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Archive journalière du 23 juil 2007

c’est pas tous les jours Noël

 

C’est pas tous les jours Noël…

L’hôtel porte l’enseigne de « Christmas Club Motel ». Il se situe à deux pas de la cathédrale et à 500 mètres à vol d’oiseau du lac. Il devait être un havre de repos. Il en fut autrement. Preuve que ce n’est pas tous les jours Noël…

Avant d’entrer dans les chambres, il faut savoir que Bujumbura est une véritable étuve. Il y fait donc très chaud et humide. Après la chaleur tempérée des montagnes, nous avons été surpris. Les chambres, elles, sont petites: murs de briques rouges, un lit étroit pour deux, une douche toilette qui donne sur la chambre et, surtout, aucun mouvement d’air. On peut sans exagérer rajouter 5 à 8 degrés à la température extérieure. A la première respiration d’air vicié, on pouvait s’attendre à passer deux nuits difficiles.

Car si cet hôtel est parfait pour les voyageurs adultes et capables d’assumer individuellement certaines conditions, lorsque l’on voyage en famille, il est plus compliqué de passer l’éponge. Si tout le monde a jusqu’à présent encaissé avec bonne humeur un certain manque de confort, là, ce fut plus difficile. Et la chaleur ambiante n’a pas calmé les esprits.

Surtout que les surprises n’ont pas manquées. C’est tout d’abord, Florianne, qui fait chambre commune avec Laure, qui m’appelle mystérieusement:

-Est-ce que tu penses que c’est ce que je pense qui est là parterre?

Surpris, je me rends dans la chambre no1 et regarde. De loin, on aurait pu penser à la peau d’un serpent qui vient de muer. De plus près, l’évidence était autre: c’était un préservatif bien rempli, avec un noeud au bout…

Une bonne douche froide plus tard (l’eau arrivait en suffisance) et quelques discussions plus tard, c’est Thibaud qui m’interpelle depuis le trône avec vue plongeante sur la douche.

- Papa! C’est quoi ce truc dans le fond de la douche?

Nouvel examen. Le truc en question faisait 8 centimères de long, était mince comme un lacet, et ondulait avec aisance à la manière d’un serpent. Réponse:

- Ce doit être un bébé serpent, lancais-je en faisant bonne figure.

Quelques décilitres d’eau plus tard, celui-ci était reparti, forcé, dans les canalisations. Et moi, de dire à Thibaud:

- Tu n’en parles à personne avant que nous ne soyons partis d’ici.

Il a tenu sa langue jusqu’à dimanche.

Avec tout ça, nous n’avions pas encore mangé. Mais cela n’allait pas tardé. Les assiettes que nous avions vu passer étaient copieuses et nous nous réjouissions. C’est donc plein d’espoir que nous nous sommes rendus au restaurant.

- C’est pour manger. Nous sommes six!

- Heu. En raison des mariages, nous n’avons plus de table. Il faut que vous mangiez dans vos chambres.

La pilule n’a pas passé et le refus a été catégorique. La nuit s’annonçait déjà suffisament difficile pour que nous ne passions pas, en plus, la soirée par deux dans les chambres. Alors devant la menace d’aller voir ailleurs, on nous a aimablement installé une table et deux bancs entre le parking et les mariés. Il était 19h.

La suite? Une commande normale et des dizaines de partie de cartes. L’attente fut longue, très longue. A tour de rôle, chacun d’entre-nous pétaient un plomb. Jusqu’à ce que Thibaud ne retrouve notre commande sur le sol. Le serveur l’avait perdue et la cuisine n’était même pas au courant que l’on attendait deux demi-poulet, deux brochettes de chèvres et deux filets de poissons du lac. Le temps de mettre mal à l’aise le serveur qui soutenait que l’attente était due au mariage pour ne pas perdre la face, la machine s’est mise en route: en 20 minutes, les plats étaient prêts, copieux et bons. Mais il était largement plus de 22 heures et les convives du mariage devaient reprendre leurs voitures. Nous avons donc dû nous déplacer sur le parking pour libérer le chemin.

