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Archive journalière du 11 juil 2007

Bastien et les maillots, son premier texte

Ce mercredi matin, Bastien et Thibaud ont participé à leur deuxième entraînement avec les juniors de l’équipe de Ruyigi. Comme ici aussi c’est les vacances, les enfants se retrouvent tous les jours sur le terrain sans but. Alexandre et Gervais en prennent soins, leur inculquent technique et mobilité. Un peu plus tard, j’aurai l’occasion de vous raconter un peu plus ces expériences enrichissantes. Mais je ne tiens pas à vous transmettre les mots de Bastien. Dans une cérémonie improvisée mais très officielle, les deux garçons ont distribué les maillots de foot que nous avions réussis à glisser dans nos bagages. Une centaine au total. Après deux heures d’entraînement, Bastien était songeur et plutôt que de continuer à jouer avec ses nouveaux copains, comme ce fut le cas pour Thibaud, le petit homme de neuf ans est venu avec moi dans le bureau de Michel, le chargé de communication de la Maison Shalom. Pendant que nous parlions site internet, lui a écrit ce petit texte, le premier de sa vie sur un ordinateur. Je vous le livre sans retouche.

Patrick

 ***

 

« la distribucion des maillots.

quand on a donner les maillots tous les enfants étaient très content. Par ce que qu,ils avaient casiment tous des

chemise trouer. Je pense que certain enfant n’avait jamais porter de maillot de foot.

Bastien »

***

 

L’âme des Anges

Après le repas du lundi soir, Maggy nous a amené dans le bâtiment où nous allons loger. Celui-ci se trouve à quelques 300 mètres de la maison Shalom. Entre-temps, la nuit était tombée sans vraiment avertir. Même si l’on savait qu’à 18h30 le soleil « s’éteindrait », il faut avouer que cela fait bizarre, surtout en plein été.

Et lorsque l’on se trouve au milieu de collines avec pour seule lumière les étoiles, ou presque, au beau milieu d’un continent et d’une ville inconnue, le sentiment est un peu angoissant. Maggy nous a fait visité la Maison des Anges. Elle nous a invité à prendre nos quartiers et présenté notre ange gardien, Pascal. Par comparaison avec les habitations communes de la région, la Maison des Anges est d’un luxe inouï! Electricité, eau courante, salle de bain, chambres hautes,… il y a tout ce qu’il faut pour bien vivre, même si rien ne tient la comparaison avec les standards européens. En fait, je dois dire que l’on prend vite conscience de notre chance.

Reste que l’atmosphère n’est pas facile. Les enfants sont à la fois enchantés et inquiets. A l’extérieur, un mur de pierre de plus de trois mètres protège le bâtiment. Derrière les portes, des gardes privés veillent jour et nuit. Dans les arbres d’en face, les batailles de cigognes transforment le cri des corbeaux en chansonnette de moineau. Et les bruits se multiplient: les portes grincent, la chasse d’eaucoule, les parois ne retiennent aucun des sons de la rue. Un peu trop pour Bastien qui, une fois couché, s’est relevé apeuré. Je lui ai laissé ma place auprès de Véro.

Surtout que les histoires ont été nombreuses. Sur la Maison des Anges, le village de Ruyigi, la région, la guerre. Même si c’était des conversations d’adultes, les enfants n’en ont pas perdu une miette. Ainsi, la Maison des Anges a été rachetée par Maggy à la fin des années nonantes, alors que les massacres redoublaient. C’est dans ces murs édifiés par les colons belges qu’elle s’est cachée avec les quatre-vingt premiers enfants qu’elle avait recueillis. Avec ses mots, sans tricherie, elle a raconté la crainte du jour présent, le manque de nourriture, la rencontre avec la mort qui ne pouvait être qu’inévitable. Pourtant, dit-elle, Dieu l’a préservée. Pour lui permettre de grandir et de redonner un espoir improbable à toute une région.

