mis au sein….l’allaitement va de soi……… pas de tire-lait, de tétrelle, de biberons après chaque tétée, pas de poids pris avant et après. La jeune maman exprime sa reconnaissance à Jeanine avec un sincère Murakoze, mais pas de sourire.

Pour moi, cette expérience est unique; j’apprécierai d’autant plus tout le confort que nous avons en Suisse pour pratiquer notre profession, la profusion de matériel de qualité, les médicaments toujours disponibles, pas de problèmes d’eau ou d’électricité ……. et je tire un grand coup de chapeau à tout le personnel médical dans les pays tropicaux.

3 Réponses à “La maternité de l’hôpital REMA, lieu de naissance”


  • ça doit être stressant. . .
    pfiouu

    je crois que j’ai tout lu votre voyage =)

    ça a du être quelque chose et ça en a l’air ! ! !

  • Bonjour les Oberli(s),
    J’espère que tout se passe bien pour vous. La fin de vos vacances va certainement s’achever et vous rapporterez en Suisse toutes ses nouvelles aventures que vous avez vécues.
    Je vous souhaite un bon retour et surtout prenez soin de vous.
    Meilleurs messages. Amicalement
    Nadège
    (Ici, on pourra dire que l’été est unpeu pourri cette année…!)

  • Coucou les amis.
    Comme d’hab c’est super passionnant ce voyage. Que d’aventure à nouveau, mais on aimerais bien connaitre la suite et la fin du voyage nous.
    A bientôt, bisous à vous 5 de nous 5

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