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Archive journalière du 12 juil 2007

La magie du ballon rond et des maillots de foot

Nous le savions avant de partir: le foot est un langage universel. Le jeu casse les frontières, la passion est commune. La maîtrise du ballon est fascinante, que l’on soit équipé ou que l’on joue pieds nus. Depuis notre arrivée nous avons pu mesurer la réalité de cette force.

L’opération « maillots » lancée par Thibaud, Bastien et Laure était connue dans le village de Ruyigi. Alexis, notre ami « neuchâtelois » qui a grandi à la Maison Shalom s’était chargé de la communication. Ainsi, dès notre arrivée, Alexandre, ancien chauffeur de Maggy aujourd’hui employé par l’Unicef et entraîneur des équipes de jeunes, est venu nous voir pour nous communiquer le lieu et l’heure de l’entraînement du jour.

Comme les enfants sont en vacances, ils s’entraînent tous les jours, parfois même deux fois par jour. Bastien et Thibaud les ont rejoint pour la première fois mardi à 17h sur un terrain sans but, aussi plat qu’une clairière de Jura avec ses emposieux, parsemé de cônes de bois. Ils étaient une soixantaine sous les ordres d’Alexandre et Gervais.

Au programme: agilité dans la course, souplesse et conduite de balle. Pas de tirs, ni de match. Les exercices de passe et de contrôles sont aussi limités par manque de ballon. Par contre, la volonté est sans faille. Ainsi, ce petit gars qui a fabriqué lui-même ses souliers de football en découpant de vieux pneus de voiture. Le tout tenu par quelques lanières.

Pour les enfants de Ruyigi, la présence des deux « musungu » était une attraction. Une situation qui a mis mal à l’aise Bastien, sensible au fait que l’on parle de lui et de son frère en rigolant, sans comprendre quoi que ce soit.

Les deux gars ont remis cela mercredi à 8 heures du matin. Cette fois-ci, Alexandre est passé à la Maison des anges avant l’entraînement pour découvrir la centaine de maillots, dont deux jeux complets que nous avions glissés dans nos bagages. Le transport s’est effectué sur un vélo-taxi.

Une fois sur le terrain, Gervais et Alexandre ont rassemblé leurs équipes. Ils ont expliqué la démarche et le fait que chaque joueur présent recevrait un maillot qu’il pourrait emporter chez lui. Ils ont aussi montrer les équipements qui deviendront les couleurs des minimes et des cadets. Le tout en kirundi et dans un silence de cathédrale. Pour marquer l’importance et la solennité du moment, Gervais m’a demandé de faire un petit discours qui a été traduit. Les regards de ces enfants et adolescents étaient impressionnants pour toute la famille.

Puis on est passé à la distribution. Un par un, les joueurs sont passés vers Bastien et Thibaud. Zidane, Henry, Giuly, Ronaldo, Ronaldino, Frei, Totti et Buffon ont trouvé de nouvelles épaules. Les chemises trouées ont disparu pour laisser la place aux couleurs des plus grands clubs européens. Les plus grands ont eux enfilés l’équipement de match, un ancien de Neuchâtel Xamax avec le fanion.

L’échauffement a débuté dans une discipline rare, émouvante de gravité. « C’est un élément de motivation incroyable », a lancé Gervais entre deux directives d’exercice. D’ailleurs les retardataires n’ont pas été servis. Ils le seront ces jours prochains. Car même à Ruyigi, le foot est un jeu sérieux. « Sûr qu’ils seront à l’heure demain, » confirme Alexandre. Concernant la motivation, Gervais ne croyait pas si bien dire. A 10 heures, à la fin de l’entraînement, une trentaine de nouveaux candidats au club était apparue sur le terrain.

Nous avons profité de l’instant pour expliquer aux enfants et aux entraîneurs l’élan de solidarité incroyable que l’action avait recueilli à Marin et dans la région neuchâteloise, même s’ils ne connaissent rien de celle-ci. Nous leur avons aussi expliqué que prochainement des containers venant de Suisse apporteraient la grande majorité du matériel récolté durant des mois, soit plusieurs centaines de maillots, des souliers, plus de 120 ballons, matériel d’entraînement, etc… Gervais avait la même lueur dans les yeux que ses joueurs: « Nous avons toujours manqué de ballon. Nous pourrons enfin travailler avec chacun individuellement. Pour faire progresser un enfant, pour lui donner envie, il n’y a rien de tel. » Puis Alexandre de réfléchir à haute voix: « Nous allons organiser une compétition qui réunira tous les clubs de la province de Ruyigi. Et pour une fois, peu importe le résultat. Et chaque joueur recevra un maillot. » La date de cette dernière n’est pas encore connue. Mais elle sera très vite mise sur pied. Dès l’arrivée des containers et avant notre départ, espère Alexandre.

