En route pour les chutes de la Karera

Ce dimanche, c’est jour de tourisme. Ainsi en a décidé Maggy pour ses amis suisses. Objet de la virée: les chutes de la Karera, au sud de Ruyigi. Il n’y aura donc pas de grasse matinée. Le départ est prévu à 9h ou un peu plus tard. Ce sera un peu plus tard. Pas grave. Ici, on apprend à faire les choses les unes après les autres, sachant qu’il y aura toujours un après ou un lendemain pour continuer. Cela change du « tout tout de suite » habituel. Quand à la grasse matinée du week-end, on en a déjà profité. Elle est effective le samedi. Pour une raison toute simple: le samedi matin, c’est travaux d’intérêt communautaire dans tous le pays. Ce qui signifie que tout adulte se promenant dans la rue avant 10h est enrôlé dans les brigades pour des nettoyages ou autres. Faut voir comme la majorité des adultes est fatiguée le samedi.

Revenons à dimanche. Nous avons mis le cap en direction des chutes aux environs de 10h. Au volant, il y avait Gérard, surnommé « l’impossible » parce qu’il trouve une solution à tout. Comme d’habitude, Gérard a fait valoir sa science du klaxon, du pilotage et de la vitesse dans son slalom perpétuel entre les vélos et les représentants de la pauvreté massés sur le bord des pistes.

Une fois parqué au pied des chutes, nous avons changé d’horizon. Les cascades de la petite rivière sont extraordinaires de beauté. C’est un de ces endroits magiques que l’Afrique offre en secret. Tellement secret que même les Burundais ne les connaissent pas. La preuve avec l’effet produit par nos photos et petits films une fois retournés dans notre « Maison des Anges ».

Les enfants sont émerveillés. Nous aussi. Véro et moi, inconsciemment, en profitons pour faire le vide, pour s’évader un peu de ce qui est devenu notre quotidien. A cet endroit du Burundi, la Karera s’offre un plongeon en trois étages (une cinquantaine de mètres chacun) dans une faille aussi vieille que le continent. Discrète, la rivière d’eau claire se cache entre des arbres séculaires couverts de lianes, celles de Tarzan. En fin de journée, Thibaud s’essayera au balancement. Pas très concluant. La liane servira plutôt de balançoire.

L’endroit est sauvage, préservé des hordes de touristes. Et pour cause, il n’y en a pas ou si peu. Durant les quatre heures passé sur place, nous n’y croiserons qu’une famille indienne, s’exprimant parfaitement en anglais, français, swahili et, bien sûr, leur langue maternelle.

La faune et la flore y est variée. Singes, papillons, grenouilles, abeilles et fleurs colorées de toutes les tailles éveillent notre curiosité. Cette beauté toute simple semble prendre une importance incroyable pour chacun d’entre-nous. Dans le groupe, l’ambiance est au sourire, à l’évasion. On échange, on sent, on touche, on se gicle. Le pic-nic est pris dans une case au toit de paille avec le bruissement de la cascade en musique de fond. Bastien avouera le soir à l’oreille de Véro que c’était le « plus bel endroit du monde. » Preuve aussi qu’il avait besoin de s’évader et de décompresser.

Vers 14 heures, nous avons repris la route. Une fois encore, nous ne pouvons qu’être interloqués par le paysage. A 1500 mètres l’altitude, le paysage offert par les collines burundaises peut aisément se confondre avec les montagnes de l’Arc jurassien. On nous avait averti. Mais la ressemblance avec les forêts de sapins dépasse ce que nous imaginions. L’une de ces collines pourrait se confondre avec le sommet du Chasseral, antenne exceptée.

A 20 kilomètres de Ruyigi, Gérard arrête la voiture. Il nous avait promis d’acheter de la canne à sucre. Cette pause provoque, comme d’habitude, un rassemblement humain massif. Gérard achète deux cannes à sucre. Mais pour les faire entrer dans la voiture, il doit casser les plans en trois morceaux. Puis avec son couteau suisse (!), il pèle 10 centimètres et les coupes en morceau. Nous serons huit à chiquer dur durant la fin du trajet.

La fin de la journée se passe dans notre logis. Nous sommes, comme chaque soir, un peu crevés. Maggy vient nous rendre visite avec Mia. Elle apporte de la farine de manioc et des mangues bien mures. Elle prévoit de partager un moment, mais ses téléphones portables ne cessent de sonner. On a l’impression que le monde entier l’appelle. Elle nous quittera en s’excusant, mais rayonnante: un don important vient de lui être confirmé pour l’hôpital Rema.

Mais cinq minutes plus tard, elle sera de retour. Son panier de paille est rempli de sachets d’arachide. 66 au total. Maggy s’explique: sur le chemin qui la mène à son domicile (300m de la Maison des Anges), des enfants lui ont proposés ces arachides salés. Elle a discuté avec eux, leur a demandé leur nom, leur a acheté la totalité de leur marchandise et les a priés de passer lundi matin à la Maison Shalom. « Ces petits sont exploités. Nous essayerons demain de trouver une solution pour les sortir de cet esclavage. Qu’ils aillent à l’école plutôt que d’écumer les cabarets. »

Les chutes de la Karera bruissent toujours dans nos têtes. Mais la réalité nous a rattrapé avant le souper.

Patrick

2 Réponses à “En route pour les chutes de la Karera”


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