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Archive journalière du 17 juil 2007

Véro et la montagne de cartons

 

Il y a quelques semaines, Véro et nous nous débattions avec les cartons de matériel scolaire, médical, vestimentaire et de football que nous avions reçu. Notre sous-sol et notre garage marinois avait été transformé en hangar de marchandises en partance pour Ruyigi, via Dar es-Salaam.

Eh bien, figurez-vous que ce travail de classification et d’étiquettage ne correspondait même pas à un début d’échauffement. Depuis ce matin, Véro a trouvé mieux, plus, plus haut. Presque une devise olympique sur les collines de l’Est du Burundi.

Faut dire que Maggy compte sur elle. La mission qui lui est impartie: ouvrir, vérifier, stocker logiquement un hangar de matériel médical. J’ai bien écrit un hangar: si l’on prend une autre échelle de valeur, notre garage était une SMART et le hangar de Ruyigi, un quarante tonnes avec deux remorques. Pour être plus précis, le dépôt affiche une vingtaine de mètres de large pour une trentaine de long. Hauteur: 9 mètres au centre du toit. Pour un total de plusieurs dizaines de mètres cubes dont la seule règle semble être l’anarchie…

Le ventre de ce géant de briques rouge paraît insatiable. À vue de nez, on doit y trouver pas moins de 3000 cartons de toutes tailles et de toutes formes. Le contenu lui est encore plus varié. Il a été envoyé par des hôpitaux, des gouvernements occidentaux, des organisations d’aide humanitaire du monde entier.

Véro a donc plongé dans cette mer, ce matin à 10 heures. Mais avant de déplacer les choses, il a fallu que le responsable du stock engage une dizaine de personnes pour la matinée, histoire de faire de la place pour ordonnancer le tri. Mis à part quelques éléments d’un ou deux mètres cube, tous les cartons et tous les contenus sont disparates.

Ce mardi après-midi, Véro est seule dans le hangar. Depuis le coin de la porte, on peut l’observer qui secoue la tête. Pour avancer, elle doit parfois rogner un brin, que dis-je, amputer sa méticulosité. Les cartons, après avoir traversés la planète, sont souvent dans un sale état. La poussière, cette fameuse poudre de terre rouge, se glisse partout. Tout ce qui n’est pas stérilement emballé dans un sachet plastique en porte la trace. On trouve de tout: de la chaise roulante à la table d’opération, de lévier à la chaise de dentiste, du pansement aux seringues en passant par les médicaments.

Puis il y a le reste. Ces « trucs » qui font de l’Afrique la poubelle du monde. Matériel rouillé, peut-être utilisé par l’armée russe durant la Première guerre mondiale. Lunettes rayées, tordues ou sans verre, pansements tellement sales qu’on ne les utiliserait même pas comme combustibles. De quoi se révolter.

Véro, cet après-midi, est donc seule dans le hangar. La raison en est simple: pour trier, il faut savoir à quoi servent les instruments, pansements et médicaments.Voilà pourquoi Maggy lui a demandé d’effectuer ce travail. Ici, les gens qui peuvent déterminer cette utilité ne sont pas légion. Et ils arpentent souvent le terrain.

Mais demain, une fois la première organisation mise en place, notre infirmière pourra compter avec l’appui d’autres bras et d’autres yeux. Du moins, je l’espère. Autant que Véro espère recevoir les armoires qu’on lui a promi pour ranger le contenu de sa montagne de cartons.

Patrick

PS: n’hésitez pas à lui laisser des messages d’encouragement!!! Jamais je n’ai regretté de ne pas avoir encore la possibilité de glisser une image sur ce blog…

En route pour les chutes de la Karera

Ce dimanche, c’est jour de tourisme. Ainsi en a décidé Maggy pour ses amis suisses. Objet de la virée: les chutes de la Karera, au sud de Ruyigi. Il n’y aura donc pas de grasse matinée. Le départ est prévu à 9h ou un peu plus tard. Ce sera un peu plus tard. Pas grave. Ici, on apprend à faire les choses les unes après les autres, sachant qu’il y aura toujours un après ou un lendemain pour continuer. Cela change du « tout tout de suite » habituel. Quand à la grasse matinée du week-end, on en a déjà profité. Elle est effective le samedi. Pour une raison toute simple: le samedi matin, c’est travaux d’intérêt communautaire dans tous le pays. Ce qui signifie que tout adulte se promenant dans la rue avant 10h est enrôlé dans les brigades pour des nettoyages ou autres. Faut voir comme la majorité des adultes est fatiguée le samedi.

