Tracasseries, patience et petits soucis

Le réveil du mardi fut matinal. Maggy avait prévu un départ à 9 heures. A 7h, nous étions tous à pied d’oeuvre. Quelques minutes plus tard, les enfants de la Maison Shalom, emmenés par Dieudonné et Antoine, nous avaient rejoints pour une dernière séance de clips-souvenirs sur l’ordi. Les enfants ne cessaient de se prendre par le bras ou par l’épaule. Ils profitaient intensément de ces derniers instants. A 8h, Laure était à son rendez-vous et moi, j’ai filé à l’école pour faire quelques photos.

Mal m’en a pris, car la directrice de l’établissement m’a surpris. Elle est arrivée, fâchée, les cheveux en bataille me demandant si j’avais une autorisation. Je n’en avais pas. Elle m’a alors menacé de demander à la police nationale de me confisquer mon appareil. Là, j’ai dû mentir. Je lui ai dis que j’étais à la maison Shalom pour quelques jours encore et que je venais pour voir comment on pouvait donner une aide à la réfection de l’école. Je ne sais pas si elle m’a cru, mais son regard s’est radoucit. L’urgence, m’a-t-elle dit avec une voix pleine de dépit, c’est le remplacement des carreaux. 10’000 francs Bu la pièce. Je lui ai demandé combien il fallait en remplacer. Réponse: 37, soit à peu près 400 francs suisses. Dans son bureau, elle m’a donné son adresse et son téléphone. Le plus difficile fut de trouver un bout de papier. Car il n’y avait là-dedans que des piles de cahiers remplis jusqu’au dernier millimètre.

J’étais pressé de partir. D’une part, parce qu’il était 9 heures et d’autre part, parce que juste avant de me faire pincer, j’avais pris mon courage à deux mains pour entrer dans les WC. J’en suis ressorti écoeuré, dégoûté. J’avais la nausée tellement, c’était sale. Comme c’est les vacances, les crottes étaient sèches. Mais l’odeur nauséabonde avait imprégné les briques…

Je suis rentré en courrant. A la maison des Anges, le défilé avait continué et Rugandie était là. Les bagages s’entassait dans le pick-up. On était stressé. D’autant que Rugandie tenait à ce que nous allions encore chez lui, saluer son épouse et des deux enfants. Lui, l’homme rebelle que Maggy a engagé après une rencontre où il devait la tuer. Là encore, l’émotion était forte. Puis il nous a emmené chez Justine. Daddy, le chef de la fratrie en l’absence de Justine, le leader des tambourinaires, voulait nous voir avec tout le monde. Il a offert à Thibaud un dessin de Martin remprésentant des tambourinaires avec un mot sur l’amitié. Véro aussi a reçu un dessin de ce petit prodige. Les acolades ont suivi, les photos avant que nous arrivions chez Maggy.

Mais nous n’étions pas encore partis. Car il y avait du monde. Laure, Thibaud et Bastien ont pris congé de Lydia et des filles de Daouda. On a reçu une multitude de voeux pour un voyage serein, échangé encore des adresses mail, avant de prendre la route en convoi. Trois voitures étaient pleines. Deux éducateurs de la Maison Shalom allait à Bujumbura pour la réinsertion d’un adolescent. Maggy devait descendre voir son avocat et le lendemain, le président du Burundi.

A Bujumbura, nous avons retrouvé Pierre, le maître d’hôtel du Pacific fascinné par Babou. L’homme fut très déçu d’apprendre que Babou et Thib iraient dormi chez leur ami Michel. Mais il a fait avec.

Nous avons consacré l’après-midi à l’écriture de cartes postales. Nous l’aurions bien fait avant, mais à Ruyigi, il était impossible d’en trouver. Même à Buja, c’est la croix et la banière.

