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Archive journalière du 16 juil 2007

Le billard, les brochettes de chèvre et les mitraillettes

Bastien n’y tenait plus. Depuis que son pote Prosper lui avait dit que le cabaret du coin avait un billard et un kicker, chaque soir il s’impatientait de pouvoir y goûter. Sa gourmandise ludique a été assouvie samedi vers 17h. Après avoir dévalé des pentes de caillasses avec le vélo sans frein en compagnie de Michel et Thibaud durant toute l’après-midi, après avoir raté un deuxième plongeon dans la piscine pour cause de lenteur africaine au niveau des horaires, Prosper a embarqué tout ce petit monde pour se rendre dans le fameux cabaret.

Que les grand-parents de nos enfants se rassurent: nous ne sommes pas devenus des parents indignes. Ici, un cabaret est un simple restaurant. Ou plutôt un débit de boissons. Ou pour plus de précision, un débit de bière… Pour le Fanta ou le Coca, prière de demander à la boutique voisine. Mais le patron ne dit rien.

Bref, Bastien et Thibaud ont découvert le billard, version réduite dans une sorte de cahute en bois ouverte à tous les courants d’air. La table penchait méchament ce qui permet des coups sortis de nul part et des ratés tout aussi mémorables. Les queues, elles, n’étaient plus aussi droites que dans le prime jeunesse. Mais qu’importe… quand l’ivresse du jeu est présente.

A vrai dire, l’ivresse n’était pas que dans le jeu. Au fur et à mesure que les parties se multipliaient, les piliers de bar eux pliaient. À 19h, le tableau valait son pesant d’or. On était par exemple tous les frères de Médar et sa casquette blanche. Chloé et Florianne avaient reçu des avances plus ou moins précises de mariage ou de visites à domicile. Laure, elle, a été épargnée. Pour partie, parce que l’on prise pour mon épouse, pour l’autre, parce qu’elle était passionnée de kicker, appelé sous nos latitutes « football de table ». Elle était tellement entourée que Médar n’a pu l’approcher que furtivement pour lui offrir sa bière que Laure a poliment refusé.

Je profite de cet instant du récit pour faire une petite parenthèse sur l’alcool dans ce pays. La bière semble être l’objet de consommation le plus répandu. « Amstel » et « Primus » sont les deux marques leader, suivies de « Hènken ». Lorsque l’on est un homme, on a pratiquement pas le choix. On dit l’un des deux mots magiques et la « grande » est décapsulée dans notre main. Si l’on est « petit sirop », on peut toujours se rabattre sur le « Bock d’Amstel ». Mais il faut pratiquement cliniquement mort pour que l’on accepte ce vice de procédure. Selon un ami indigène, le Burundais moyen s’envoie quatre Amstel chaque soir de semaine (2,5 litres), un chiffre qui passe à six le samedi et dimanche, jour de repos. Même s’ils tiennent la piste, faut reconnaître que certains sont dans de drôle d’état. D’autant que l’alcool de bananes n’a pas disparu, ni celui à base d’ananas, pourtant interdit par le gouvernement, qui tire à plus de 40 degrés. Si l’on devait faire un comparatif, ce deuxième est un peu notre absinthe. Pour avoir observer, les effets hallucinogènes sont remarquables, surtout lorsque l’on consomme le ventre vide.

Revenons à nos moutons. En fait, je devrais plutôt dire à nos chèvres. Nous étions, ce samedi, les invités de Prosper. Bières, Fanta, billard, arachides, notre ami avait mis les petits plats dans les grands. Manquait encore la brochette! Celle de chèvre évidemment. Ici, c’est la coutume: « Si tu sors, tu bois la bière et tu manges la brochette! ». Une petite négociation et voici qu’arrivent quatre poinçons de trente centimètres avec des carrés de viande embrochés et très rôtis. Ce qui ne jure que par le moelleux de la viande, devrons repasser. En l’occurence, ce n’est pas un exercice de diction mais de mastication. A ce jeu-là, c’est encore Bastien et Thibaud qui s’en sortent le mieux! En plus, ils en adorent la saveur…

A 19h, l’atmosphère ludique de notre arrivée à quelque peu disparu. Bastien, surtout, ne se sent plus trop à l’aise. Il parle de rentrer pour en finir avec les « ivrognes », lorsque entrent deux représentants de la police de la République burundaise. Uniformes bleus, bérets, poignes d’enfer (ils serrent évidement la main du musungu que je suis) et surtout mitraillettes à la main. L’effet est terrible. Dans ma tête, je ne peux m’empêcher de penser à la décennie de terreur qu’à vécu le pays depuis 1993. Les deux policiers posent négligemment leurs armes par terre. En reculant, je manque de m’encoubler. Bastien observe à deux pas, peu rassuré. Moi, je me mets à espérer que la sécurité des engins soit efficiente. C’est un peu la goutte qui fait déborder le « bock »: nous partons tous chez Maggy pour le repas du soir. A nouveau, celui-ci est excellent: mais je ne pourrai qu’avaler la soupe. Ce n’est pas que la bière nourrisse, mais elle prend beaucoup de place dans mon système digestif.

