Quand on ne comprend plus l’Eglise…

 Les Burundaises et Burundais forment un peuple très religieux. Il suffit de voir les églises le dimanche. Celles-ci sont remplies d’une foule aux vêtements colorés, un habillement très différent du quotidien de la semaine. Si l’on regarde les devantures des maisons de Dieu, on identifie les catholiques, majoritaires, et les pentecôtistes (aussi appelés protestants). Les appels à la prière régulier prouve également que la religion musulmane est présente. Celle-ci prend même de l’importance avec le retour au pays des réfugiés ayant passé quelques années en Tanzanie.

Comme souvent en matière de religion, c’est à celui qui construit le plus beau. A l’évidence, les capitaux de soutien affluent de l’étranger. Mais ce qui est partiellement acceptable (c’est plutôt de l’indifférence) dans les pays industrialisés touche au scandaleux dans un pays comme le Burundi.

L’exemple de Ruyigi est en ce sens édifiant. L’évèque a décidé de construire une somptueuse cathédrale. La construction a débuté en 2002 et aujourd’hui, on en est au deux tiers du toit. Les fenêtres ne sont encore que des trous béants dans lesquels des vitraux devront prendre place. Composée de briques rouge de 20cm de long et 8 de large, elle devra pouvoir accueillir plus de 5000 fidèles. C’est le seul bâtiment de la ville à afficher une hauteur de plus d’un étage. Ici, on devrait toucher les 20 mètres. Un exploit si l’on sait que les échaffaudages ne sont composés que de branches de bois séchées, entre lesquelles il n’y a que du vide. Dans un élan d’optimisme – peut-être que c’est la présence actuelle de pères jésuites italiens arrivés conjointements avec les camions d’armature métalliques importées d’Italie qui en est à la source -, le chef de chantier estime que la maison de Dieu sera achevée en juillet 2008.

En soi, cette construction ne pose pas de problème, mis à part les accidents et le manque ponctuel de matériaux. Ou cela devient choquant, c’est lorsque l’on lève la tête en sortant du chantier gardé. On aperçoit alors, de l’autre côté de la piste, un double bâtiment plus très frais. Entre les deux, de la terre battue et rebattue par des pieds humains. La première fois que j’ai passé par là, je me suis dit que ces deux bâtiments étaient désaffectés. Qu’ils avaient été utilisés par l’Etat au moment des retours massifs de Tanzanie. Mieux, je m’étais réjoui du fait qu’il n’était plus utilisé.

Mais je me suis fourré le doigt dans l’oeil jusqu’au coude. En fait, ce bâtiment délabré, c’est l’école primaire. Un carreau sur trois est cassé. Les classes sont interminables de par les alignées de bancs. Tout y est sombre. Même si les enfants amènent souvent la vie et peuvent transformer un endroit terne en lieu de joie, il faut tout de même se pincer pour imaginer la joie d’apprendre dans ces murs. Ce que confirme Noël, un étudiant de secondaire, qui est venu préparer ses examens dans un coin qui lui avait porté chance quelques années auparavant. La révolte se fait encore plus forte lorsque l’on pousse jusqu’aux toilettes. Le petit bâtiment, construit avec les mêmes briques rouges que la cathédrale est repoussant. Les déjections s’alignent en rang d’oignons, un peu sèches étant donné que c’est les vacances. Sans compter qu’il n’y a que six WC pour une école qui doit compter pas moins de 500 enfants. Cette insalubrité n’est pas restée sans conséquence, puisque certains élèves ont attrapé la fièvre typhoïde.

Que retenir de tout ça? Une grosse incompréhension. Car si je ne me trompe pas, l’école primaire se situe sur des terres appartenant à l’Evéché. Où doit-on mettre les priorités? Je dois avouer qu’en écrivant ce texte, je ressens un grand sentiment de révolte…

Patrick

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