Bastien et Thibaud, eux, se sont entraînés. Leurs réactions à ce moment intense d’émotion, premier aboutissement d’un long travail, a été différentes. Thibaud a continué à jouer avec ses nouveaux copains sur le terrain après l’entraînement, jusqu’à frôler la déshydratation aux environs de midi. Bastien lui s’est perdu dans ses pensées. En silence, il a écrit le petit texte que vous avez trouvé hier sur le blog. Mais pour les deux, comme pour nous, c’est un moment intense que la vie nous a offert.

Patrick

Un monde irréel, où le seul mot positif est « survivre »

C’est assez rare, mais les mots me manquent pour décrire ce que l’on a découvert mardi. Parce que dans mon vocabulaire d’Européen, aucune syllabe, aucune phrase ne permet de relater l’émotion, la claque reçue lorsque l’on est arrivé au centre mère-enfant de l’hôpital Rema. D’ailleurs, c’est en silence que nous sommes entrés dans le bâtiment, abasourdi par les cris des enfants emmaillotés dans des pagnes, collés au dos de leurs mères aux yeux tristes, sans vie.
Véro m’avouera avoir eu les jambes qui tremblaient. Maggy m’avait encouragé à filmer, à prendre des photos pour montrer tout ça. Je n’en ai pas eu le courage. J’avais l’impression de voler la dernière dignité de ces personnes provenant la plupart des collines entourant le village de Ruyigi. Il m’a fallu prendre mon courage à deux mains pour voler quelques instants tremblés, sans aucune netteté. Comme si la petite caméra numérique s’était voilé de larmes en parallèle de nos yeux.
Ici, tout semble souffrance. Malnutrition, maladies diverses dont le sida, fatigue. Le seul mot positif semble être « survie ». Une lutte mécanique pour un avenir qui n’en est pas un. Malgré la meilleure des volontés, on ne peut imaginer le quotidien de ces femmes qui semblent surgies de nulle part. Quand aux enfants, minuscules pour la plupart, ce sera miraculeux s’ils parviennent à l’âge adulte.
Pourtant, c’est bien dans ce but que des femmes de la Maison Shalom oeuvrent. Assistante sociale, médecin, infirmière, elles essaient de donner l’impossible sursis. Dans une salle du fond, on parle nutrition. On explique comment on mélange le lait en poudre à l’eau. Ici, pas question d’oligo-éléments, de calories ou de régime végérarien. Juste de manger pour vivre. On explique que la nature a gâté le Burundi, patrie du lait et du miel. Que tout ce qui est nécessaire peut pousser sur le flan des montagnes ou dans les plaines. Inlassablement, le personnel répète aussi que l’approvisionnement en lait en poudre venant de la Suisse ne sera pas éternel. Qu’il faut profiter de la richesse de la nature, qu’en mélangeant les farines de blé, manioc et soja, on obtient une nourriture capable de subvenir aux besoins des plus petits et des grands, en particulier les mamans.
Mèler à l’assistance, on a écouté. Même sans comprendre le kirundi, on percevait le sens du message, tout comme on pouvait lire le sceptiscisme ou l’incompréhension dans certains regards. Quelques mères ont posé des questions. Mais est-ce qu’il en restera quelque chose une fois seules sur les routes et les sentiers? Notre doute est à la hauteur du choc. Cependant, il faut reconnaître que la force du discours de Maggy et des personnes qui travaillent avec elle mérite que l’on s’accroche. « Ces mamans méritent que l’on se batte pour elles », martèle la fondatrice de la Maison Shalom.
Et comme pour nous prouver que ce combat n’est pas vain, on remonte dans le 4×4, direction la garderie. Là, les enfants, à peine plus grands, ont un parc avec des jeux, un toit et des accompagnatrices pour s’occuper d’eux. Ils vivent, rigolent. Véro, encore toute ébranlée par les moments qui viennent de s’écouler, tombent en amour devant ces fillettes et ces garçonnets qui nous accueillent en courant vers nous en criant « musungu, musungu », noms communs donnés aux Blancs qui viennent dans la région. Elle apprend même à demander « Jewe nitwa? » en kirundi, « comment tu t’appelles? » en kirundi. Les enfants eux aussi sont sous le charme. C’est une bouffée d’oxygène qui leur permet de repousser un peu les images qui leur brûlent la tête. Que ce soit Thibaud, Laure ou Bastien, tous souhaitent revenir passer au moins une matinée dans cet endroit préservé.