A côté de la Maison des Anges, il y a un hôtel. C’est là que Laure et Floriane se sont installées. Entre deux, un jardin impeccable dont les plantes sont méticuleusement arrosée la nuit par les gardes. Mais cet hôtel aussi à une histoire: il a été bâti sur une parcelle rachetée par Maggy. Ce morceau de terre n’était pas vierge et sa couleur rouge n’était pas simplement due aux minerais qu’elle contenait: c’était aussi l’emplacement d’une fosse pour les victimes des massacres. « Construire ce bâtiment nous a permis d’offrir à ces gens une sépulture décente. Les murs au-dessus leur rendent hommage. Voilà pourquoi je l’ai baptisée la Cité des anges. »

Les histoires ont été nombreuses. Il a fallu les digérer en plus de la fatigue du voyage. Même si l’on avait passé 48 heures sans sommeil ou presque, il a été difficile de s’endormir. Les questions tournoyaient dans nos petits cerveaux.

Dehors, comment c’est? Qu’est-ce que l’on va découvrir? Ces questions n’étaient pas faites pour favoriser un sommeil sain et profond. Heureusement, Pascal est là. Il veille. Discret, souriant, attentif. Pascal a 56 ans. Il en a passées 13 au service de la Maison Shalom. Maggy lui fait entière confiance. Je crois qu’elle a raison. Il a quatre enfants: deux filles, deux garçons. Sa famille habite à 12km de Ruyigi, dans une cabane sur une colline. Mais il prend soin de  »sa » maison sans penser à lui. Je crois que nous aurons l’occasion de reparler de cet homme assez extraordinaire.

Patrick

178 km d’un nouveau monde

 

Passés la douanne, nous avons été accueillis par Apollinaire, le frère de Maggy qui vit à Bujumbura. « Oma », c’est son surnom dans l’ensemble du pays, était dans la capitale, mais elle participait à une réunion de l’Unicef. L’accueil d’Appollinaire a été chaleureux. Nous avons chargé nos bagages à l’arrière d’un 4×4 et sommes montés dans un autre. Maggy nous attendait sur les berges du Lac Tanganyika, « car elle voulait montrer le deuxième lac le plus profond du monde après le lac Baïkal aux Suisses qui débarquaient ». L’endroit était idyllique. Mais l’Afrique ne nous était pas encore tombé dessus, à l’exception des images volées à travers les vitres des voitures. A « l’Eden du lac », nous avons aussi fait la connaissance de Floriane, une jeune fille belge arrivée la veille, pour une démarche similaire à la nôtre. Il y avait aussi Audace, un jeune journaliste avec lequel je correspond par mail depuis quelques mois maintenant. La vie était douce. On a goûté au poisson du lac, « le meilleure sur la terre » a-t-on dit dans l’avion à Thibaud. Puis on est remonté dans les voitures direction Ruyigi.

Au départ de Bujumbura, ville très étendue, il y a assez peu de panneaux de circulation. Mais il y a peu de routes aussi. Celui indiquant la direction de Ruyigi montrait 178 kilomètres. Soit trois à quatre bonnes heures de route dans les collines arrondies. Pour info, la route correspond à une route de campagne suisse, parfois un peu plus large, sans marquage sur le bitume. Bonne surprise: les deux premiers tiers étaient de bonne qualité.

Néanmoins, il a fallu s’habituer à la manière de conduire. Pas de limitation de vitesse (90 à 110 km/h dans les localités), des milliers de personnes à pied ou à vélos sur les bords transportant de la canne à sucre, du café, du thé ou du bois, des dépassements possibles partout, y compris dans les zones habitées, l’utilisation massive du klaxon, instrument essentiel qui profère à la voiture une supériorité incontestée (en fait les piétons n’ont pas le choix: ils doivent s’enlever!), des contours à n’en plus finir et des camions tanzaniens transportant de l’essence qui roulent à trente km/h avec des bans de cyclistes accrochés au pare-chocs arrière.