Santé à tous!

Patrick

Découvertes et nombreuses questions

Voilà bientôt une semaine que nous sommes ici !! que de découvertes, de changements et de rencontres ! Heureusement que Patrick est là pour écrire-décrire, raconter, jusqu’à tard dans la nuit, notre nouvelle vie, ici à Ruyigi. Je n’ai pas ni le style, la manière attrayante de Patrick pour vous transmettre par des mots ce que je ressens. Je peux juste vous dire que je suis chamboulée par tout ce que que je n’ai pas encore endosser ma blouse d’infirmière, ce qui en soit me fait une petite frustration ! Mon rôle ici est plus un rôle de conseillère en soins infirmiers et Maggy m’a intégrée dans le groupe responsable de l’hôpital REMA. Janvière, la directrice y travaille d’arrache-pied depuis de longs mois. Chaque jour, nous reprenons les plans du chantier et nous nous attardons devant chaque détail, car c’est le dernier moment pour faire les changements !Après avoir consulté les plans sous toutes les coutures, nous voilà partis pour le chantier, longeant une route rouge-ocre, couleur de la terre du Burundi; des centaines de personnes y marchent toute la journée, portant leur outils, leur récoltes; des mamans avec leur bébés enveloppés dans des pagnes multicolores … et des vélos … partout des vélos … avec des chargements si lourds qu’on ne peut pas imaginer ……… je vous promets qu’ils mériteraient largement de gagner les étapes de montagnes du Tour de France !! Bref, nous arrivons sur le chantier et des centaines de personnes (hommes et femmes) travaillent sous le soleil: maçons, porteurs de pierre, porteurs d’eau, carreleurs, menuisiers, ils sont tous couverts de poussière rouge, mais sans relâche, ils travaillent car, le 27 juillet aura lieu une petite cérémonie en faveur de l’inauguration de l’hôpital REMA (qui sera fonctionnel en décembre). Mais d’ici là, il faut terminer les bâtiments, terminer les apports d’eau, l’électricité, les nombreuses salles d’eau et WC. Et ensuite, il faudra installer tout le matériel médical qui est stocké dans des containers. Des centaines de matériaux ont été envoyés, mais pas encore testés. Tout est étiquetté mais il faudra des jours et des jours de travail méticuleux pour installer le matériel de radiologie, des urgences, de l’hôpital de jour, de la pharmacie, de la kinésithérapie ………… je ne vous décris pas plus la situation, mais c’est un travail de titan qui attend encore toute l’équipe de la Maison Shalom. Cet hôpital pourra offrir des soins de qualité à toute une population qui en a grandement besoin. Chaque jour m’apporte son lot de questions, d’interrogations. Je croise chaque jour des centaines de personnes, aux visages si différents. Bien sûr, il y les regards curieux des enfants qui croisent les Musungus, mais il y a ceux des adultes, des jeunes qui ont vécu des années de guerre, de misère, de maladie ! Ai-je droit de leur dire JAMBU avec un grand sourire et d’attendre quelque chose en retour? Dans leur regard, nous pouvons lire beaucoup de choses et je vous jure que les larmes me montent souvent aux yeux (en Afrique, on ne pleure pas) alors, c’est le soir que toute l’émotion vécue dans la journée peut ressurgir et être exprimée. Nous avons la chance d’être très bien entourés par les personnes de la Maison Shalom. Nous sommes accueillis si gentillement, chacun prend du temps pour nous. Maggy, malgré un agenda bien rempli nous accompagne, nous explique, nous raconte son histoire, l’histoire de tous ces enfants. Nous pouvons poser de questions, échanger nos impressions; tout cela est d’une grande richesse et d’une profondeur inégalable. Voilà, pour cette semaine. Je souhaiterais du fond du coeur aller dans l’hôpital rural et dans le bâtiment mère-enfant la semaine prochaine. Sinon, nous vivons de merveilleux moments, nous goûtons aux fruits délicieux tels que mangues, ananas, fruits de la passions… et à la cuisine burundaise. Autre changement important pour tous : l’eau !! Nous apprenons à nous doucher à l’eau froide, avec 2 ou 3 bouteilles de 3,3 dl… c’est tout un art. Merci pour tous vos messages.

Avec toute mon amitié.

Véro




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