On s’est ensuite couché. Véro avec Babou, Thibaud avec moi. La nuit ne fut en rien reposante, mais le jour s’est quand même levé.

Patrick

Des sources du Nil au lac Tanganyika

 Nous voici de retour! Si le blog a connu trois jours sans nouvelle, c’est parce que nous avons quitté Ruyigi vendredi matin pour Bujumbura, la capitale. Nous n’avons pas pris l’ordinateur avec nous pour voyager léger. Le chauffeur pour ce périple s’appelait Shabani. Particularité: très calme, dans la vie et sur la route, et toujours tiré à quatre épingle avec sa chemise bien repassée, son pantalon à pince et sa casquette de baseball visée sur la tête.

Le voyage aller nous avait donné un avant-goût de la route: venir de Bujumbura à Ruyigi est une aventure. Vendredi, l’aventure a été double. Au lieu de nous rendre directement (172 kilomètres) à Buja, nous avons bifurqué vers le sud. L’objectif était de découvrir un autre style de montagnes, puis de rejoindre le lac Tanganyika et de le longer jusqu’à destination. Un programme qui se décline en sept heures de route minimum.

Ceci d’autant plus que notre curiosité était souvent mise à contribution. Et même si nous ne pouvions nous arrêter chaque 10 minutes, nous avons demandé un détour de 80 kilomètres pour aller voir les sources d’un des plus longs fleuves du monde: le Nil. Nous ne pouvions passer à proximité de ce lieu qui a fasciné tant d’explorateur dans le fameux Dr Livingstone qui a donné son existence à la recherche de cet endroit.

Faut dire qu’il n’est pas facile à trouver. Et une fois qu’on y est, on se rend compte que le Nil, tout géant qu’il est, est un ruisselet à sa source. Tout comme l’Areuse ou la Birse.

Arrivé sur le parking, trois hommes de trois générations différentes nous prennent en charge. Rien d’officiel, pas d’entrée à payer, juste cette mise en scène avec un vieux édenté et déjenté qui parle assez bien français, un gaillard qui semble avoir la tête sur les épaules et un presque gamin qui apprend son métier en espérant faire de l’endroit perché sur la montagne, un lieu de pélerinage touristique. « Nous construisons un hôtel », me glisse-t-il fièrement en indiquant un tas de briques derrière les arbres.

La source du Nil, c’est donc un filet d’eau tiède qui sort au sommet d’une montagne de 2200 mètres. Un peu plus haut, une pyramide de pierres, avec une plaque sur le flan, symbolise le lieu de naissance d’un fleuve qui arrose le nord du continent et l’Egypte. Sinon? Rien d’autres. Juste un panorama circulaire permettant de voir jusqu’aux premières chaînes de montagnes tanzaniennes. Et puis, une ruche sauvage qui s’est installée entre les pierres de la pyramide. De quoi redonner du courage à Thibaud qui s’était aventuré au sommet et qui avait quelques soucis pour redescendre: la menace d’une piqûre donne des ailes.

Une fois le pélerinage terminé, nous avons repris la route. Celle qui monte et qui descend, mais qui n’a rien d’un ascenseur. Ici, les flans des montagnes sont aussi escarpées que ceux des alpes. Les routes par contre ne sont pas en lacets, mais serpentent plutôt comme celles des cols des Pyrénées. Autre différence de taille: les monts sont verts jusqu’aux sommets, donc cultivables.