Même si l’on était toujours dans la voiture, c’est là que l’Afrique a commencé à nous livrer ses particularités. Pour ce trajet, nous avons été séparés. Véro et les enfants étaient dans la voiture de Maggy, conduite par Gérard. Pour ma part, je me suis retrouvé avec Gilbert dans celle transportant les bagages. Malgré la bonne volonté du chauffeur qui ne parlait pas français, nous avons perdu la « course ». Mais j’avais l’impression d’avoir croisé ou dépassé la moitié de la population burundaise.

C’est sur le coup des 18h que nous sommes arrivés à Ruyigi. Avec un arrêt immédiat dans la maison Shalom, qui est aussi le domicile de Maggy. Tous, on était un peu groggy. Un repas gargantuesque nous attendait. Mais nous n’avons pas pu l’honorer à sa juste valeur. Il y avait trop de choses nouvelles. Chaque coup d’oeil était une découverte, que ce soit dans l’environnement, les habitations ou les personnes. Les prénoms succédaient aux prénoms. Heureusement que Véro a une bonne mémoire et pouvait remettre la plupart de ces personnes. Mais avec les enfants, on était pris dans un tourbillon. Thibaud voulait absolument prendre le PC pour écrire sur le blog. On lui a expliqué que l’on devait d’abord prendre nos quartiers.

Patrick

Enfin le départ!