Mais ce n’est pas la seule difficulté. On dit souvent qu’en Afrique tout va bien tant que l’on ne se déplace pas. J’ai vécu le dicton par l’acte… Car après m’être rendu à l’épicerie du coin pour acheter l’eau minérale nécessaire à nos soins bucaux, j’ai proposé à Véro de me rendre à la banque pour convertir les chèques de voyage, chez Kenyan Airways pour confirmer notre vol et à la Poste pour acheter des timbres. Je suis parti le sourire aux lèvres, mais je l’ai perdu en route.

La première étape fut la banque, accueillante avec sa publicité faite de souplesse et son slogan en faveur de la construction du Burundi. Une immense pencarte annonçait même qu’il était possible de retirer de l’argent avec une carte bancaire. Dans le hall, il y avait une trentaine de guichets complètement ouverts. Chacun était dévolu à une seule opération. Il a fallu trouver celui des opérations internationales qui pouvaient selon la réception s’occuper de mes chèques. Nous étions cinq accoudés au guichet. Il y avait autant d’employés en face, assis derrière leur écran d’ordinateur. Mais aucun ne bougeait. Ils regardaient assidûment la liste de leurs fichiers sur fond de prairie verte. Après un quart d’heure, j’ai changé de stratégie. Les chèques, je les garderais pour le Kenya. Je prendrais les francs Bu dont nous avions besoin avec ma carte… Pour cela, on m’a envoyé à la direction des opérations. Ma Mastercard à la main, je me suis mis dans la file. J’ai profité de l’attente pour observer. Tout d’abord, n’importe qui pouvait se rendre derrière les comptoirs pour tailler bavette. Ensuite, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de distributeur. Pour chaque carte, l’employé téléphonait je ne sais où pour vérifier la validité. Avant de demander la somme voulue. Et de demander l’autorisation au chef de transmettre la requête. Là encore, j’ai abdiqué après un quart d’heure pour fouiller dans ma ceinture creuse et retirer quelques euros. Et j’ai changé de guichet pour passer à celui du change.

Là, la dame était efficace, mais c’est sa calculette qui ne l’était pas. Cinq minutes avant qu’elle ne puisse faire le calcul de la conversion. Puis il a fallut remplir des formulaires, présenter le passeport avant de recevoir l’argent. Cela m’a permis de constater que le change dans la rue, même si c’est interdit, est plus avantageux (environ cinq pour-cent) et nettement plus rapide. La semaine précédente, j’avais changé la même somme en deux minutes… Je suis sorti la tête bouillonnante pour me rendre dans le bâtiment voisin, celui de la compagnie aérienne. Là aussi, de l’extérieur, on pouvait s’attendre à une efficacité correcte. Mais il ne faut pas se fier aux apparences.

A l’entrée, il y avait un distributeur de ticket. J’ai pris le mien, j’avais le numéro 10. Puis je me suis assis. Trois employés étaient de service. Mais ils ne s’occupaient pas des clients. J’ai cherché vainement à savoir quel était le prochain numéro pour constater que le panneau affichait le 89. Il y avait un bug. Puis une des employées a fait signe à un jeune homme. Celui-ci a sorti une liasse de dollars d’un prospectus sur papier glacé pour un système de ventilation. Le jeune homme restait immobile et muet devant la dame. La file s’allongeait. La nervosité augmentait. Puis ce fut l’anarchie. Chacun forçait le passage en prenant place sous le nez des employés. Et moi, bien élevé, j’attendais que l’on me fasse signe. Mais je fulminais.

Finalement, j’ai fait pareille. Je me suis planté devant l’ordinateur d’une jeune femme qui venait d’arriver. Après cinq longues minutes, elle m’a demandé si elle pouvait m’aider. J’ai dit: « C’est pour une confirmation! » Elle a regardé les billets et m’a lancé: « Vous avez de la chance, il ne reste que six places…. » Plus tard, j’apprendrai par Janvière, que Kenyan avait supprimé un vol et qu’une bonne poignée de voyageurs, dont son frère, étaient resté en rade. Ils avaient été placé en priorité. Néanmoins, malgré la confirmation, elle m’a enjoint à être à l’aéroport à 10heures pour un vol prévu à 12h35, mais déjà annoncé avec un retard de plus d’une heure. Je l’ai assurée que nous serions là à temps.

