Le billard, les brochettes de chèvre et les mitraillettes

Bastien n’y tenait plus. Depuis que son pote Prosper lui avait dit que le cabaret du coin avait un billard et un kicker, chaque soir il s’impatientait de pouvoir y goûter. Sa gourmandise ludique a été assouvie samedi vers 17h. Après avoir dévalé des pentes de caillasses avec le vélo sans frein en compagnie de Michel et Thibaud durant toute l’après-midi, après avoir raté un deuxième plongeon dans la piscine pour cause de lenteur africaine au niveau des horaires, Prosper a embarqué tout ce petit monde pour se rendre dans le fameux cabaret.

Que les grand-parents de nos enfants se rassurent: nous ne sommes pas devenus des parents indignes. Ici, un cabaret est un simple restaurant. Ou plutôt un débit de boissons. Ou pour plus de précision, un débit de bière… Pour le Fanta ou le Coca, prière de demander à la boutique voisine. Mais le patron ne dit rien.

Bref, Bastien et Thibaud ont découvert le billard, version réduite dans une sorte de cahute en bois ouverte à tous les courants d’air. La table penchait méchament ce qui permet des coups sortis de nul part et des ratés tout aussi mémorables. Les queues, elles, n’étaient plus aussi droites que dans le prime jeunesse. Mais qu’importe… quand l’ivresse du jeu est présente.

A vrai dire, l’ivresse n’était pas que dans le jeu. Au fur et à mesure que les parties se multipliaient, les piliers de bar eux pliaient. À 19h, le tableau valait son pesant d’or. On était par exemple tous les frères de Médar et sa casquette blanche. Chloé et Florianne avaient reçu des avances plus ou moins précises de mariage ou de visites à domicile. Laure, elle, a été épargnée. Pour partie, parce que l’on prise pour mon épouse, pour l’autre, parce qu’elle était passionnée de kicker, appelé sous nos latitutes « football de table ». Elle était tellement entourée que Médar n’a pu l’approcher que furtivement pour lui offrir sa bière que Laure a poliment refusé.

Je profite de cet instant du récit pour faire une petite parenthèse sur l’alcool dans ce pays. La bière semble être l’objet de consommation le plus répandu. « Amstel » et « Primus » sont les deux marques leader, suivies de « Hènken ». Lorsque l’on est un homme, on a pratiquement pas le choix. On dit l’un des deux mots magiques et la « grande » est décapsulée dans notre main. Si l’on est « petit sirop », on peut toujours se rabattre sur le « Bock d’Amstel ». Mais il faut pratiquement cliniquement mort pour que l’on accepte ce vice de procédure. Selon un ami indigène, le Burundais moyen s’envoie quatre Amstel chaque soir de semaine (2,5 litres), un chiffre qui passe à six le samedi et dimanche, jour de repos. Même s’ils tiennent la piste, faut reconnaître que certains sont dans de drôle d’état. D’autant que l’alcool de bananes n’a pas disparu, ni celui à base d’ananas, pourtant interdit par le gouvernement, qui tire à plus de 40 degrés. Si l’on devait faire un comparatif, ce deuxième est un peu notre absinthe. Pour avoir observer, les effets hallucinogènes sont remarquables, surtout lorsque l’on consomme le ventre vide.

Revenons à nos moutons. En fait, je devrais plutôt dire à nos chèvres. Nous étions, ce samedi, les invités de Prosper. Bières, Fanta, billard, arachides, notre ami avait mis les petits plats dans les grands. Manquait encore la brochette! Celle de chèvre évidemment. Ici, c’est la coutume: « Si tu sors, tu bois la bière et tu manges la brochette! ». Une petite négociation et voici qu’arrivent quatre poinçons de trente centimètres avec des carrés de viande embrochés et très rôtis. Ce qui ne jure que par le moelleux de la viande, devrons repasser. En l’occurence, ce n’est pas un exercice de diction mais de mastication. A ce jeu-là, c’est encore Bastien et Thibaud qui s’en sortent le mieux! En plus, ils en adorent la saveur…

A 19h, l’atmosphère ludique de notre arrivée à quelque peu disparu. Bastien, surtout, ne se sent plus trop à l’aise. Il parle de rentrer pour en finir avec les « ivrognes », lorsque entrent deux représentants de la police de la République burundaise. Uniformes bleus, bérets, poignes d’enfer (ils serrent évidement la main du musungu que je suis) et surtout mitraillettes à la main. L’effet est terrible. Dans ma tête, je ne peux m’empêcher de penser à la décennie de terreur qu’à vécu le pays depuis 1993. Les deux policiers posent négligemment leurs armes par terre. En reculant, je manque de m’encoubler. Bastien observe à deux pas, peu rassuré. Moi, je me mets à espérer que la sécurité des engins soit efficiente. C’est un peu la goutte qui fait déborder le « bock »: nous partons tous chez Maggy pour le repas du soir. A nouveau, celui-ci est excellent: mais je ne pourrai qu’avaler la soupe. Ce n’est pas que la bière nourrisse, mais elle prend beaucoup de place dans mon système digestif.

Santé à tous!

Patrick

4 Réponses à “Le billard, les brochettes de chèvre et les mitraillettes”


  • Bonjour à tous!!! J’espère vraiment

  • Bonjour à tous!!! J’espère vraiment que vous passez de très bonnes vac’s avec beaucoup de soleil au Burundi. Vous me manquez car je n’ai plus personne pour jouer au foot…(je n’ai toujours pas battu le record de jonglage a Bastien, DOMAGE, ça m’enerve!!!^^)Bref,j’espère aussi que vous vous amusez « méga-bien »!!!!
    (S’il vous plait, si vous avez le temps, pouvez-vous m’envoyer un petit message sur mon adresse E-mail? ramonom1@hotmail.com ou boss_emeraude@hotmail.com ) MERCI a+

    Ramon

  • Salut les burundais,

    enfin j’ai reçu mon pc et nous pouvons vous suivre.
    Je viens de lire tous les textes en retard et je dois vous dire qu’ils sont remplis d’émotion et que les sentiments que vous y mettez sont très touchants. Vos sensibilitées sont perseptibles jusqu’ici.
    Bon séjour à tous. Bisous, les 5 momos.

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