Dire que l’on a passé une bonne nuit wnrew samedi à dimanche serait franchement mentir. Nervosité, peur de l’inconnu, angoisse, tout y a passé. Seul Thibaud semble ne pas avoir transmis à ses neuronnes ses craintes de voyage. Au réveil dimanche matin, l’excitation était de mise. On devait être prêts pour un repas chez les Constantini à Saint-Blaise à 11h30. À 10h30, tout était paqueté, les valises sur la porte, la terrasse débarassé des reliquats du petit-déjeuner et le salon panossé. Giancarlo, Luciana, Laura, Luca et Marco sont venus nous tirer le portrait. Franchement, l’émotion était au rendez-vous. D’autant que quelques minutes après, nous avons fait nos adieux à la famille Economidis que nous ne reverrons plus étant donné qu’ils déméngent pour une année pleine en Asie. Puis, c’est la famille Lopez au grand complet qui est sortie sous la pluie (le soleil du petit-déj matinal s’était évanoui) pour nous dire au revoir. Notre première étape a été Saint-Blaise chez les Constantini pour un dernier repas européen. « Juste un plat de pâtes avant de partir, » avait dit Chantal. Mais finalement, c’est un festin que « Madame Coccinelle » nous a préparé. Gilles est passé aussi après avoir dit sa messe. A la gare de Neuchâtel, Alexis nous a rejoint. Il tenait à faire le voyage de l’aéroport avec nous. Peut-être que cela le rapprocherait un peu de son pays, de sa région. Tous les six, nous avons laissé Chantal et Antonio sur le quai no4 de la gare de Neuchâtel. Nous avons alors songé au prochain défi: faire comprendre à la personne de KLM chargée de l’enregistrement des bagages que si on avait un peu dépassé les 20 kilos maximum par personne, sans exception, il fallait être gentil avec nous. Pour la douceur, c’est Véro qui est allée parlementée, Alexis à ses côtés. Moi, j’étais un peu en retrait, plein d’espoir. Pari gagné: l’employée a fermé les yeux sur les presque 20 kilos de bagages en trop. Je sais que l’on ne va pas nous croire: mais lorsque l’on avait pesé et repesé tout ça à la maison, on était à peine à 104kg!!! Autre soulagement: personne n’a scruté nos bagages à main, dont l’un avait pris de l’embonpoint, passant de 5 à 15kg. Laissons là les histoires de régimes. Je ne passerai pas trop de temps sur les contrôles renforcés avant d’entrer dans l’avion. Là tout s’est bien passé, même si la peinture que nous avions dans un des sacs (celui que Bastien portait) a attiré un peu l’attention. Au grand dam de Babou qui ne savait même pas ce qu’il transportait! Décidément, il n’est pas recevoir des remarques, en particulier des forces de l’ordre. Et puis… il y a aussi eu le fond de teind de Laure, celui qu’elle ne voulait pas prendre parce que ça sert à rien en Afrique et qu’elle a glissé dans sa poche en cachette… même si c’est pour être coquette, il faut présenter ce liquide! On s’est aussi fait confisquer un couteau suisse qui, dans les multiples transferts entre sacs, était arrivé dans un bagage à mains. Mais au bout du compte, on était dans le terminal. Cela faisait six heures que l’on avait quitté la maison, mais on était toujours à Genève. Vivement le décollage! Comme prévu, on s’est envolé à 17h30, direction Amsterdam. Un vol sans anicroche, mais avec une interrogation essentiel lorsque l’avion a entamé sa descente. Mais où est le stade de l’Ajax? On a beau partir loin, les préoccupations de Bastien et Thibaud demeurent… A Schipphol, on avait une heure trente pour un transfert en douceur. On a eu droit à un remake des pots de peinture et le temps d’aller acheter un paquet de chips, des gauffres et un Snickers avant d’entrer dans le B-777 d’Air Kenya. A Amsterdam, la compagnie qui se décrit comme « the pride of Afrika » (la fierté de l’Afrique) en a jeté plein les yeux. Et en plus, il y a avait des écrans dans le dossier de chaque siège. Les enfants espéraient des jeux. Ils ont attendu en vain. Même les films étaient sans le son. Pour finir, on s’est rabattu sur les classiques caméra cachée et muette et surtout, la carte qui indique en continu la position de l’avion sur la planète. Je vous assure: on a eu le temps de scruter chaque millimètre jusqu’à Nairobi. Car il n’était pas question de dormir: entre le bruit, les odeurs de nourriture et la climatisation en panne jusqu’à 04h00, on a été gâté. On dégoulinait de partout, avant de geler lorsque cette dernière s’est remise en marche sans modération. Après une nuit blanche, on était plutôt content de débarquer à Kenya. Surtout que Bujumbura n’était plus qu’à 1h15. Un saut de puce! Mais la puce s’était endormie. Certes, on s’est rapidement retrouvé coincé dans le prochain avion. Cependant, lors du chek-up des réacteurs, on nous a signalé un problème. Résultat une heure d’attente, les genous sous le menton. Après un verre d’eau, les réacteurs se sont mis en marche et l’avion est allé en bout de piste… pour s’immobiliser à nouveau. Le problème n’avait pas été résolu. Rebelotte pour l’attente, mais cette fois on nous a servi un repas auquel personne n’a touché. Après celui-ci, on nous a aimablement invité à redescendre de l’avion, à retourner dans le terminal pour patienter que la compagnie dégote un nouvel appareil en état de voler!!! Et c’est avec près de quatre heures de retard que nous sommes partis pour Bujumbura. La compagnie keyniane n’avait plus rien de sa fierté africaine. Et nous, notre soucis était de savoir si Maggy et les représentants de la Maison Shalom avait eu la patience de nous attendre. Sinon, on aurait été dans la m… Plus de 24 heures après avoir quitté Marin, nous sommes enfin arrivé à l’aéroport international de Bujumbura, grand à peu près comme les Eplatures. A la sortie de l’avion, la chaleur et la moiteur nous ont sauté à la gorge. Cumulées à la fatigue, on était plus très frais, mais néanmoins, on pensait être prêts à découvrir ce Burundi qui avait alimenté nos conversations et nos pensées depuis des mois.

A tout à l’heure! Maintenant que j’ai trouvé une connexion qui fonctionne, je vais vous donner régulièrement des nouvelles.

Patrick




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