Revenons à dimanche. Nous avons mis le cap en direction des chutes aux environs de 10h. Au volant, il y avait Gérard, surnommé « l’impossible » parce qu’il trouve une solution à tout. Comme d’habitude, Gérard a fait valoir sa science du klaxon, du pilotage et de la vitesse dans son slalom perpétuel entre les vélos et les représentants de la pauvreté massés sur le bord des pistes.

Une fois parqué au pied des chutes, nous avons changé d’horizon. Les cascades de la petite rivière sont extraordinaires de beauté. C’est un de ces endroits magiques que l’Afrique offre en secret. Tellement secret que même les Burundais ne les connaissent pas. La preuve avec l’effet produit par nos photos et petits films une fois retournés dans notre « Maison des Anges ».

Les enfants sont émerveillés. Nous aussi. Véro et moi, inconsciemment, en profitons pour faire le vide, pour s’évader un peu de ce qui est devenu notre quotidien. A cet endroit du Burundi, la Karera s’offre un plongeon en trois étages (une cinquantaine de mètres chacun) dans une faille aussi vieille que le continent. Discrète, la rivière d’eau claire se cache entre des arbres séculaires couverts de lianes, celles de Tarzan. En fin de journée, Thibaud s’essayera au balancement. Pas très concluant. La liane servira plutôt de balançoire.

L’endroit est sauvage, préservé des hordes de touristes. Et pour cause, il n’y en a pas ou si peu. Durant les quatre heures passé sur place, nous n’y croiserons qu’une famille indienne, s’exprimant parfaitement en anglais, français, swahili et, bien sûr, leur langue maternelle.

La faune et la flore y est variée. Singes, papillons, grenouilles, abeilles et fleurs colorées de toutes les tailles éveillent notre curiosité. Cette beauté toute simple semble prendre une importance incroyable pour chacun d’entre-nous. Dans le groupe, l’ambiance est au sourire, à l’évasion. On échange, on sent, on touche, on se gicle. Le pic-nic est pris dans une case au toit de paille avec le bruissement de la cascade en musique de fond. Bastien avouera le soir à l’oreille de Véro que c’était le « plus bel endroit du monde. » Preuve aussi qu’il avait besoin de s’évader et de décompresser.

Vers 14 heures, nous avons repris la route. Une fois encore, nous ne pouvons qu’être interloqués par le paysage. A 1500 mètres l’altitude, le paysage offert par les collines burundaises peut aisément se confondre avec les montagnes de l’Arc jurassien. On nous avait averti. Mais la ressemblance avec les forêts de sapins dépasse ce que nous imaginions. L’une de ces collines pourrait se confondre avec le sommet du Chasseral, antenne exceptée.

A 20 kilomètres de Ruyigi, Gérard arrête la voiture. Il nous avait promis d’acheter de la canne à sucre. Cette pause provoque, comme d’habitude, un rassemblement humain massif. Gérard achète deux cannes à sucre. Mais pour les faire entrer dans la voiture, il doit casser les plans en trois morceaux. Puis avec son couteau suisse (!), il pèle 10 centimètres et les coupes en morceau. Nous serons huit à chiquer dur durant la fin du trajet.

La fin de la journée se passe dans notre logis. Nous sommes, comme chaque soir, un peu crevés. Maggy vient nous rendre visite avec Mia. Elle apporte de la farine de manioc et des mangues bien mures. Elle prévoit de partager un moment, mais ses téléphones portables ne cessent de sonner. On a l’impression que le monde entier l’appelle. Elle nous quittera en s’excusant, mais rayonnante: un don important vient de lui être confirmé pour l’hôpital Rema.

Mais cinq minutes plus tard, elle sera de retour. Son panier de paille est rempli de sachets d’arachide. 66 au total. Maggy s’explique: sur le chemin qui la mène à son domicile (300m de la Maison des Anges), des enfants lui ont proposés ces arachides salés. Elle a discuté avec eux, leur a demandé leur nom, leur a acheté la totalité de leur marchandise et les a priés de passer lundi matin à la Maison Shalom. « Ces petits sont exploités. Nous essayerons demain de trouver une solution pour les sortir de cet esclavage. Qu’ils aillent à l’école plutôt que d’écumer les cabarets. »

Les chutes de la Karera bruissent toujours dans nos têtes. Mais la réalité nous a rattrapé avant le souper.

Patrick




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