Restait les timbres. La Poste était à deux pas. Et même si j’en avais marre, j’ai fait l’effort. A la Poste de Ruyigi, on nous avait fait comprendre qu’il n’y avait pas de timbres suffisamment valeureux pour acheminer un courrier en Europe. Là, le décor était tout autre. Genre grandeur passée: une multitude de guichets, aucun client, des bibliothèque et présentoirs datant de la colonisation complètement vides. Je me suis lancé: « Bonjour, Madame. Est-ce que c’est le bon guichet pour acheter des timbres? » La dame était assise. Elle me regardait dans les yeux sans bouger. Et moi, j’attendais. J’ai répété et la réponse fut « oui! ».

«Super. J’aimerais acheté trente timbres pour l’Europe, la Suisse plus particulièrement. » Nouveau silence et toujours ce regard fiché dans le mien, immobile. Puis un: « combien? Trois? » « Non, trente, » ai-je répété. Cela ne devait pas être courrant. Et après consultation du répertoire, la dame a remarqué qu’elle n’en avait pas assez. Il lui a fallu courir après un formulaire de commande qu’elle a transmis à sa supérieure assise un mètre derrière elle, puis elle a fait le calcul du prix. J’ai payé. Puis elle s’est mise à compter les timbres, avant de me donner six planches représentant des champignons: trois brunes, trois jaunes. Moi, j’attendais toujours. J’étais vacciné. J’espérais simplement que Véro et les enfants ne se fassent pas trop de soucis. Ou que quelqu’un de la Maison Shalom ne soit pas passé les chercher.

L’attente a duré encore. La dame me regardait toujours intensément dans les yeux, les planches de timbres posés devant elle. Je lui ai alors demandé s’il fallait mettre un timbre de chaque couleur pour l’affranchissement. Ça a dù la réveiller. « Non, non, m’a-t-elle répondu. Il en faut deux de chaque ». Avant de me tendre enfin les timbres tant souhaités. Lorsque j’ai raconté cela à Véro, elle était morte de rire. Puis elle m’a fait remarqué que mes yeux étaient ce jour-là bleus turquois… Mais franchement, j’en avais plein les bottes.

La fin de l’après-midi fut consacré aux dernières emplettes-souvenirs. Les enfants en particulier tenaient absolument à ramener des bracelets et des colliers. Pour eux et leurs amis. Janvière, la directrice de l’hôpital Rema, nous a emmenés et a joué les négociatrices. Heureusement, car je n’en aurais pas eu le courage. Chacun a trouvé chaussures à son pied. Par exemple, Laure a déniché un magnifique collier avec un coeur en bois comme pendantif. Un bonheur qui correspond parfaitement à son état d’esprit.

Pour ma part, je me suis rendu dans un stade voisinant les kiosques. Il y avait une équipe de première division qui s’entraînait avant que la nuit ne tombe. Le stade avait des tribunes, mais il était dans un salle état. Le toit s’était effondré. Le niveau du jeu était moyen. Et je me suis dit que Gervais, là-haut dans ses montagnes, faisait un sacrément bon boulot avec ses jeunes.

Le soir, on nous a enlevé les enfants. Thibaud et Bastien ont rejoint Sara, Rita et Michel, Laure s’est fait une soirée TV et tchatche avec Lysette. Je crois qu’elles ont parlé « garçons ». Mais ça c’est leur affaire.

Véro et moi, on s’est attablé à l’hôtel. On a écrit, discuté, fait le point, avant que Michel, le responsable de la communication de la Maison Shalom, ne nous rejoigne pour le repas. Encore une fois, l’échange fut sincère et profond.Il a permis, je crois, de tisser des liens improbables.

Patrick

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