Le territoire de Ruyigi est bien vaste. Les bâtiments de la Maison Shalom aussi. Maggy nous invite à continuer nos découvertes un peu plus bas. On arrive ainsi dans un lotissement de maison de 4 mètres sur six, entourées de petits potagers. Ici et là, des enfants passent le temps, rigolent du groupe qui déambule dans l’allée. Maggy est intarissable. « Ce sont les maisons des fratries, »explique-t-elle. Nous passons de l’une à l’autre. Elle semble connaître l’histoire de chacun. « Ici, il y a une maman qui est arrivée un jour avec ses trois bébés. Elle a perdu la raison. Nous l’avons accueillie. Nous essayons de l’aider, mais parfois elle se sauve. Nous ne savons pas ce qui l’a mis dans cet était. Il faut également la surveiller. Car elle refuse d’habiller ses enfants. » Elle explique aussi le principe de ces fratries, seule solution au conflit interethnique qui a ravagé le pays après le 24 octobre 1993. Là, les enfants d’âges différents apprennent la cohabitation, la nécessité de vivre dans la solidarité pour survivre au-delà de l’appartenance ethnique. Quatorze ans plus tard, la démarche a portée ses fruits, puisqu’une grande partie des personnes de confiance de la Maison Shalom sont issues de ces fratries recomposées.
A deux cents mètres de là, un peu en contrebas, on aperçoit le chantier de l’hôpital Rema. C’est le grand projet de ces derniers mois et des prochains. Un projet ambitieux, pratiquement impensable dans cette région reculée. Le chantier est une véritable fourmilière. Quelques cinq cents personnes y travaillent. Un maçon qualifié y gagne 2 euros par jour, un bon salaire. Mais il n’y a pas de grues, les briques, fabriquées à quelques pas de la future entrée de l’hôpital, sont transportées à bras. Le ciment est coulé sur place dans de petits récipients métaliques. Il n’y a qu’un seul étage, comme d’ailleurs dans tous les bâtiments de Ruyigi. Peut-être parce que la construction d’échaffaudage n’est pas envisageable ou alors pour simplifier raccordements sanitaires et électriques. Les trous se font à la main. Unique aide mécanique: un trax de la grandeur d’une voiture de ville qui par ses va et vient modèle avec patience le terrassement de l’allée qui mènera à l’accueil. Mais les problèmes sont multiples. Malgré le nombre d’ouvriers, le chantier avance lentement. Les prix des matérieux sont élevés. Le pays, sans accès à la mer, ne peut faire autrement que de se retourner vers ses voisins (Congo, Tanzanie ou Rwanda) pour ses besoins en ciment ou en essence et le transport coûte cher. Une situation qui met Maggy en colère: « Nous achetons du ciment au Rwanda, alors qu’il est fabriqué avec le même matériau de base. La terre est la même chez nous. Pourtant, encore une fois, c’est comme si nous baissions la tête, fataliste. »
Nous, on écoute. On regarde. On salue. On rend ces multiples sourires que l’on nous envoie. On essaie de s’imaginer les salles de consultation, les chambres des patients, les urgences, la radiologie, la maternité. Pour y parvenir, encore une fois, il faut que l’on balaie nos standarts, que l’on remette à leur juste place les problèmes d’attente aux urgences de l’hôpital de Pourtalès à Neuchâtel. Et là, on parvient à s’accrocher. On prend le sillage de ceux qui nous accueillent durant ce mois de juillet. Demain, nous a dit Maggy, le travail commencera. Vivement mercredi, même si à ce moment-là nous ne savions pas encore ce que nous allions faire. Pour ma part, je me suis promis d’y retourner, en particulier dans le centre d’accueil mère-enfant. Pour y mener à bien ma mission: ressortir avec des images capables de crier l’émotion que les mots sont parfois incapables de transmettre.

Patrick




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