Il nous faudra passablement de patience pour rejoindre le lac Tanganyika. Car les collines succèdent aux collines. Encore et encore. Nous avons l’impression d’être au centre d’un long film en 3D avec pour décor les plans de café et les bananiers (bananes à griller). Et toujours ces centaines de personnes qui se déplacent pour je ne sais où sur les bords des pistes et des routes. Je fais ici une petite parenthèse pour parler un peu de ces gens. Ils sont extraordinaires. Leur habillement est souvent surprenant, sorte de mélange des 60 dernières années de la mode occidentale. Perso, j’ai une petit préférence pour les plus âgés. Tout dans leurs attitudes indique le poids d’un histoire. Le veston froissé et les pantalons à pince poussiéreux, le chapeau genre Indiana Jones, la démarche coulée mais lente, le regard profond, encore surpris du passage d’une voiture, curieux de découvrir qui les dépassent à la vitesse du son sur le chemin de la vie. Mais ils ne le montrent pas: ils s’arrêtent, comme s’ils tenaient à accentuer la différence de destin. Pourtant, il n’est pas certain que nous ayons un fil de vie plus mouvementé qu’eux. Car ils ont vécu l’Histoire, de la colonisation belge aux massacres de la fin du XXe siècle, en passant par l’indépendance du pays au début des années soixante et les massacres des années septantes.

Revenons à la route. En plus de la circulation traditionelle, nous devons faire face à une nuée de poids lourds locaux. Evidemment, il ne s’agit pas de camions. Ces derniers ne pourraient pas circuler sur les routes de montagne. Non, il s’agit de ces cyclistes qui viennent de tous le pays pour approvisionner leur région en huile de palme. Dans le même sens que nous, les cargaisons sont vides et à la descente, les plus curieux (ceux qui ont aperçus Laure, Véro ou Florianne) lorsque nous les dépassions tentent de nous rattraper pour quémander un petit signe de la main d’une de ces dames. En face, les regards ne vagabondent plus. Il s’agit de ramener la cargaison au bon endroit et pour y parvenir, chaque once d’énergie est nécessaire. Les têtes sont courbées vers le sol, la sueur perle et peu sont assis sur leurs bécannes, laissant la place aux 60 à 80 litres qu’ils transportent. Pas besoin de dire ici que les vélos en question n’ont rien de commun avec ceux que nous connaissons: la plupart sont à vitesse unique, ont des pneus larges et sont souvent dépourvus de freins.

Nous arrivons au bord du lac Tanganyika après six heures de route. Le spectacle est grandiose. L’eau est bleue, sa surface si vaste que l’on se croit au bord de la mer. Ici, mis à part les barques en bois des pêcheurs, il n’y a pas de bateau. La voile-loisirs n’existe pas, alors que le transport commercial est réduit à presque rien en raison de l’histoire agitée des pays qui bordent le lac. Nous ne résistons pas à l’envie de toucher ce lac au nom mythique. Et à notre sortie de voiture, c’est devenu une habitude, une nuée d’enfants se ruent pour nous voir et nous toucher. Beaucoup sont nus sur le sable. Normal, ils sont à la plage. L’arrêt ne dure que quelques minutes, le temps de découvrir les étals des pêcheurs sur lesquels brillent en sèchant des millions de petits poissons: XXXXXXXXX. Ceux-ci sont très prisés par les Burundais. Il paraît que l’on peut les manger comme séchés, mais aussi qu’ils n’ont pas leur pareil pour relever une sauce. Nous n’avons pas essayé. D’autres choses nous ont frappé dans le déroulement de notre film 3D. Si la population semble toujours pauvre, la proximité du lac et le climat (nombreux mandariniers) moins rude atténuent en partie la misère. Et puis, les femmes paraissent plus ouvertes, se permettant des sourires et des échanges gestuels avec Laure et les enfants.

Deux heures de route plus tard, nous parvenons enfin à Buja. Nous déposons Michel, le neveu de Maggy définitivement adopté dans le cercle des amis par les garçons, à son domicile. Shabani nous dépose ensuite à l’hôtel. Enfin. Nous sommes arrassés. Nos dos sont cassés et les estomacs hurlent. Nous sommes persuadés que nous allons vite nous retaper. La suite sera un peu différente.

A plus tard

Patrick




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